Une fois n’est pas coutume, il n’y aura pas de note BDSM ici ce soir.

 

 

On le savait officieusement depuis quatre jours, on le sait officiellement depuis quasiment 48 heures : Loïc Le Meur quitte SixApart et laisse donc à Olivier Creiche la fonction de Directeur Général pour l’Europe de SixApart.

 

Je veux y voir un bon augure pour U-blog : Olivier Creiche est un homme qui se tient loin des feux de la rampe, une personne courtoise qui a toujours répondu à nos mails et fait ce qu’il pouvait (ce n’est pas un technicien) pour « transmettre » les difficultés que nous lui signalions quant à cette plateforme.

L’espoir fait vivre -dira-t-on- mais puisqu’il fut parmi le quatuor qui présida aux débuts de la seconde moitié de la vie d’U-blog (c'est-à-dire l’après Stéphane Le Solliec), on peut au moins être sûrs qu’il sait qu’U-blog existe et fait partie des « biens » de SixApart.

Nous ne tombons pas dans les mains d’un inconnu et il serait difficile qu’il ait l’indifférence de Loïc Le Meur, trop occupé « ailleurs » depuis juillet 2004, un « ailleurs » qui a connu des formes variées jusqu’à sa récente implication plus qu’active dans la campagne électorale de Nicolas Sarkozy.

 

Si certains s’étonnent que cette note paraisse chez AURORA et non sur mon blog alter ego « Oiselle », cela tient simplement au fait que j’ai, aujourd’hui,  participé à des discussions à ce sujet sur d’autres blogs en signant ainsi.

Et c’est juste.

C’est « AURORA » (alors « unepassante ») qui fut l’une des trente premières U-blogueuses fin novembre 2002 sur Meta-blog, le premier nom de U-blog, alors détenu par le génial (mais pauvre) webmaster Stéphane Le Solliec.

 

On connaît l’histoire.

Deux plateformes en pleine expansion à l’été 2003.

U-blog et Joueb.

Et les balbutiements de Hautetfort.

Cet été-là, sur U-blog, des milliers d’inscrits arrivent. Stéphane, qui ne peut plus faire face financièrement, propose un abonnement à un euro le mois.

Ce fut un scandale parmi tous ceux qui ne concevaient l’Internet que gratuit.

J’en veux beaucoup à ceux-là, qui causèrent la perte de U-blog.

Voici un petit lien qui raconte l’ambiance d’alors quant à U-blog et l’ « esprit » des blogs en France avant Loïc Le Meur :

 

http://houblog.net/?itemid=327

 

Un mois après la note citée, Stéphane vendait U-blog à Loïc Le Meur.

S’il participa encore pendant trois mois au suivi technique de U-blog, dès janvier 2004 il rompait les ponts avec son ancienne création et son nouveau propriétaire.

 

Et Le Meur ? 

Il y eut alors beaucoup de promesses jamais tenues puis la découverte du pot aux roses.

Le Meur voulait être du tour de table pour acquérir la licence Typepad France (puis Europe). Il lui fallait un billet d’entrée dans la cour des grands : c’était U-blog.

Pour entrer dans la cour plus grande encore et faire partie de SixApart, la société-mère de Typepad, il lui revendit U-blog en juillet 2004.

Maintes tentatives de négociations avaient eu lieu auparavant de la part de quelques U-blogueurs.

Nous songeâmes même à  lui racheter la plateforme qu'il disait fonctionnant à perte pour une somme purement symbolique.

Le message tomba dans les oubliettes.

Blacklisté par le biais des I.P.

 

Et c’est là que nous sommes entrés en hibernation. Que la première des plateformes est devenue la dernière des dernières.

Le Meur fut sacré le Pape des Blogs et nous le lieu des bugs.

 

S’il faut lui reconnaître un chemin certain et un don évident de vendeur et d’animateur, cela n’a rien d’étonnant.

Par des raisons accidentelles et inutiles à expliquer ici, lorsque Le Meur est arrivé dans « notre » vie, nous savions qu’il sortait du monde de la bulle à fric des années glorieuses d’Internet et qu’il était l’ex-boss de B2L, une des Web Agencies qui avaient réussi.

Mais il n'avait strictement rien à voir avec le monde des blogs.

J'entends encore mon compagnon me dire en ce fameux juillet 2004, « De toute façon, un jour, il fera autre chose quand il aura pris tout ce qui était à prendre chez SixApart aussi ».

 

Et bien, ce jour est arrivé. C’est tout.

Et maintenant, alors qu’il va n'être plus qu' « honorifiquement » de SixApart, on sait déjà qu’il part vers de nouvelles aventures.

Lesquelles ?

Il a dit vouloir créer une entreprise hors monde des blogs dans une entrevue télévisée.

Nous allons souhaiter qu’il en soit ainsi et, tout le monde connaissant nos idées politiques, que ce départ de chez SixApart ne soit pas dans l’optique d’une certitude de l’inévitable victoire de Nicolas Sarkozy aux Présidentielles et de l’obtention d’un quelconque poste de conseiller en communication à l’Elysée…

 

Je ne pense pas grand bien de Loïc Le Meur. Ce n’est un secret pour personne.

 

A cause d’U-blog et de ses avanies, bien sûr.

 

Plus le fait notamment qu’il accepte sans rectifier d’en être partout cité comme le « créateur » (Stéphane, réveille-toi !) par les grands ignorants qui connurent le blog quand tout était rôti.

 

Mais aussi pour ce qu’il a insufflé à la « blogosphère » française qui s’est -à l’appel des sirènes- laissée modeler par lui selon une forme totalement américaine.

 

Le Meur est un homme qui sait convaincre. 

Pourtant, il a peu de présence. Tous ceux qui l’ont vu à la télévision le savent.

Mais il a le flair pour être au bon endroit au bon moment et pour créer l’événement  tendance (LesBlogs, Le Web3), réservé à quelques "happy few" qui se rengorgent et -bien sûr- bloguent d'en être...

 

Sans lui faire offense, c’est un piètre blogueur, sans talent d’écriture.

Pourtant son blog est le plus lu de France et fait partie du « Top Ten » mondial.

On lui pardonne tout.

Le manque d’intérêt de ce qu’il raconte (dans l’ordre chronologique au fil de ces trois ans : l’appel au blog journalistique, puis à celui d’entreprise, puis au blog politique, puis sa manie du podcast (qu’il n’a pas non plus inventé) et enfin son île sarkozienne sur Second Life)…

Ses bévues par colère, ses posts effacés ou rectifiés, ses commentaires filtrés…

 

Que voulez-vous ! Il a réussi.

D’une part, Le Meur a importé en France la blogosphère commerciale : un lien « lemeurien », même par le biais d’un commentaire -et les commentaires quotidiens l’encensant, je ne vous dis pas- assure des visiteurs multipliés par cent (n’oublions pas que certains fonctionnent financièrement sur leur blogs grâce aux Adsenses et que les visites leur sont donc primordiales) et le « quart d’heure de gloire » dont je parlais hier à propos de Warhol.

 

D’autre part, il est parvenu à donner l’illusion que le blog est le cinquième pouvoir.

Et l’attrait du pouvoir, quel qu’il soit…

Après tout, sur mon blog, nous sommes bien placés pour en parler.

Dominer, dominer…

 

Ainsi, nous avons vu, dans son sillage se dresser une cinquantaine de blogs, « les influenceurs » comme ils disent, tous linkés chez lui, le linkant tous, tous convertis qui à Typepad, qui à MovableType (c’était la mode de bloguer sur le « produit » vendu par Le Meur), et même pour quelques-uns en logiciel libre mais faisant néanmoins allégeance.

Et croyant assurément faire l’opinion, très convaincus, se réclamant du journalisme social ou politique.

Sans la déontologie journalistique.

Juste avec une plume acérée pour certains et plus plate que feuille pour d’autres.

Quelques-uns ont même fait leurs débuts sur U-blog…

Et croyez-moi, sans « lemeurisation », on ne saurait toujours pas qu’ils existent !*

 

Gens toujours prêts pour les cartons d’invitation et pour les petits fours, ils prétendent rendre compte de la parole citoyenne.

Il y en a pour y croire, hélas, dans leurs lecteurs…

C’est une pitié.

Et c’est bien français.

Cette funeste confusion qui fait des blogs les plus lus en France le grand n’importe quoi n’est pas pour rien dans l’inanité de l’actuelle campagne des Présidentielles.

Le Meur a tant fait croire à cette idée du cinquième pouvoir que, ayant pensé lors des débats autour du référendum l’an passé qu’il fallait être présents sur ce front, les politiques créent leur toile d’araignée de « soutiens sur blogs ».

Du vide, du vide mais qu’importe. L’essentiel n’est-il pas de participer ?

 

Ailleurs, là où il n’y a pas eu de Loïc Le Meur, c’est très différent.

Au printemps dernier, pendant ma pause ici et un peu au-delà, j’ai tenu pendant deux mois un blog (en italien) en Italie.

J’avais trois raisons : j’étais lasse de l’AURORA-thème, je voulais vivre la campagne électorale qui se jouait là-bas et je désirais découvrir la blogobulle transalpine.

J’ai craqué au bout de deux mois. D’une part, j’avais repris sur AURORA et d’autre part c’était trop lourd d’avoir un blog en langue étrangère dont les notes, que je voulais correctes syntaxiquement, orthographiquement, me prenaient des heures.

 

Mais j’avais vu ce que je voulais voir.

Tout d’abord, que Typepad est loin, très loin, d’avoir en Italie le leadership des blogs, ni en quantité, ni en qualité (Mais l’a-t-il réellement en France ? On sait que jamais leurs « chiffres » n’ont été communiqués).

Que les blogueurs du « Top Ten » italien ne fonctionnent pas sur l’instinct grégaire de l’idole et du troupeau qui suit : ils exercent leurs talents disparates sur diverses plateformes.

Si quelques-uns sont dans le « libre », la plupart sont sur les gratuites. Lesquelles ne farcissent pas leurs blogs de pub.

Les vrais journalistes ne manquent pas à la règle.

Il faut rappeler que « Bloghdah », le blog d’Enzo Baldani, reporter tué en Irak, était sur Splinder.

 

Splinder, venons-y pour boucler la boucle avec U-blog.

Créée en 2002 elle aussi, Splinder Italia est une très belle plateforme de blogs entièrement gratuite avec des fonctionnalités à couper le souffle, allant toujours vers de nouvelles possibilités. 

En octobre 2006, Splinder atteignait les deux millions et demi de blogs effectivement mis à jour.

De quoi attirer bien des convoitises là aussi.

Il y eut donc vente à une société américaine (Dada) qui depuis n’a cessé d’améliorer encore et encore Splinder tant il est vrai que si le blog était désormais -et plus comme à l’époque bénie des débuts libres de U-blog- voué à devenir un investissement d’entreprise, Dada entendait faire de Splinder l’un de ses fleurons et n'a pas en ce sens ménagé ses moyens.

 

Cela n’a pas pour autant entraîné de « tribu » de blogs d’influenceurs, ni nui aux « petits » blogs.

Splinder continue de traiter tous ses participants sur la même ligne, avec la même mesure, promouvant tous ses blogs.

 

C’est exactement ce que SixApart a aussi fait aux USA lorsqu’il a racheté LiveJournal : il lui a laissé son indépendance en lui apportant des perfectionnements.

Idée capitaliste mais dans l'ordre des choses que de rentabiliser un investissement...

 

Mais SixApart France avec U-blog !

Quel gâchis total et "à perte", là, oui.

Incompréhensible même.

Pourquoi a-t-il fallu que, chez nous, Typepad soit le fossoyeur et non le partenaire de U-blog ?

 

Et la "ligne" instillée aux blogs par Le Meur?

Pourquoi a-t-il fallu que la blogosphère française se « starise », se « peoplise », se « nombrilise », que  naisse cette « blogeoisie » qui nous ramène au temps des « privilèges »?

 

Sans doute, pour comprendre le mécanisme, ne faut-il pas oublier que la première grande sortie officielle, « l’acte fondateur », de Loïc Le Meur blogueur (sur U-blog alors) fut de participer en grande pompe à l’un des forums de Davos, se faisant photographier auprès de célébrités.

Très américain, tout cela.

 

Mais un vrai désastre pour nous, U-blog et blogosphère entière comprise, tant il ouvrit le chemin à une certaine idée du blog qui n’était plus celle de donner la parole équitablement à tous mais plutôt celle de fonder une « classe sociale » de blogueurs située entre l’aimable incruste pique-assiette qui paie sa contribution en postant « bien » (comme on vote « bien ») ou de matamores qui se prennent, Web2.0, YouTube, Podcasts et SecondLife entre leurs tentacules, pour les nouveaux aristocrates de la Toile…

Ne se nomment-ils d’ailleurs pas « Barons » pour parler d’eux-mêmes ?

 

Loïc Le Meur quitte le trône de la blogosphère ?

Il ne faut pas compter sur moi pour lui rendre hommage.

Mais, hélas, pour ce qui est du concept-blog en France et de son avenir, il laisse une empreinte indélébile et son départ survient bien trop tard…

 

 

 

 

*Je tiens à préciser que je n’inclus pas "Maître Eolas", pour lequel j’ai le plus grand respect, parmi les noms auxquels je pense.