Ian Mc Ewan The Comfort Of Strangers French Edition, AURORAWEBLOG

                                                            Photo Couverture © Folio Gallimard.

 

 

Un couple traîne et se traîne dans une ville sans nom, toute de palais dressés le long de canaux.

Colin et Mary s’aiment encore mais ce n’est plus la passion des débuts.

Ils sont jeunes, ils sont beaux.

Colin est même très beau.

 

Il y a une dimension labyrinthique dans leurs errances estivales dans cette cité où passent des gondoles et où les rues sont tellement étroites qu’à peine arrivés au bout de deux ou trois d’entre elles, ils se retrouvent, perdus, à leur point de départ.

Ils arpentent ces ruelles à la faveur de la nuit un peu plus tiède que le jour.

 

Jusqu’à y rencontrer Robert, étrange personnage qui va devenir très vite omniprésent, ne plus lâcher Colin auquel il donne le bras comme il n’est pas inconvenant de faire entre hommes dans ce pays, ne plus quitter le jeune couple et même leur présenter Caroline, sa femme, qui vit en recluse car elle ne marche plus qu’avec grande difficulté.

 

Robert que tout le monde semble connaître bien dans ce quartier où il est partout accueilli chaleureusement.

Robert qui raconte une enfance cauchemardesque. Mais l’a-t-il vécue ?

Robert qui donne sans raison un coup de poing en plein estomac de Colin.

Caroline vêtue de blanc.

Robert et Caroline qui doivent subitement partir, qui ont vidé leur appartement lorsque Mary et Colin arrivent pour ce qu’ils ne savent pas encore être la dernère soirée qu’ils passeront avec leurs hôtes.

Et Mary qui observe tout et cherche à comprendre.

Mais il fait trop chaud.

Mais tout va trop vite.

 

Entre les deux couples s’est nouée une relation étrange, toute faite de répulsion et d’attraction, semblable au plan de cette ville où un pas en avant est un pas en arrière.

Et un pas en arrière un pas en avant.

Vers une descente aux enfers.

Une oppression règne qui étouffe.

Mary et Colin se seraient-ils moins ennuyés cet été-là que tout cela ne serait peut-être pas survenu…

 

Mais quoi ?

Je ne vous le raconterai pas. 

 

Je n’avais jamais cité cet intrigant roman du très célèbre écrivain anglais Ian McEwan (Commandeur de l'Order of the British Empire, maintes fois primé dans son pays et Prix Fémina Etranger en 1993 pour « L’enfant volé ») sur ce blog.

Il est vrai que je ne l’avais plus revu en librairie.

Je découvre aujourd’hui que c’est à la suite d’un curieux malentendu.

 

L’édition que je possède chez Points Seuil est intitulée « Etrange Séduction » alors que ce livre se nomme en fait « Un bonheur de rencontre » et est maintenant réédité chez Folio Gallimard.*

« Etrange séduction » était le titre de l'excellent  film que Paul Schrader en avait tiré en 1991 sur un scénario de Harold Pinter, avec Rupert Everett, Christopher Walken, Ellen Mirren et Natasha Richardson…

Le Seuil avait dû alors publier une édition de circonstance et moi, l'acheter.

 

Ce livre est un venin lentement distillé par son auteur avec une maîtrise parfaite de la progression de la tension.

Pas vraiment un thriller. 

Presque un roman d’amour. Mais ô combien cruel et raffiné et pervers…

Crépusculaire. Comme Venise.

Et assurément le plus grand portrait d’un sadique et la tentative d’explication de sa psychologie que j’aie jamais lus**.

 

C’est pour cela que je ne parlerai pas de veine BDSM mais carrément de tonalité SM.

Ce livre a d’ailleurs fait l’objet d’un essai critique de Judith Seaboyer « Sadism demands a story : Ian McEwan's The Comfort of Strangers » -1999 - The Modern Studies  (non publié en France).

 

Je parlerai aussi et surtout de bon roman, de très bon roman tout court.

C’est à dire que je le conseille réellement à tous ceux qui passeront par hasard ou non sur ces pages*** .

 

 

« Colin marmonna…

Mary attendit de nouveau.

- Tu es réveillé ?

-Oui.

-La photo qu’il y avait chez Robert, elle est de toi.

-Quelle photo ?

-J’ai vu une photo chez Robert, elle était de toi.

-De moi ?

-Elle a dû être prise d’un bateau, un peu au large du café.

La jambe de Colin fut prise d’un mouvement nerveux. »

 

Ian McEwan - Un bonheur de rencontre -Folio Gallimard – 2003.

 

 

*Titre anglais : « The comfort of strangers ».

**On m’objectera le portrait de Patrick Bateman dans « American Psycho » de Breat Easton Ellis. Ça peut en effet se discuter…

***Ce roman ne contient aucune scène érotique et/ou pornographique.