BDSM, Lipstick, AURORAWEBLOG

                                                       Photo ???

 

 

 

Fiction.

Donc, toute ressemblance etc. etc. serait purement fortuite.

 

 

 

Cette année, l’été s’est miraculeusement prolongé jusqu’au milieu de l’hiver.

Je dors mal. Je pense souvent à ce qu’il est resté de nous.

 

Les feuilles encore grasses sur certains arbres me rappellent l’effet un peu caoutchouteux de ton gloss.

Et toutes ces heures passées pendant toutes ces années à faire monter en toi cette envie irrésistible qui nous jetait l’un contre l’autre cherchant comme des affamés le moindre porche.

N’aie pas peur, même si tu en es persuadée, tu ne me perdras point.

C’est bien pourtant qu’en toute sérénité tu y croies et que tu t’emploies à m’oublier rapidement.

 

Tu n’y parviendras pas.

Tout ce que je veux, c’est être assuré de t’avoir fait sentir ma chaleur, ma puissance.

Quand nous étions proches. Et maintenant que nous sommes loin. Seulement cela.

 

Dominer, posséder, c’est laisser une trace de soi dans l’autre.

Je sais que je l’ai laissée en toi.

Si je suis ce que je suis, cet ours arrogant, c’est parce que je me sens comme encerclé, assailli par ceux qui m’aiment ou m’estiment mais j’ai besoin d’eux.  

Comme j’ai besoin de ceux qui me haïssent ou me méprisent. C’est encore une forme de l’intérêt.

L’indifférence serait la plus odieuse offense que tu pourrais me faire.

Mais c’est impossible. Pas après ce qui a été. Ce qui demeure.

Je te dis cela maintenant, au moment où je n’attends vraiment plus rien de toi. Rien.

 

Comme autrefois j’attendais tout de toi.

Depuis le premier instant du premier jour. Lorsque j’avais en tête un plan parfait.

Lorsque tu étais l’Elue.

La parfaite, la sans-pareille, la soumise, l’esclave sur laquelle j’allais pouvoir imprimer tous les signes de mon pouvoir.

Dominer est un état de grâce, l’être ne l’est pas moins.

 

Il y eut un début comme il y eut une fin.

Le début était une faim. Complice.

Un mouvement soudain nous portait à l’unisson dans les couloirs de ces vieilles demeures endormies à l’heure où nous y passions.

Mais de peur de n’avoir -peut-être- que cinq minutes, je t’aplatissais de toute ma force contre le mur et tu ne gémissais que faiblement. Il m’est même arrivé de t’observer, tandis que je tenais ton visage appuyé afin d’être certain que tu ne voies rien, lécher la peinture qui tombait en lambeaux.  

Complice ô oui, combien complice…

 

Il y eut aussi des temps plus fastes après.

Où nous eûmes des chambres, des appartements, des suites dans des hôtels prestigieux.

De ceux où personne ne se soucie d’entendre crier dans la pièce voisine tant l’insonorisation est des plus sophistiquées.

Et je t’ai mise en croix et je t’ai fait hurler.

 

Nous eûmes même un donjon.

J’en ai toujours la clé au fond de ma poche.

Elle pèse lourd, exactement le poids du remords secret qui est le mien : celui du fait que, la dernière fois où j’y suis allé, ce n’était pas avec toi.

 

On se prépare méticuleusement, je pense, tout au long d’un amour, à sa perte.

Et plus encore lorsqu’on est le dominateur. On s’entraîne alors avec une force décuplée. Mentalement mais comme on irait au gymnase.

On accomplit un dur travail de l’âme qui nous laisse sans souffle comme le plus fatigant des efforts physiques.

 

Puis vient « le » jour.

Et l’on se retrouve dépourvu comme un enfant. Bribes de comptines aux lèvres.

« J’ai perdu mon amie sans l’avoir mérit酠»

 

J’ai fait un rêve il y a deux nuits. Cela m’inquiète car je sens bien que rien ne passe même si le temps, lui, file.

Tu étais un corps étendu sans vie. Je te donnais des coups violents sur le sternum, comme dans les films, pour te ranimer. Je te faisais du bouche à bouche en persévérant dans mon massage cardiaque.

Et je continuais, je continuais, je continuais et continuais sans trêve.

Ton corps se raidissait, se refroidissait mais je ne lâchais pas prise, je te parlais à l’oreille, je soufflais sur tes cheveux.

Et je frappais et frappais à nouveau sur ce thorax.

Jusqu’à m’apercevoir que ce corps que je torturais pour lui redonner vie n’était pas le tien mais celui d’un homme.

 

Je me suis réveillé trempé. Horrifié.

Quel meilleur signal pouvais-tu m’envoyer au travers des ondes électives pour me dire que non, tu ne serais jamais plus là.

 

Combien de temps mettrai-je à cesser de t’attendre, contre toute forme de raison, homme absurde même pas camusien ?

 

Si au moins tu avais emporté avec toi le goût de fraise huileuse de ton lipstick et jusqu’à la mémoire de ta bouche, ta bouche que…, ta bouche qui..., qui brûlait au-dessous de lui comme une fièvre dont on ne guérit pas, comme un bûcher sur lequel, sans doute, quelque part je ne sais où, tu te consumes toi aussi maintenant.