BDSM, Fetish, Steve Diet Goedde, legs

                                                         Photo © Steve Diet Goedde

 

 

 

Le virtuel, c’est bien à condition de savoir en sortir.

 

C’est une rencontre qui se passe symétriquement à l’envers de la rencontre classique.

Dans la seconde, on verra d’abord une personne qui -de par son physique- nous inspirera quelque chose, de neutre, d’agréable ou de désagréable.

Et généralement, c’est sur cette première impression que se tisseront ensuite des relations amicales, indifférentes ou amoureuses.

Cette première impression, celle que le physique de l’autre dégage, dans la rencontre « classique » peut très facilement être revue.

Celui qui nous avait paru peu gracieux au premier abord parce que nous n’aimons pas les chauves, par exemple, pourra se révéler un complice désopilant ou un homme de grande classe au fil du temps.

Et c’est petit à petit qu’auront lieu les approches et les métamorphoses : une belle voix deviendra une voix caressante, un sourire mutin se transformera en sourire coquin.

On appelle cela la séduction.

Et s’il doit y avoir érotisation du rapport et passage à l’acte, il ne sera précédé d’aucune théorie.

Cela se fera. Un point, c’est tout.

 

Dans le virtuel, sur un chat ou autre, on procède exactement à l’envers.

Tout commence par une fiche, un profil.

Sur un chat BDSM, le profil tient bien plus compte des goûts BDSM que des autres.

Certains savent habilement remplir le leur et jongler savamment du dosage entre les deux, la plupart non.

Ils/Elles se contentent alors d’expliquer ce qu’ils recherchent.

Dès le premier abord, même si la politesse fait que l’on tourne toujours un peu d’abord autour du pot (j’exclus de mon discours les quelques maniaques du « Comment t’es habillée, salope ? » au premier message ), on fantasme sur un  ou plusieurs détails qui mettent nos sens en appétit.

« Elle dit qu’elle fait ceci », « Il écrit qu’il est spécialiste de »…

 

Le chat ne suffit plus bientôt. Chacun alors, selon son goût, dialoguera par mail, MSN, ou bien encore par téléphone.

La voix compte beaucoup .

Tout ce qu’on peut imaginer sur une seule voix : le caractère, la sympathie, un véritable instantané de personnalité.

A travers la voix, on « pense » le physique aussi. Et à belle voix, beau physique imaginé.

Au risque de se tromper.

Mais on va s’ « enkyster » dans cette image et tout le fantasme va se construire sur elle.

Au risque de s’effondrer comme un château de cartes douloureusement à la fin.

La séduction virtuelle est d'une fragilité de porcelaine.

 

Rares sont ceux qui donnent volontiers leur photo « dans les meilleurs délais ».

Et ceux qui le font auront parfois tendance à envoyer une photo qui les avantage ou bien une photo (pas forcément très hard) mais qui les représente, elle un bandeau autour des yeux, lui de dos et la main sur sa cravache.

Un physique très parcellaire, morcelé donc ou carrément flou car le maître de cinquante ans qui vous envoie la photo de ses trente peut, à l’arrivée, être… une grande surprise.

La webcam n’est pas le meilleur des outils, il n’est pas rare que ce qui commence très vite par la webcam s’arrête tout aussi vite par la webcam.

Tel se sera cru autorisé à en demander un peu trop, telle autre ne reparaîtra jamais…comme engloutie dans les méandres de l’image.

 

Enfin donc, on a chatté, on a discuté au téléphone, on s’est plu, on s’est reconnu : on va se voir!

Ce qui a été investi pendant ces semaines ou ces mois de chat est énorme : on s’est -qu’on le veuille ou non -raconté une histoire, sensuelle, torride, amoureuse peut-être.

En tout cas, on en est certain, on a trouvé le maître/la soumise rêvé/e.

Et plus le temps avant la rencontre a été long, plus l’effet a été monté en neige, sublimé.

 

On demandait récemment à des participants d’un forum BDSM italien combien le physique de l’autre comptait lors de la première rencontre à la « sortie de chat ».

« Pour rien » ont dit les dix premiers intervenants. C’est logique, ceux qui commencent font toujours la réponse la plus convenue.

Ensuite, ça change, il y a soudain un « trublion » qui, lui, dit la vérité. 

Et là, les autres suivent…

Bref, l’affaire s’est  conclue après une série de récits de rencontres ratées car le physique n’était pas celui espéré par une sage réflexion : la rencontre est souvent cruelle.

 

Autant dans la vie « classique », on aura tendance -même inconsciemment- à accorder un peu de sursis à un physique décevant au premier « feeling » (« La beauté cachée des laids, des laids… » chantait Gainsbourg), autant quand il s’agit à la « sortie de l’écran » d’aller se faire fouetter par un maître ou, pour celui-ci, d’aller fouetter une femme soumise, la déception sera beaucoup plus intense, empêchant la rencontre de se faire réellement (on prend un thé puis je me souviens tout à coup que j’ai oublié un rendez-vous urgent) ou bien la limitant dans des extrémités très restreintes (je vais avec toi à l’hôtel parce que je n’ai pas fessé/fouetté une femme depuis trois ans mais je trouverai dès demain le moyen de t’expliquer que je ne te mérite pas).

 

C'est qu'aller faire « ça » avec quelqu'un dont on connaît tout de l'intimité mais dont on s'aperçoit en fait que l'on ne connaissait rien (puisque ce physique maintenant « révélé » nous le rend subitement « étranger »), ce n'est pas évident...

A l'érotisme nul n'est tenu, pas plus en BDSM qu'ailleurs.

Et à la séduction non plus.

 

L’aspect physique d'une personne parle, parle, parle...

Il a son mot à dire en toute occasion, encore plus en situation sensuelle ou amoureuse (souvenons nous d’Ariane et de Solal dans « Belle du Seigneur »).

En BDSM, il compte triplement*.

 

Quant au virtuel, il recèle bien d'autres angles moins physiques mais encore plus sombres...

 

 

 

(à suivre)

 

 

*D’autant plus que parfois, surtout du côté masculin, vient se greffer un certain fétichisme : certains rechercheront comme tout le monde un rêve de top model, d’autres une femme très grasse, d’autres une fille beaucoup plus jeune qu’eux, d’autres encore une brune très en jambes et talons etc.