BDSM, Masochisme moral

                                                            Photo © ???

 

 

Je poursuis ces notes et mon petit bonhomme de chemin ici.

Je ne veux pas - je ne peux pas - dans le dessein que je me suis fixé, tenir compte des commentaires qu’elles suscitent chaque jour.

J’ai un but bien précis : depuis que Rhalph m’a suggéré d’exporter mon blog, je me suis rendue compte que celui-ci est un taillis touffu sans classement précis (quatre ans de notes en mai si l’on compte « Les archives »).

Je sais que personne ne le lira jamais in extenso (et je comprends, je ne le ferais pas moi-même).

Je vois aussi que les lecteurs qui passent aujourd’hui ne sont plus ceux d’il y a trois, deux ou même un an seulement.

Ici, en ce moment, je fais un peu ma synthèse BDSM personnelle, je raconte mon histoire et mes interrogations, toutes regroupées en une seule fois : cette série.

Il n'y a rien de nouveau là, seulement des choses perdues, dispersées au hasard des autres pages, bien plus anciennes, de mon weblog.

Mais ainsi, si j’arrête, ainsi si l’U-blog disparaît, il n’y aura pas eu d’absence de conclusion, de résumé à ce blog…

 

 

Le post de ce soir concerne ce que je fus avant Marden.

Et on y parlera encore de sexe BDSM.

 

Ceux ou celles qui croiraient à me lire ici que j'écris avec arrogance, que je me targue d’une quelconque vérité que j'aurais détenue de manière innée quant au BDSM et d’un parcours sans erreur que j'aurais accompli la fleur aux dents se tromperaient rudement.

Je n’ai pas fait mieux que les autres.

Les premiers mois, ignorés aujourd'hui, de ce weblog en témoignent pourtant.

 

Entre 1999 et 2002, avant le tchat et pendant mon temps de chat BDSM, j’ai été moi aussi une soumise absurde.

Comme sur la photo, ne voulant rien voir, ne rien dire, ne rien comprendre.

De peur de décevoir.

Une peur qui cachait en ces temps de mes premières armes, mais je ne le sais que maintenant, surtout la peur d'être déçue, de devoir me reconnaître déçue.

Et portant, « généreusement » octroyé  mais seulement « prêté » pendant mes si rares séances, un minable collier de chien déjà utilisé maintes fois pour d'autres qui provenait du moins cher rayon animalier des supermarchés de la ville. 

 

J’ai avalé les mêmes couleuvres que les autres, je n’ai pas eu les réactions  critiques au moment où il l’aurait fallu.

J’ai fait miennes un temps les règles D/s où le dominateur était de droit celui qui dominait.

Pendant trois ans, j’ai été impliquée dans une relation asséchante et sans joie.

Mais je croyais alors sincèrement qu’il me fallait l’accepter telle qu’elle était.

 

J’ai été la soumise d’un homme marié.

Je l'ai écouté m'expliquer doctement le BDSM.

J’ai rempli à sa demande le fameux « Test de soumission » du site de Mastermind et Salomé et quelques autres billevesées qui lui permettaient seulement de pouvoir hocher la tête d'un air courroucé sur mon « faible niveau ».

 

Bien que la distance (quatre kilomètres à vol d’oiseau) ne nous séparât pas vraiment, j’avais admis ce qu’il m’avait affirmé : nous ne pouvions nous voir qu’une fois dans le mois tant l’expérience D/s était intense et ne pouvait être répétée souvent.

La sienne était sans doute intense puisqu’il cultivait autant de soumises que son temps libre le lui permettait.

Or, j’avais pourtant désiré et demandé à ce que notre rapport soit unique.

Et il y avait apparemment consenti.

Je me rendais donc docilement à ses convocations, pas même entrecoupées de coups de téléphone ou de courriels dans le temps qui les séparaient l'une de l'autre, confiante dans sa doctrine du peu fréquent mais précieux qui ne pouvait être que celle du BDSM.

Même après avoir eu l’évidence de ses mensonges sous les yeux, c'est-à-dire en usant et abusant de pseudos variés en un lieu où il me contactait sans cesse comme nouvelle recrue, je n’ai pas rompu tout de suite avec lui.

 

Il était difficile de se séparer du premier, de celui qui m’avait dit qu’après lui, si je continuais à rester dans l’ « ambiance », j’irais fatalement vers la fange.

J’ai encore mis six bons mois, les derniers de nos trois ans, avant d’y parvenir.

 

Avec lui, c’était du BDSM sans sexe, motivé par le fait que... c’était du BDSM.

Au début, comme la chose ne me convenait point, j’avais montré des velléités de m’affranchir.

Mais j’étais sa « plus récente » à ce moment-là et comme il ne voulait sans doute pas me laisser m’enfuir comme ça, il « paya de sa personne ».

Et je vécus alors du sexe BDSM, comme il est raconté dans la note précédente.

 

Têtue, j’ai réclamé et obtenu parfois quelques coïts,  quelques pénétrations, tous plus ratés les uns que les autres, qu'il consentait, accompagnés une moue de dédain, à me concéder plus que parcimonieusement, deux ou trois minutes bâclées du bout du sexe si j’ose dire et avec un visage d’ennui complet de sa part, qu’il ne faisait rien pour me dissimuler.

Il souhaitait pourtant que je lui montre de la gratitude et ne concevait même pas que je n’aie eu aucun plaisir, aucun orgasme.

 

 

J’ai fait semblant, sempiternellement, exactement comme celles, simplement vanille, qui regardent la peinture écaillée du plafond.

Elle l’était d’ailleurs dans cet hôtel de banlieue (loin, loin de la ville, loin de la rencontre d’une possible connaissance) ou bien la moquette de son bureau était râpée (le bureau juste à la fin des heures de travail et avant que l’équipe de nettoyage ne commence son itinéraire nocturne).

Lui toujours attentif au moindre bruit qui aurait pu le compromettre.

Diantre! Quel érotisme torride!

 

Et cependant, j'ai été amoureuse de cet homme ou du moins j'ai eu besoin d'en être amoureuse, de m'en croire amoureuse tant il fallait que la chose qui se déroulait corresponde tout de même à mes rêves.

Je savais qu'il ne m'aimait pas, je savais que je ne lui plaisais ni physiquement (trop maigre alors!) ni moralement (lui de droite, moi de gauche, lui  riche, moi très petitement argentée).

Mais, contre toute raison, j'espérais malgré tout.

 

Mal baisée BDSM, oui, j’ai fait semblant comme une mal baisée vanille.

Parfois, j’ai pleuré sur l’oreiller : il pensait que c’était d’émotion.

Et moi, je me trouvais si misérable, je nous trouvais si misérables…

Nous me faisions vraiment pitié.

Mais j’avais voulu entrer dans le BDSM et je considérais y être.

 

A la fin, à force de faire semblant lors de ces pénétrations affligeantes est arrivé ce qui devait arriver : j’ai même fait semblant dans le BDSM.

Je poussais quelques cris feints aux coups de martinet : ils ne me faisaient même plus mal, ils ne me faisaient même plus plaisir, ils ne me faisaient plus rien.

Mais je l’avais choisi pour maître et j’en assumais les conséquences, pensant que le mal venait de moi.

 

Il m’a envoyée sur le chat chercher des couples ou des femmes puisqu’il disait que nous atteignions alors le moment de nous ouvrir à d’autres.

J’ai suggéré un autre dominateur, il a répondu par la négative mais m’a dit de me mettre en quête d’un soumis que j’aurais eu à dominer sous ses yeux.

De tout cela, rien ne s’est fait, j’ai changé la donne des cartes, je le raconterai quelques lignes plus bas.

Mais j’ai été dominée (j’ai obéi à l’injonction d’être dominée) ainsi sous son regard à deux reprises par des dominas professionnelles, sans rapports lesbiens (je n’en voulais à aucun prix, n’étant pas bisexuelle et comme cela arrangeait bien ces dames aussi, il en fut un peu pour ses frais).

Là non plus, je n’ai eu aucun plaisir mais je peux parler de donjons à prix d’or qui ressemblaient à des soupentes de quelques mètres carrés ou à un sauna libertin en sachant de quoi je parle.

 

Je me suis « réveillée » sur le chat.

Puisqu’il me « trompait », j’ai tenté de faire quelques rencontres.

Il voulait que je cherche des couples.

Le hasard (!) faisait que c’était l’ « homme » du couple qui venait toujours au rendez-vous.

Et j’ai essayé de nouer d’autres relations avec ceux-ci.

L’un ne voulait rien, sinon savoir par moi si sa femme, avec laquelle je discutais un peu sur le chat, allait le quitter pour un autre dominateur qu’elle fréquentait passionnément.

Le second aurait bien voulu mais moi non : nous eûmes un temps une amicale relation.

 

Puis de moi-même, j’ai rencontré (pris un café avec) des hommes.

A part la toute dernière anecdote (la plus malheureuse), je n’y ai jamais donné suite.

Et une fois, c’est l’homme à n’avoir pas donné suite.

 

Je fais la liste (certains figurent sur d’anciennes notes, d’autres pas).

 

-Il y eut celui qui était très riche et ancien séminariste : il voulait sonder mon âme (?), m’attacher et me regarder, le tout sans sexe.

Quand j’ai immédiatement coupé le rapport naissant, il m’a longtemps abreuvé de mails d’injures et passé le message à tous les dominateurs de la ville comme quoi j’étais physiquement « insignifiante ».

-Il y eut celui qui ne voulait que bondager (mais qui ne l’avait jamais fait). Pas de sexe possible avec lui non plus : il était marié et c’était sa condition sine qua non.

-Il y eut le dominateur qui vint avec  dans son sac une paire d’escarpins à talons aiguille pointure 43 et qui me dit qu’en réalité, il était soumis mais que jamais les femmes ne venaient le voir de visu s’il le disait.

-Il y eut le dominateur qui m’avoua tout de suite la même chose (être soumis) mais qui n’avait ni sac, ni talons.

-Il y eut celui qui bien ne m’ayant jamais vue auparavant me tendit dans les cinq premières minutes un contrat à signer et me montra un portfolio de SM asiatique (et croyez-moi, il n’était pas allé chercher ses images chez Araki !)

-Il y eut celui qui désirait que je me rende seule dans un hôtel et que je le précède ainsi en amenant du champagne, que je l’attende un bandeau sur les yeux, nue et les fesses tendues.

La séance se déroulerait sans que je ne le voie jamais.

-Il y eut celui qui, de Paris, décida de descendre « rien que pour moi » mais qui organisa en fait une partie fine chez une de ses connaissances, mère maquerelle du coin, partie dont je devais être l’attrait. 

J’en fus heureusement avertie par le numéro deux cité ici avec lequel j’étais donc amie et qui me reconnut dans le gibier de la fête à laquelle il était lui-même convié.

-Il y eut celui qui me posa une sorte de lapin : nous avions convenu d’un café et d’un signe distinctif (une écharpe bleue pour moi, des lunettes noires pour lui).

Il vint, je le trouvais d’une laideur repoussante (je parlerai dans une prochaine note de ce qui fait quelquefois un clash complet lors de la rencontre lorsque l’on sort du virtuel), passa à mes côtés mine de rien et ressortit aussitôt.

Le soir même à ma grande surprise, il me recontacta sur le chat pour me dire qu’il m’avait bien vue mais s’était rendu compte tout à coup qu’un 85 B, c’était plus petit qu’il ne le pensait.

Toutefois, il faisait amende honorable et comme cela faisait un temps fort long qu’il n’avait pas eu de soumise (à l’heure actuelle, juré, il la cherche encore, cette fois sur Sensations!), il voulait bien me « prendre ». Oui, mais moi non.

-Il y eut un faux intellectuel, vrai artiste cependant et véritable névrosé aussi, qui me fit une cour virtuelle des plus extravagantes mais qui me jeta comme une poubelle lors de notre rencontre : alors qu’il m’avait demandé d’aller ôter mon slip aux toilettes du bar, je lui avais donné au passage un baiser papillon.

Il se leva, partit.

Pour lui, mes manières étaient inconcevables: il ne devait jamais me reparler.

 

-Il y eut enfin celui avec lequel j’avais partagé deux restaus et un ciné (d’art et d’essai) : je croyais bien être en confiance.

Rendus au quatrième rendez-vous dans un appartement cossu mais qu’on devait lui avoir prêté tant il était de toute évidence inoccupé, il m’attacha solidement à un banc de cuisine, mains et pieds, et commença à me rosser systématiquement avec une planchette de bois. Mes protestations n’y firent rien : il répétait qu’il allait faire de moi son chef d’oeuvre. 

Je pense aujourd’hui qu’il était bien néophyte : il ne m’avait pas bâillonnée et je dus mon salut aux cris que je poussais et qui, passés  minuit, faisaient certainement tache dans ce beau quartier.

Je me retrouvai nue dans le vestibule où il me lança tous mes vêtements, s’enfermant à clé.

Je n’avais pas de portable à l’époque et trouver un taxi à cette heure de la nuit dans ce lieu de la ville fut, dans l’état où j’étais, bien difficile.

Sans compter un bras qui était complètement déglingué, les éraflures et les ecchymoses qui mirent six semaines à partir.

 

Je n’ai pas porté plainte, je ne me voyais pas aller raconter mon histoire au poste, j’avais été consentante pour le suivre. Comment aurais-je expliqué que je ne l’avais pas été pour tout et tout le temps?

Comment leur parler du SSC?

Et puis, j’endossais à mes propres yeux une part de culpabilité. Je savais parfaitement -le chat prodiguait des conseils de sécurité- que j’aurais dû faire connaître à quelqu’un où j’allais, avec qui et que cette personne puisse le vérifier.

Mais à qui demander un service de la sorte dans mon entourage d’alors ?

De ce triste sire, je ne devais jamais plus avoir de nouvelles à part un mail de regrets pour parler encore du chef-d’œuvre, hélas selon lui, inachevé.

Il détruisit son pseudo sur le chat le lendemain même et je n’en vis jamais plus lui ressemblant de près ou de loin. 

Je crois qu’il était retourné sévir sur la messagerie Minitel dont il m’avait dit provenir.

 

Il n’empêche que tout au long de ces rencontres, j’en étais encore à me dire que -à part les « finalement » déclarés soumis – ces hommes-là étaient des maîtres…

 

Mais c’est tout de même là que j’ai commencé à m’interroger sur le BDSM et sur la relation D/s.

Enfin, en mai cette année-là, j’ai connu Marden...

 

 

 

(à suivre)

 

 

 

 

 

 

Je ne sais pas s’il « faisait » mieux « chez lui » mais vus les rapports conflictuels qu’il entretenait, lui un quinquagénaire avancé, avec sa très vieille mère et son épouse étant plus âgée que lui, j’en ai toujours douté un peu.