Nobuyoshi Araki Bondage affiche exposition Carte Blanche Galerie Kamel Mennour 2007

 

                  BDSM Nobuyoshi Araki Mistress and slave in Tokyo Lucky Hole

 

            BDSM beauty nude by Nobuyoshi Araki   

 

                         L'oeil photo érotique de Nobuyoshi Araki

                                      Toutes les photos © Nobuyoshi Araki  

 

 

A Marden, qui m’a offert cet inimaginable Paris de plein été…

 

Paris, pour des provinciaux comme nous, cela tient du rêve et du bonheur vivant.

Surtout avec le soleil estival qui y régnait ces jours-ci.

Y faire de temps à autre des escapades, des balades, c’est notre luxe.

Le seul peut-être dans le sens commun de ce mot.

 

Chacune d’entre elles est calculée soigneusement à l’avance, en fonction des expos et des théâtres.

La précédente échappée belle en mars était affaire de ne pas rater les croquis de Rodin qui touchaient à leurs derniers jours d’affichage, celle de ces jours-ci a eu d’autres raisons dont la première était (encore) de ne pas manquer la « Carte Blanche » donnée à Nobuyoshi Araki à la Galerie Kamel Mennour et qui prenait fin le 14 avril.

 

Et puis il y a les libraires… Outre Gallimard, Tschann (découvert grâce à Idalie), l’une de nos haltes favorites est « L’œil écoute ».

Ne serait-ce que pour le nom.

Si c’était à refaire (et si, sourire, je ne craignais pas le procès), c’est le nom que je choisirais pour ce blog.

Peut-être parce que je suis de plus en plus persuadée que parler de BDSM, du moins en parler aux autres, c’est le montrer par l’Art qui en découle, auquel il se cheville étroitement.

 

Ecouter de l’œil (ou bien voir de l’oreille) ces choses venues d’un univers étrange et étranger, c’est déjà s’éveiller par la curiosité à la forme absolue de l’esprit critique qui est la tolérance.

Parfois, plutôt que de parler de « nous », je préfère donner ce même « nous » en reflet dans l’objectif ou les mots d’un autre.

Le seul risque est que s’agissant de l’Eros, matière en fusion permanente, et que le mien étant BDSM je n’aie quelque tendance à voir, à écouter du BDSM partout…

 

Pour Araki, peu de risque toutefois que je ne vous impose une vision fausse et bornée.

Nobuyoshi le tant aimé a bien traité de BDSM ou mieux encore de SM dans ses photos.

Et s’il a joué surtout sur le bondage, le shibari, le kinbaku (plutôt maladroits et tout à fait personnels, artiste instinctif allergique aux règles de cet art si dessiné au cordeau qu’il lui préfère l’improvisation), il a aussi montré le Tokyo de la nuit, chaud, incandescent, glauque souvent.

 

Je souris à lire, année après année, les amoureux de l’Art reconnaître petit à petit l’immense talent d’Araki…  

Mais ils distinguent chez lui (et son œuvre est assez prolifique pour permettre de le faire) entre un Araki « correct » et un qui le serait moins.

Ils encenseront ses fleurs, ses paysages, ses enfants ou scènes de la vie japonaise, certains de ses nus artistiques et même (en se forçant un peu !) quelques-uns de ses bondages (les esthétiques, évidemment) mais ils tordront la bouche devant ses scènes shootées à cru de prostitution (disons pour donner un exemple que le livre intitulé « Tokyo Lucky Hole » n’est pas de ceux que l’on cite le plus souvent -vous en avez une idée dans la seconde photo ci-dessus).

 

D’Araki, je ne renierai jamais une seule image.

A mon arrivée sur le Net, portant dans mes petites mains mon BDSM très épris de bondage, on m’a aussitôt refilé l’adresse de quelques sites, le plus fameux étant « Hogtied ».

Je ne ferai pas un dessin, disons tout bonnement que j’ai bien failli dégager…

Mon BDSM  devait avoir de petites mains « heureuses » malgré tout parce qu’Araki, je l’ai découvert toute seule dans la foulée et que ses liens, ses fils, ses entrelacs, ses cordes, ses salamandres qui parfois s’en mêlent étaient à l’image et à la mesure exacte de mon univers fantasmé.

Alors, je suis restée et j’ai commencé à me bâtir et mon œil à écouter…

Araki m'a aidée -parce que toutes ses photos ne sont qu'amour de l'humanité- à construire mon BDSM comme un art d'aimer.

Parallèlement, mon oreille a su continuer à voir son univers japonais et bientôt, je l’ai aimé pour tout ce qu’il fait et non plus seulement pour ses « encordées »…

 

Chez Kamel Mennour, on pouvait donc voir jusqu’à samedi quelques très grandes photos récentes et en couleurs (l’affiche de l’exposition est la première image publiée ce soir), un extraordinaire caisson lumineux de 1000 diapos (sorte de « pendant » de l’affection qu’Araki a pour les polaroids) et en s’aventurant un peu plus dans les bas de la galerie, des images du « fonds » (Kamel Mennour est le dépositaire d’Araki en France) que le Maître nippon aurait sélectionnées lui-même…

C’était très beau. On ne se lasse pas d’Araki.

 

Mes deux autres photos « arakiennes » de ce soir sont le fruit d’une décision personnelle de publication.

Le nu tout d’abord (la troisième image) : il est remarquable, les contours du visage, du coude, du genou épousent les pliures du drap.

C’est aussi « grand » et aussi simple, aussi dépouillé qu’un tableau de Modigliani.

 

Et enfin l’œil…

« L’œil écoute ».

Un œil à la Bataille, un oeil hanté par toutes les facettes de l'Erotisme, puisqu’il a suffi au photographe d’imposer cette rotation à ce pli entouré de cils pour que, l’espace d’une seconde, on ne sache pas très bien s’il ne s’agirait pas d’une autre fente ourlée de toison…

Peut-être que toute la synthèse d’Araki est là : dans cette magnificence de prestidigitateur qui lui permet de cet œil-là, de ce regard-là, de nous montrer à la fois en « live » les bas-fonds sordides de Tokyo et les merveilles d’un nu très pur et néanmoins d’une rare sophistication.

 

N’est-il pas l’homme qui a dit :

 

«Observer la vie aussi bien que la mort enlacée dans la vie, ou la vie enlacée dans la mort, c’est cela l’acte photographique

 

mais aussi :

 

« Je rêve d’être un dieu avec une centaine de bras, chacun avec une caméra. »

 

Sans doute qu’à sa manière, lui qui a déjà publié désormais 250 livres de ses photos, il a réussi à devenir ce dieu-là de son vivant…

 

 

NB: On citera pour finir cette note la parution depuis quelques jours d’une somme gigantesque, disponible en français, chez l’éditeur Phaidon :

« Nobuyoshi Araki. Moi, la vie, la mort » - Ouvrage Collectif sous la direction de Akiko Miki -

Je parle de « somme » car ce très beau livre contient 720 pages, 800 photos en couleurs et 400 en noir et blanc...

 

 

 

 

PS : Urgence chez Oiselle :

http://www.u-blog.net/oiselle/note/38