BDSM Safeword Red

                                                                          Photo © ???

 

 

 

Lorsque j’y suis allée de mon couplet « négationniste » contre les règles du BDSM le mois passé, je me suis vue tancée car si je rejetais celles-ci, tout l’édifice s’effondrait et que j’aurais, du même coup, remis en cause le SSC et le mot de passe, le fameux « safeword ».

Le BDSM  et son dogme, m’a-t-on dit, c’est tout ou rien. Pas possible d’y faire un tri.

Hou ! J’étais, en un coup de baguette magique, devenue l’abominable SM des neiges, française de surcroît, qui ne pouvait donc que désirer voir la « pratique » verser dans les excès affreux des pires pages des romans de Sade !

Depuis, je me tais.

Ce qui ne m’empêche pas de sourire. Jaune.

 

Parce que le « safeword »…

Sanctifié au même titre que les règles, voilà que, lors d’une nouvelle discussion, les effets pervers (si j’ose dire) en ressortent.

Pour rappel, le « safeword », c’est le mot choisi entre les deux parties qui signale que les limites ont été atteintes et que la « scène » doit s’arrêter immédiatement.

Il paraît que le plus utilisé est « rouge ». Dans toutes les langues.

C’est vrai que l’on a beau être « transgressifs », on imagine assez mal l’usage en ces instants de « rhubarbe » ou bien encore d’ « occiput »…

 

Je suis entièrement pour le safeword.

Il faut indéniablement que quelque chose puisse servir de sonnette d’alarme, d’ « airbag ».

Mais je n’en ai pas.

Nous n’en avons pas.

Je sais que si quelque chose me devient soudain intolérablement douloureux, je ne penserai jamais à (que mon esprit n’aura plus la faculté de la gymnastique mentale pour) prononcer « rouge ».

 

Hurler « Stop », beugler « Arrête », sûrement.

Mais pas « rouge » ou je ne sais quoi d’autre du même type.

 

Or, le problème, c’est que « Arrête » ne vaut pas comme « safeword » parce que c’est un mot très instinctif qui vient en bouche même avant que les limites ne soient là.

Il peut même apparaître pour pas grand chose, signifier un simple palier.

Qui peut encore être franchi.*

 

J’essaie ici de poser sincèrement toutes les données de la question. Et ses contradictions.

 

Ma « communauté » BDSM affirme à l’heure actuelle que tant que le « safeword » décidé n’a pas été prononcé, la séance peut aller de l’avant.

Dans tous les cas.

Cris, plaintes sont à dédaigner.

Ils ne sont pas le « safeword ».

 

Ce qui m’inquiète dans cette histoire, c’est le côté mécanique de la chose.

Le jeu BDSM ou SM n’est pas anodin. Prendre du plaisir dans la douleur peut conduire en deux secondes à un acmé dont je parlerai un jour et qu’on nomme « subspace ».

Et inversement, en deux secondes aussi, on peut passer de la douleur à la souffrance.

Dans le deuxième cas, quid du « safeword » pour ceux qui, comme moi, plongent à pic pendant ces deux secondes et ne savent plus que le rouge existe ?

 

Une remarquable Maîtresse américaine (le remarquable est sincère), présente sur ce même site, explique qu’étant un jour à dominer une soumise en duo avec son Maître, elle n’interrompit pas le déroulement alors que la jeune femme criait et que son Maître semblait très tangent pour continuer.

La soumise la remercia à la fin d’avoir bien noté que le « safeword » n’avait pas été prononcé.

Je ne remets nullement son témoignage en doute.

Je pense que cette dame, très expérimentée, avait la capacité, le feeling, de détecter en effet que tout pouvait aller de l’avant.

 

Je n’accorderais pas une même confiance à tout le monde.

 

Je vais expliquer comment nous procédons, nous, mais dire aussi pourquoi cela ne convient pas pour tous.

Au risque d’en surprendre quelques-uns et de choquer une fois de plus les teneurs des Tables de La Loi, nous parlons.

Pendant.

Très peu.

Mais tout de même suffisamment pour que nous puissions être en harmonie.

Là où nous sommes atypiques, c’est que nous ne fonctionnons jamais sur l’humiliation ou sur les jeux de rôles donc cet échange de parole entre nous est possible parce qu’il n’est pas faussé par un autre dialogue.

C’est seulement pour cela que nous n’avons pas de « safeword ».

 

Je suis néanmoins persuadée que même dans un autre type de rapport que le nôtre, il ne faut pas renoncer à la communication et s’en tenir drastiquement à l’attente du « safeword ».

Le Dominateur lambda a tout intérêt à ne pas se la jouer « pointure » comme l’est la Grande Dame US citée plus haut.

Ce fameux « feeling » n’étant pas donné à tous, mieux vaut, en cas de doute sur des cris, des gestes saccadés ou des larmes rappeler au moins d’un ton tendre : « Tu te souviens bien que tu peux dire « rouge » quand tu le veux ? ».  

Plutôt que de croire que le « rouge » n’ayant pas été dit, on peut continuer à taper comme un sourd…

 

 

 

*C'est pour cela que les plus prudents usent d’un pré-safeword « orange », pour justement indiquer que l’on risque d'en arriver à l'instant critique afin de mettre en alerte « avant ».

Mais ils sont malheureusement trop rares.