BDSM Kiss, BDSM figurine

                                                                   Figurine © ???

 

 

 

 

Comme l’Autre, j’ai toujours pensé que cogiter faisait que nous étions.

Et que le pouvoir penser notre sexualité était la plus grande preuve que nous étions bien en vie, bien inscrits dans la vie.

 

Chacun d’entre nous cultive un rapport particulier, privilégié avec son sexe.

J’ai de tout temps vu le mien comme un miracle.

Caché sous la toison que je n’ai jamais voulue ôter, mon coquillage et ses replis, lèvres et clitoris, juste à l’entrée de ma grotte de velours...

J’ai écrit « grotte », c'est-à-dire quelque chose de bien délimité, avec un point de départ et un point d’arrivée.

Sans doute est-ce pour cela qu’en tant que femme, je n’ai jamais pu me retrouver dans cette image de « béance » qu’employaient certains masculins, révélatrice de leur anxiété devant un mystère apparemment insondable, et que je n’ai éprouvé qu’étonnement quand à son tour une femme la relayait.

De quelle profondeur sans fin, de quel puits sans fond, de quelle angoisse s’imaginaient-elles être porteuses ?

Ce sexe, mon sexe, je l’aime comme j’aime le sexe de l’homme si impérieux et si doux à la fois.

Les deux sont paire indissociable, comme la clé et la serrure.

Et c’est pour cette union sacrée que j’aime autant le « coït ».

 

En BDSM, ce mot est quasiment tabou.

« Coït », pénétration d’un vagin par un pénis, c’est la misère absolue, le manque d’imagination, la nullité de la pensée, le « vanille » tant honni dans toute sa splendeur.

Allez en plus leur infliger une quinzaine de lignes sur tous ces décimètres carrés de peau à caresser, de zones érogènes toujours renouvelées et vous les ferez hurler !

Pourquoi caresser puisqu’on fouette, pourquoi pénétrer cette « béance » puisque d’autres trous existent ou bien que des objets peuvent le faire à notre place ?

Même l’idée que l’on pourrait mêler les deux est hérétique.

Bien sûr que le sexe existe dans le BDSM mais pas le coït,  l’« occupation » de sexe.

Ce qui est très différent comme vous allez voir.

 

J’avais fait lire ici il y a quelques mois les résultats d’un forum concernant sexe et BDSM, résultats que j’avais trouvés fort peu engageants (six sur quarante-quatre seulement à répondre que « Oui, le BDSM était une sexualité dans laquelle le rapport sexuel avait sa place »).

 

Or ils furent, même tels quels, immédiatement remis en question.

La grande majorité de ceux qui se firent entendre trouvaient qu’il y en avait trop encore à mêler le sexe et le BDSM et dirent alors que la question avait été pipée et que si au lieu de « rapport sexuel » on avait écrit « coït » (c’est pour cela que j’emploie ce mot ici ce soir) et bien, les six malheureux votants n’auraient pas donné la même réponse.

L’un de ces  furieux expliqua ce que pouvait être « le sexe » en BDSM.

 

Je traduis très exactement ses mots ci-dessous, je n’en change pas une virgule et n'en fais pas de commentaire :

« La soumise est attachée et fouettée puis quand elle est mûre à point, le Maître la pénètre avec un grand vibro dans le vagin, un plus petit dans l’anus, il lui place des pinces aux seins et se fait alors faire une fellation. Si tout est réalisé dans les règles de l’art, selon mon expérience, la soumise aura un ou plusieurs orgasmes explosifs et le Maître aussi. »

 

Non seulement il fut approuvé par hommes et femmes mais il y en eut bon nombre à renchérir sur des variantes du même schéma avec seulement un peu plus de précisions.

 

J’ai conservé ce texte sachant que je le publierai ici un jour tant il est, en peu de mots et dans une concision exemplaire, symbolique de tous les « récits vécus » que nous connaissons sur nos chats BDSM français, vous et moi.

Un parfait résumé.

Je sais d’avance que certains vont venir le nier ici : ils seront hors-sujet.

Pour parler de quelque chose, il faut regarder les pourcentages.

Et pas seulement dire : mais moi, ce n’est pas comme ça, je vous le jure.

 

Moi ce n’est pas comme ça, je l’ai écrit plus haut, sauf que quand j’en « témoigne » sur un forum BDSM, je suis un « alien » et que je suis bien forcée de le constater.

Et le fait est surtout que, dans les jours qui viennent de précéder et afin d’être aussi objective que possible sur cette note, j’ai lu 180 témoignages de pratiquants BDSM.

 

C’est vite sérié :

-Fétichisme des pieds (de la plus simple vénération jusqu’au piétinement), féminisation et strapon, cocuage pour les hommes soumis dans l’optique d’une masturbation.

-Martinet, fessée, (pinces et aiguilles pour les plus « hard ») avant une fellation ou une sodomie chez les soumises (si « trio » : rapports « complets »  lesbiens désirés dans un cas sur trois, imposés dans les deux autres).

Quand il y a pénétration vaginale évoquée du dominateur dans la soumise, c’est au moyen d’objets variés ou bien du sexe...d’un ou de plusieurs autres hommes  et quand cette pénétration est opérée par le maître en titre, elle est  décrite comme « violente » ou « extrême ».

 

Cela pose tout de même problème ces gens qui ne peuvent « faire l’amour » sous la forme du « coït ».

Soit ces pratiquants BDSM sont tous casés mais chacun de leur côté et sur la base de la désormais célèbre phrase de Michel Rocard chez Ardisson, ils déclinent « Sucer n’est pas tromper », « Fouetter n’est pas tromper » etc.

Soit ils ont un gros problème avec le rapport sexuel en soi.

Qu’ils soient hommes ou femmes.

Et pour les femmes, si le texte de relation sexuelle BDSM cité plus haut se trouvait être particulièrement significatif de leur vécu préféré BDSM, j’irais jusqu’à dire que c’est,  malheureusement, calquer leur sexualité sur le modèle masculin.

C’est ma crainte un peu, je l’avoue, de m’apercevoir au fil du temps que le BDSM véhicule réellement le stéréotype de la vision masculine du sexe.

 

J’ai trois orifices comme tout le monde, qu’on ne s’y trompe pas. Et je suis une femme heureuse lorsqu’on la fouette, je suis une « fessée » jubilante, j’aime faire l’amour sauvagement aussi.

Mais je cultive en outre la lourdeur, la paresse, la lenteur du Désir…

Et ces facéties de sourires et de complicité amoureuse.

Je savoure une plume sur mon clitoris comme une pince à mon téton.

Masochiste bon teint, j’ai du plaisir dans la Douleur.

J’ai du plaisir aussi à être prise en va et vient très doux puis à peine un peu moins, comme la mer et ses ressacs.

 

Je revendique mon érotisme au grand complet, mes orgasmes « vanille » comme mes orgasmes SM et ne fais aucune distinction entre eux.

 

Si j’aime qu’on m’empaume les fesses en y incrustant les ongles sous une porte cochère, cela ne m’empêche pas de chanter, comme Bernard Lavilliers dans « 15ème round » :

 

« Mon poids mort sur le divan j'ai le corps qui vibre
Une marée en dedans qui perd l'équilibre
J'ai envie de faire l'amour lentement et en plein jour
Dans une chambre chauffée, habitée, ensoleillée !
Dans une chambre chauffée, habitée, ensoleillée ! »

 

Ça ne m’est, hélas, pas toujours arrivé de pouvoir « marier » les deux.

 

 

 

(à suivre)