BDSM Mariage, BDSM Matrimony

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Certains vont sursauter mais, avant 2002, je n’avais jamais lu ou entendu le mot BDSM.

Même dans ce navet qu’est « Le Lien », BDSM n’est pas écrit une seule fois.

 

SM, oui.

Et je savais depuis mon enfance, les « Angélique », les indiennes ligotées etc. puis plus tard à l’adolescence en lisant Mandiargues et quelques autres (je les ai déjà cités ici alors, je ne m’étends pas) que mes inclinations allaient vers cela.

Et ça ne m’a jamais abandonnée, même pendant toutes mes années « vanille » (je parle toujours du SM).

Le passage à l’acte, je l’ai accompli après avoir vu les deux scènes SM du film « Romance » de Catherine Breillat.

Si « L’Histoire d’O », si « Le Lien » n’étaient pour moi que des fantasmes du domaine de l’impossible (et je ne parle pas de Sade), ce que ce film montrait était à mes yeux une relation tout à fait concrètement vivable.

Quant à le vivre bien, quant à faire la rencontre d’un homme « positif » comme l’est le personnage de François Berléand dans ce long-métrage (au demeurant nul par ailleurs), c’était une autre affaire…

 

BDSM, je l’ai vu inscrit pour la première fois en 2002 sur le portail d’un chat du même nom où en quelques mois, j’ai fini par -chronologiquement- me rendre compte que le « dominateur » que j’avais à l’époque était -comme le Père Noël- une ordure, puis rencontrer Marden et, enfin, faire une sortie peu glorieuse.

Sur ce chat, alors très actif quant à ses forums, j’avais beaucoup lu de contributions et aussi rencontré bien des gens, de quoi me faire une idée personnelle de ce que pouvait bien être le BDSM,  de ce qui m’y plaisait et de ce qui ne m’y plaisait pas.

 

Et je prenais quoi ?

Le SM toujours. Et le B. Celui de Bondage. Evidemment.

Mais il y a un D qui se balade là au milieu et qui, soit signifie « discipline »  soit, couplé avec le s (minuscule), en donne la variante D/s dans l’acronyme.

 

La discipline, ils pouvaient se la garder : c’était pour moi toute l’horrible littérature de gare série Z (non, D) du Dressage et de l’éducation anglaise.

Punition et humiliation en maîtres-mots.

 

La D/s, j’y ai réfléchi plus longtemps. 

Soumise, c’est un joli substantif. Il y a de nombreuses lettres communes avec « amoureuse » à l’intérieur.

Soumission, abandon, don, c’est toujours possible de les caser dans le champ lexical amoureux. Et je n’ai jamais rien conçu hors de l’amour.

 

Puis, petit à petit, je me suis aperçue sur des sites anglo-saxons que les « règles du BDSM », c’étaient sur ce binôme D/s qu’elles se fondaient pour poser leurs diktats.

Pas sur le Bondage, pas sur le SM, le premier étant tout simplement ignoré et le second pudiquement (ou puritainement) évité.

 

Le SM, c’est pas beau, on en délimite mal les frontières et si on croit les apercevoir, ce sont fatalement celles de Sade ou de Masoch.  Brrr !

 

Le BDSM c’est bien, puisque grâce à la D/s, c’est encadré par les « règles » et le gimmick de « l’échange de pouvoir ».

 

Et si c’était tout le contraire ?

Le SM, c’est beau parce que c’est libre et égalitaire, que ça tend vers l’infini et…l’indéfinissable. Une vraie (page) terre vierge.

Et si c’était les « règles » et  « l’échange de pouvoir » de la D/s qui étaient un carcan codifié, pantouflard et très inégalitaire ?

 

Déjà, Domination (et « Maitre », et « Dominateur »), il ne faut pas trop y penser d’un point de vue, disons, politique.

Enfin, pour moi.

Et puis quel échange de pouvoir puisque l’un, sous couvert de révéler (et voici un couvert qui marche bien), impose, ordonne, punit et humilie (encore !)?

Certes, dans l’absolu, le pouvoir demeure prioritairement à celui qui se soumet puisqu’il fait le premier choix : celui du Maître et qu’il est libre de rendre à tout moment le collier, la laisse et tout le saint-frusquin.

Mais entre-temps que de discussions autour de cet échange de pouvoir et surtout que de possibilités offertes à l’autre d’en profiter.

Parce que l’on essaye toujours au départ d’être une « vraie », une « bonne » soumise, une soumise avec l’ « estampille » et que l’on accepte les épreuves, les rites, tout le folklore.

 

Les partisans de la D/s objecteront que tout cela est nécessaire, que ce sont les bases indispensables, que les Dominateurs accompagnent un parcours dont ils « maîtrisent » l’évolution, qu’ils aident la soumise à croître et que si, par exemple, ils punissent les erreurs, c’est dans ce seul but.

 

Mais demeure cette éternelle question : punir, humilier qui ?

Pour celui qui l’accomplit, d’où proviennent les racines de cette tache qu’il considère comme si importante ?

Pour celle qui l’accepte, d’où naît ce « qui » ou ce « quoi » qu’elle veut voir puni et humilié ?

 

On ne fait pas "grandir" quelqu'un en punissant, en humiliant.

Le jeu des épreuves, des limites aurait peut-être un sens s'il n'avait été confisqué dans un catalogue de stéréotypes soigneusement listés.

 

Et justement,  toute cette importance du jargon, du vocabulaire pour nommer quoi pour finir ?

 

La relation D/s ?

 

Un mail qui ordonne de rester une heure avec une pince à linge sur la pointe de la langue et de baver en  répétant « Je le fais pour Vous, Maître ».

Dormir avec ses chaussures à talons aiguille parce que c’est l’épreuve du jour reçue via MSN.

Tenir un minutieux compte-rendu quotidien de toutes ses activités et à la fin, attendre la sanction. Je n’ai jamais vu de « livret » de ce type comporter une gratification.

C’est donc bien que la sanction est la gratification.

On me hurlera que je ne saisis rien de la cérébralité.

Je sais. Mais je saisis très bien le virtuel et l’éloignement par contre.

Et une immense solitude souvent.

C’est que, la plupart du temps, elle se vit très à distance la relation D/s…

 

Et du coup, elle en fabrique du texte, du texte, du texte et du prétexte.

Vu au quotidien, ça ne donnerait évidemment pas la même chose.

 

Mais bon sang, c’est de sexualité qu’il s’agit !

Et même si elle est un peu plus cérébrale que les autres, pas la peine non plus de se masturber les méninges ad libitum.

Imaginez une seule seconde les « échangistes » (autres « alternatifs ») vouloir « régler », mettre en plis leurs émois de la sorte…

 

Aujourd’hui, alors que j’atteins un âge où j’ai « un grand avenir derrière moi », tout cela me fait sourire. 

Parlez-moi de plaisir, y a que ça qui m’intéresse.

Et d’érotisme.

Et de sexe.

Mais de sexe tendre aussi, tiens, la grande peur du BDSM.

 

 

 

(à suivre)