BDSM, SM, Magali Noël,Boris Vian, Fais-moi mal Johnny!

                                                                     Photo © Philips

 

 

 

« Faut-il penser le comédien comme un individu anormalement neutre, une forme vide qui attend un texte, un rôle pour se remplir et qui comblerait la déficience de son caractère par les contraintes de la représentation ? »

Luigi Pirandello

 

 

En guise de conclusion, et parce que comme chat, je retombe toujours sur mes pattes, je souhaite en revenir ce soir à la relation D/s.

J’ai sans doute en ces jours soulevé bien des colères et tendu à des gens un morceau de verre qui leur a déplu, peut-être parce qu’il aura fait fonction de miroir et que l’on n’aime pas les miroirs.

A part un post trop grinçant, le cinquième -non publié donc autocensuré et remplacé par autre chose (mais il reste dans mes souterrains et, telle que je me connais, il viendra un jour à la surface)- j'ai fait de cette série à peu près tout ce que je voulais en faire et qui avait pour moi une grande importance.

 

Mais qu’ai-je voulu faire en fait ? Expliquer « au cas où » (le « cas où » étant les aléas de cette plateforme) ce qui traîne un peu partout dans mes pages -mais qui se devait aussi d’être actualisé puisque les « pensées » et les techniques informatisées évoluent aujourd’hui très vite- et qui n’avait jamais été réuni pour une démonstration.

Démonstration qui vaut ce qu’elle vaut et qui, comme toujours, n’engage que moi.

 

Contrairement au sadomasochisme, la relation D/s est celle qui fournit le plus de pages au Web (beaucoup moins, sinon rien, aux librairies, ce qui devrait tout de même étonner à l’heure où tout se publie).

Or, à part dans ces pages théoriques, elle ne fonctionne pas. Du moins pas longtemps.

Quiconque aura un peu d’honnêteté, en y réfléchissant bien, s’apercevra que très peu des couples exclusivement D/s qu’il a croisés ont tenu la route.

Ceux qui ont réussi à passer la borne du temps s’inscrivaient en plus dans le SM ou dans le BDSM, c'est-à-dire partout là où la composante sadomasochiste est identifiable.

 

C’est tout à fait normal à y réfléchir.

La relation D/s est faite de formalisme (rôles, règles et codes), ce formalisme qui est le contraire de la vie. Un formalisme qui a tout de la forme vide selon Pirandello citée en exergue.

Le terme « échange de pouvoir » sur lequel la D/s (et non le SM ou le BDSM) se base est sans aucun doute la formule la plus creuse, la boîte à tout mettre -et n’importe quoi- qu’il m’ait été donné de rencontrer.

 

Il faut partir de cette idée de rôles puisque tout ce qui nous est proposé à lire les évoque sans cesse : maître et soumise (ou dominant et soumise).

« Soumise »* est un rôle, du genre « On dirait que je serais ».

C’est aussi de par là même un jeu. Ce jeu ne peut pas durer en permanence.

Soit il est vécu au quotidien, entrecoupé de pauses (la vie sociale est la plus évidente à citer) soit il s’inscrit dans le virtuel (no comment) mais dans les deux cas, la notion même de « rôle » limite le temps « donné ».

Parce qu’un rôle c’est factice, tôt ou tard, interviendront des éléments perturbateurs (le hiatus entre le « personnage » et la personne dans le quotidien,  la lassitude du manque à vivre dans le virtuel).

Celles et ceux qui tiennent à ce « rôle » recommenceront sans cesse, dans une quête inépuisable, cherchant à le revivre auprès d’une personne différente. Un certain temps encore pour repartir de plus belle.

Les exclusivement soumises et maîtres que je connais ont changé de partenaire très souvent. Ou sont redevenus « vanille » quand ils ne faisaient que « suivre » l’autre.

C’est que le « rôle » n’empêche pas la vie de continuer, la soumise ou le maître d’être le lendemain à son travail.

Il n’empêche qu’une chose : de constituer un couple viable dans le temps. 

Je n'ai pas besoin de citer d'exemples: nous les connaissons tous et pour l'environnement immédiat, songez aux blogs D/s si enthousiastes ou au contraire si tristes qui ont subitement un jour disparu de la blogobulle...

 

En cela la relation D/s sera facilement, pour un bref passage, l’apanage des gens les plus jeunes qui ne s’inscrivent pas encore dans ce schéma de création d’un couple et qui  « jouent » la D/s aussi un peu par effet de mode y ajoutant beaucoup de sauce « fetish ».

Ou, le plus souvent, de ceux plus âgés mais « illégitimes » qui, justement, ne peuvent s’autoriser que ce « jeu ».

La « cérébralité » de la D/s a alors bon dos quand elle sert à justifier une liaison.

 

Je me rends compte aujourd’hui combien la fonction des règles, des ordres et même de l’existence quelquefois d’une tierce personne (la seconde soumise) est indispensable à ce « jeu ».

Comme au théâtre, il convient d’avoir des didascalies, ces indications scéniques, et des hiérarchies dans la liste des protagonistes.

Sinon, la pièce ne peut être jouée. Le théâtre de la relation D/s n’est pas de ceux qui souffre l’improvisation : loin des mises en scènes contemporaines (le « off » d’Avignon n’est pas pour lui) il se range dans le théâtre classique.

 

Je n’avais rien d’une comédienne.

Masochiste ** est un état. Un élément de la personnalité.

Celle qui l’est l’est profondément et en continu. Il n’y a pas de jeu. Il n’y a pas de rôle. Pas de conflit avec le quotidien et pas la moindre possibilité de virtuel puisque cela réclame au contraire dans les faits une matérialité tangible.  

Et, fi des vieilles interprétations médicales dépassées, ce n’est pas une perversion et encore moins une pathologie.

Je ne traite bien sûr pas du stade compulsif (qui existe) de celui ou celle qui ne dévisage même pas son bourreau : tant que celui qui lui fait face a un bâton, tout va bien.

 

Je conviendrai seulement d’une chose : c’est que ce mot traînant de tels clichés, s’avouer l’être n’est pas facile (j’ai mis des années à le faire).

Il faut ici préciser ce dont je parle et qui est le fait de prendre dans la douleur un plaisir (parmi les autres plaisirs de l’érotisme dans mon cas).

Mais cette douleur, mais ce plaisir ne sont rien sans une complicité totale : il faut que l’autre les partage à la même hauteur. C’est en cela d’ailleurs que le sadomasochisme, contrairement à la D/s, est une relation intrinsèquement égalitaire.

Le désir de la douleur, le plaisir de la douleur sont distribués à parts égales dans la relation SM.  

Ce qui ne se « joue » pas se vit. Pleinement. Pour longtemps. En bien beau face à face, en symbiose (l’amour parfois) lorsque l’on a trouvé la personne qui répond à notre « être » puisque celle-ci nous est alors à la fois jumelle et négatif image.

 

 

 

(fin)

 

 

 

* et ** : J’ai employé les deux termes au féminin volontairement.

Je ne parle que de moi pour m'être située dans les deux contextes.