JP Moczulski Sidaction 2007 Reuters

                                                          Photo © J.P. Moczulski et Reuters.

 

 

 

Parce que le Sida  n’a lui, rien de virtuel, que de cette photo de J.P. Moczulski soit accompagnée la note de ce soir, en période de Sidaction…

Protégez-vous, même en BDSM.

Ne prêtez pas vos instruments de jeu, nettoyez-les toujours en y accordant tout le soin nécessaire et appliquez toutes les précautions connues avec en plus celles qui pourraient dériver de vos propres pratiques selon les cas…

 

 

Le virtuel c’est bien, à condition de savoir en sortir (bis).

Certains n’en sortent pas.

C’est tellement connu, tellement rentré dans les mœurs que ceux qui savent profiter de toutes les misères, les « marchands », en sont arrivés à nous proposer de nous y enfoncer plus encore.

C’est pourquoi la seconde partie de cette note traitera de « Second Life ».

 

Le BDSM comprend bien des « addicts » au virtuel.

Ici, il ne s’agit plus de chat ou de webcam, c’est plus grave.

C’est le moment où quelqu’un en arrive à faire corps avec son pseudo, son « nick » (pas ta mère !) et à devenir « lui » avant d’être soi-même.

C’est la première étape de la vie virtuelle.

Je pseudoïse donc je suis.

Je suis tout ce que je ne suis pas dans la vie.

 

Sur les listes BDSM de MSN, nous rencontrions toujours les mêmes participants.

Je me souviens de l’un d’eux.

Maître X.

Partisan d’un BDSM mesuré, adhérent respectueux de ces groupes.

Envahissant ceux-ci de ses écrits.

Des écrits sensés et clairs, un homme droit dans ses bottes qui en remontrait à tous ses "confrères", si ce n’est que par la même occasion, Maître X. était tout autant à son aise sur son clavier mais dans la section des petites annonces puisqu’il recherchait sa soumise. 

Je ne l’ai jamais « connu » que glosant et cherchant.

C'est-à-dire que je ne l’ai jamais vu émettre une idée « en état de Maître » mais toujours en état de recherche.

Sans soumise donc. Mais il nous faisait tout de même partager ses pensées sur la domination.

Un peu comme ces critiques qui, inondés de films à voir, chroniquent aussi ceux dont ils n’ont vu que le dossier de presse.

Forcément, parfois, ça se sent tout de même un peu…

 

Les années passent et les listes MSN ayant disparu, Maître X. aujourd’hui cherche encore, sur Sensations désormais.

Il y a son annonce, semblable à celles d’autrefois.

Dans la naissance spontanée des nouveaux blogs de soumises, on en voit de plus en plus qui font justement référence à Sensations et lient ce site comme vecteur de rencontre.

Maître X. est commentateur de ces blogs.  

Fin commentateur même puisqu’au gré de ses lectures, il délivre gentiment son approbation et des « satisfecit » de soumission.

Il n’ y a qu’un ennui.

Lui n’a toujours pas de soumise. En aura-t-il une jamais ?

Et au fond, a-t-il besoin d’en avoir une ? Il est déjà Maître de par son pseudo.

Il parle en tant que tel.

La soumise lui est, c’est un fait, virtuellement inutile.

 

Retardant comme toujours de quelques mois, j’ai sous-estimé l’impact de Second Life et avoue même n’en avoir entendu parler que par le dernier des comités Désirs d’Avenir de Ségolène Royal qui y est situé, puis par l’île créée par Loïc Le Meur pour Nicolas Sarkozy.

Tocades de politicards, ai-je pensé…

Je ne savais pas qu’il y avait un « Second Life » BDSM.

Pour ceux qui seraient aussi ignorants que moi, j’insère ci-dessous la définition que l’on donne de Second Life sur les sites qui y amènent :

 

« Second Life se classe parmi les simulations virtuelles de société, permettant de "vivre une seconde vie" dans une utopie virtuelle, bâtie et partagée par les résidants la composant (SL permet d'ajouter ses propres créations dans le programme). »

 

C’est affreux à lire. Nous en sommes arrivés là.

A une « simulation virtuelle de société » permettant de vivre « une seconde vie ».

Ça me glace le sang.

 

Donc pour 9,95 dollars par mois, on peut -après avoir créé gratuitement son avatar-, un « second moi » pour la « seconde vie », aller se promener et interagir avec d’autres avatars dans des zones dédiées.

Et donc, la zone SM existe. Et comment !

 

Des Italiens s’y exaltent.

L’avatar permet de se défaire de ses complexes physiques et de vaincre la distance, de dépasser ses limites ou des inhibitions puisque c’est « pour de faux ».

Quitte à devenir schizo.

Mais cela n’en sera que mieux pour la « simulation virtuelle de société » et même pour la société tout court.

Plus nous éloignerons-nous de nos identités réelles et moins nous occuperons-nous de ce qui se passe dans la vraie vie.

Laissant celle-ci aux mains de ceux qui décident. Et qui ne vont pas sur Second Life.

 

Tanga qui habite Sassari ne savait comment, avec mari et enfants, faire pour rencontrer Bacco, son Maître, qui vit à Milan. 

Désormais, elle le rejoint une fois la famille couchée sur « Second Life ».

Ils y jouent en quatuor avec un autre couple, parfois australien, parfois américain, et même une fois avec un couple français, m’ont-ils assuré.

Je ne « connais » Tanga et Bacco que par leurs pseudos sur un site BDSM où nous discutons.

Eux-même sont Maître et soumise mais ne se connaissent pas plus que je ne les connais.

Et ils ne connaissent pas non plus leurs fugaces partenaires de jeux sur Second Life.

Pourtant Tanga et Bacco assurent vivre ces instants au maximum de l’excitation et faire là leur expérience la plus sexuellement stimulante jamais vécue.

Si j’en parle ici, c’est qu’ils ne sont pas les seuls. Et je n’ai fait aucune caricature, rien exagéré.

 

Second Life?

L’avatar d’un pseudo peut enfin dominer, en paix, l’avatar d’un autre pseudo par le truchement d’une connexion.

Ah ! Le bon dominateur, ah, la parfaite soumission !

Et, de l’autre côté de la planète, deux avatars de pseudos se mêlent au jeu.

Mais, comme chantait l’autre « Où sont les fââââââmmes ? ».

Et où sont les hommes ?

Sont-ils les pseudos ou les avatars ?

Pas très « humain », tout ça.

 

Et où est le SM aussi ? Et où va-t-on ainsi, le « je » se perdant dans le jeu qui est le jeu d’un jeu ?

« Vertige de l’amour », comme chantait un autre ?

Ou vertige tout court d’en être retournés, croyant aller vers le futur, au pain (en avatar) et aux jeux (virtuels) ?

Cosmi-comique, dirait Calvino.

L'angoisse du Roi Salomon, lui répondrait Gary-Ajar.

Je ne sais si l'on peut en rire.

 

 

Maître X., grâce au virtuel le plus « antique », peut se passer de soumise pour être Maître.

Tanga et Bacco, eux, grâce au virtuel le plus en vogue, vivent une relation SM où même le fouet ne fait plus mal (Tu parles d'un SM !) et où le bondage se réalise en quelques secondes d’infographie (Shibaristes, aux armes !).

 

Une « seconde vie ». Oui.

Et le Meilleur des Mondes, au fait, c’est pour quand ?

 

 

 

(à suivre)