Vanessa Duriès Le Lien L'Etudiante 2007, The ties that bind Vanessa Duriès

                                             Couverture © Editions Blanche

 

 

J’ai, il y a quelques années, donné ici (une partie de) mon opinion (peu flatteuse) sur le récit « Le Lien » de Vanessa Duriès.

Je pensais ne plus avoir à y revenir.

Depuis l’affaire du « Journal d’un Maître » de Patrick Lesage, j’avais pour parti pris de ne plus traiter des ouvrages BDSM qui sortaient quand ceux-ci me semblaient par trop dérisoires ou lamentables.

Ceci n’est donc pas une chronique mais un billet de (très mauvaise) humeur.

 

Lorsque je me rends dans une librairie faire mon « plein » de pages, je passe toujours par la table des « érotiques ». Qui sait ? Un miracle pourrait arriver après deux ans de vide sec.

Et je découvre hier, publié aux Editions Blanche depuis le 22 mars 2007, Le Lien.

Pas « Le Lien » tel qu’on le connaît, en poche chez « J’ai lu » au prix de 4,50 €.

Mais « L’Etudiante (Récit Inachevé) » &  « Le Lien » par Vanessa Duriès à 16 €.

« Le Lien », non seulement augmenté de ce récit inachevé mais de deux préfaces, l’une de Franck Spengler et l’autre de Florence Dugas à laquelle il a confié le soin de la mise au clair de ce manuscrit « en rab ».

Plus neuf photos, huit au centre du livre, la neuvième en couverture (vous la voyez ci-dessus) de ce qui est dit être la dernière séance de pose de Vanessa Duriès avec un photographe allemand.

 

Allons droit au but : c’est la préface de Spengler qui me gêne.

Ce manuscrit inachevé lui aurait été montré par la jeune femme. Il marquait selon lui, lettre citée à l’appui, un nouveau stade dans l’évolution de Vanessa Duriès. Ce qui lui permet de conclure en parlant d’un rejet de l’aspect commercial du SM, d’une « mutation de soumission » qui, il l’assure, allait très probablement la conduire à « l’abandon des liens ».  

 

A propos d’aspect commercial, je me demande si les Editions Blanche vont si mal sous cet angle qu’elles doivent se résoudre, dans un déploiement quasiment lacrymal d’éloges à la disparue, à nous donner à relire « Le Lien » sous prétexte d'en fournir un nouvel éclairage dans cette « suite » forcément inachevée (on se souvient que Vanessa Duriès mourut un an après la sortie du « Lien » dans un accident de voiture).

 

Or, il semble bien que ces deux textes n’aient pas le même auteur.

Ce récit bonus paraît, de mon point de vue, être une sinistre mascarade.

Vanessa Duriès (ou quiconque a mis en mots à l’époque « Le Lien » pour elle*) n’ « écrivait » pas, la personne qui a rédigé « L’Etudiante », si !

Et si quelqu’un me rétorque qu’en un an, Vanessa Duriès (ou X.) avait pu progresser en écriture, cela me fera sourire car ça n’aurait pas été au point d’avoir un style, une syntaxe, un vocabulaire et même une culture complètement différents.

Même si, et je regrette de devoir en rajouter, le texte de « L’Etudiante » parce qu’il ne finit pas, parce qu’il n’est pas construit (mais il fallait qu’il soit ainsi), n’est d’aucune portée littéraire, ni même d’un quelconque intérêt érotique. Du déjà vu, déjà lu et dans des romans bien mieux structurés, bien plus ardents (là, je ne citerai personne...).

Ici, on reprend simplement deux louches de la recette de la relation BDSM narrée dans « Le Lien », on secoue très fort, on y rajoute une mesure d’amours saphiques sur le campus et on s’arrête là où peut-être quelque chose serait arrivé si...la voiture, l'accident etc.

 

Je n’ai rien de cynique en écrivant.

Le cynisme, celui qui m’a mise hors de moi, je l’avoue, ce n’est même pas (puisque les "attribués à" pullulent depuis la nuit des temps) ce « changement de ton » ni le fait qu’à travers lui, on nous prenne pour des ânes, c’est celui de la série de photos.

Vanessa Duriès se serait donc considérée, c’est dit dans la préface, comme emportée dans un tourbillon commercial créé autour de sa personne et exploité par son « Maître » et le Milieu SM.

Alors, s’il s’agissait à travers cette nouvelle édition de lui rendre justice, pourquoi publier ce portfolio très banal où d’ailleurs elle est singulièrement différente de l’aspect physique qu’on lui connaissait et où elle pose en Domina ?

Et pourquoi, sans mention aucune du photographe, le copyright de ces photos appartient-il aux Editions Blanche ?

 

Oui, il y a bien exploitation commerciale.

De cette jeune femme éteinte depuis des années mais aussi du gogo lecteur.

C’est navrant. D’autant plus que l’éditeur s’attend à un succès.

10 exemplaires de ce pityfull joke en dépôt chez mon libraire contre deux seulement de ce bijou qu’est « Le petit carnet perdu » de Jeanne de Berg, c’est là la véritable tragédie...

 

Je ne sais plus quel écrivain célèbre avait dit un jour au sujet d’un livre qu’il aimait particulièrement « Et si vous ne pouvez pas vous le payer, volez-le ! ».

Connaissant le côté voyeur et curieux des pratiquants BDSM, je vous dirai seulement : prenez le premier exemplaire sur la pile, ouvrez-le au milieu, regardez les photos (je sais que c'est ce qui vous intrigue le plus), parcourez les trois premières et les trois dernières pages de la partie « L’Etudiante ». 

Quant au « Lien », il y a au moins dix, sinon vingt ans que vous l’avez lu !

Vous pouvez maintenant reposer tout ça à sa place.

 

Ne gaspillez pas votre argent. 

Gardez vos 16 euros pour un vrai livre !

 

 

 

 

 

*A titre d'opinion.

Je n’ai jamais cru un seul instant que Vanessa Duriès avait écrit « Le Lien » (et tous ceux qui l'avaient connue dans sa ville pensaient comme moi). Récit basé sur son expérience vécue certainement mais c’est une écriture masculine qui y transparaît de la première à la dernière page. Je n’ai aucune hypothèse à faire quant à l’auteur véritable. C'était probablement un « rédacteur », ce texte n'ayant strictement aucun style.

Ce n'est en tout cas pas celle ou celui qui a composé  aujourd'hui "L'Etudiante" inachevée...