Jacques Prévert photographié par Gilles Ehrmann en 1955 photo dite Le Sylvain

                             Photo Jacques Prévert « Le Sylvain » © Gilles Ehrmann 1955

 

 

Aujourd’hui, vous aurez deux posts au lieu d’un.

Le second, ce soir, n’apparaîtra donc pas sur la page d’accueil de U-blog qui ne nous offre à nous, les « ancienne formule » qu’un passage au tableau d’honneur par jour !

Mais il existera bel et bien. Il vous suffira de cliquer sur suivant en début de nuit…

 

 

Qu’est-ce qui suscite cette note de fin d’après-midi ?

Et bien, le fait d’avoir soudain découvert qu’il y a trente ans jour pour jour*, disparaissait Jacques Prévert.

Si son nom n’a pas été oublié dans les actes (quelle ville n’a pas son Ecole Elémentaire Jacques Prévert ?), je vois qu’on s’en souvient peu dans les faits (à cette heure pas un mot sur lui dans les dépêches toutes consacrées à l’accident cardiaque de Raymond Barre et à la nomination de hauts magistrats proches de lui à des postes-clés par Jacques Chirac -les lettres en italiques traduisent sans ironie aucune que je ne sous-estime pas cette nouvelle dont on devinera sans mal ce que je peux penser-).

 

Il est vrai que les années passent et que l’homme débonnaire, le titi gouailleur mais aussi l'artiste si proche du monde ouvrier devient peu à peu un poète pour « apprenants » du premier cycle…

Mineur, en somme.

Alors qu’il fut tant et plus, jongleur de mots qu’il assemblait comme les collages qu’il réalisait (et qu’on aimerait voir plus souvent exposés) mais aussi chanteur de ce « social » que tout le monde voudrait oublier à cette heure, maintenant qu’est venu l’âge -nous dit-on- de « la rupture »…

Un peu comme à réécouter Brassens, on s'aperçoit de combien il dérangerait aujourd'hui, à relire Prévert on saisit combien ses mots étaient à double-tranchant.

 

Aragon définitivement « cocoïfié » (et donc disqualifié) comme chantre du KGB, Eluard statufié en symbole du poème d’amour, Prévert bêtifié en nanan de cour de récré, c’est tellement facile ensuite de s’accorder, vu de droite, le droit de s'approprier « les acquis du Front Populaire »...

Demandons-nous toujours à qui (et dans quel but) profite d’édulcorer à petit feu l’Histoire de la Littérature !

 

Mais puisque nous sommes sur un blog BDSM, c’est dans « Paroles » que j’irai chercher un texte pour rendre ce soir hommage à Jacques Prévert et ceux qui passeront par hasard ici, Maîtrators ou Dominassis, feront bien de le méditer…

 

 

Pour toi mon amour.

 

Je suis allé au marché aux oiseaux
Et j'ai acheté des oiseaux
Pour toi
mon amour

Je suis allé au marché aux fleurs
Et j'ai acheté des fleurs
Pour toi
mon amour

Je suis allé au marche à la ferraille
Et j'ai acheté des chaînes
De lourdes chaînes
Pour toi
mon amour

Et puis je suis allé au marché aux esclaves
Et je t'ai cherchée
Mais je ne t'ai pas trouvée
mon amour

 

 

Jacques Prévert in Paroles - (1946).

 

 

* Il y a vingt ans jour pour jour aussi, l’écrivain juif italien Primo Levi, rescapé d’Auschwitz, auteur entre autres de « Si c’est un homme », se suicidait en se jetant dans sa cage d’escalier à l'âge de 68 ans.

Le 11 avril est une bien triste date pour la littérature.