L'image est de KIKIPICASSO... dont tout le monde aura reconnu la manière et les couleurs.

H COMME HARMONIE (OU LE BDSM A LA TELE-POUBELLE)...

 

Il semble acquis que le BDSM sera à l’honneur dans l’un des reportages de l’émission « ça se discute » de Jean-Luc Delarue le 10 décembre consacrée au thème « Jusqu’où peut-on mener sa recherche du plaisir ? »…

Je préfère pour commencer ne pas parler de l’émission « ça se discute » en général…

 

Le BDSM sera représenté par une dominatrice belge qu’on peut qualifier semble-t-il de « professionnelle ». J’écris semble-t-il puisque sur son site internet, à la rubrique « Comment me faire plaisir », elle demande des « cadeaux », notamment des vêtements de cuir à acheter dans sa propre boutique en ligne avec des références très précises données!…

 

Voilà qu’une fois de plus, des milliers de gogos devant leurs postes vont recevoir l’injection de rappel : le SM est une sexualité de fêlés, le soumis est un quelconque businessman frustré qui met la main au portefeuille pour s’offrir une séance de rêve dans un donjon de luxe et la Domina une créature fetish call girl de luxe entre deux âges.

Je ne doute pas un instant que dans l’interview live qui suivra, la dame toute de vinyle brillant vêtue, mettra la main sur le cœur pour raconter d’une voix rauque ses motivations altruistes et dévider une philosophie lacano-deleuzienne ( commune à toutes les Dominas interviewées par la télé) avec force gros plans de la caméra sur ses ongles laqués et ses chaussures surdimensionnées…

Parce que c’est comme ça chaque fois qu’on traite du BDSM à la télé-spectacle. A la rigueur, je vous l’avoue, je préfèrerais nettement, même si cela vous paraît paradoxal de l’auteur de ce blog, qu’on nous oublie complètement. Puisque nous ne sommes pas ça. Puisque, encore une fois, notre vie et nos expériences n’émanent que de l’intime, nous ne pouvons être à la une, nous ne pouvons être représentés symboliquement par qui que ce soit et surtout pas par une « Maîtresse » show-biz…

Chaque fois que l’on traitera de nous, on nous caricaturera fatalement et de plus cela a un petit côté exploitation commerciale ou démagogique qui me déplaît au plus haut point. C’est bien dommage que nous soyons devenus si « publics »… L’époque de la vente du livre de Pauline Réage sous le manteau me rend parfois un peu nostalgique : peut-être qu’alors les donjons étaient de vrais châteaux (d’O) fréquentés par de vrais Seigneurs….

 

Mais puisqu’on ne peut pas éviter « le progrès » et la médiatisation, alors, on va s’y prendre à l’avance, avant qu’ils ne vous en causent dans le poste: non, le BDSM, ce n’est pas ça … C’est tout sauf ce que vous allez voir à la télé…

 

C’est une relation égalitaire entre deux personnes : égalitaire parce que désirée ainsi des deux côtés.

La vénalité ne peut y avoir en principe aucune place si ce n’est la même qu’occupe la prostitution en règle générale…

 

Le BDSM est un échange du rôle des pouvoirs dans un espace de temps limité où l’un décide de déléguer à l’autre une influence totale sur son comportement moral et ses attitudes physiques. Lequel autre accepte bien évidemment puisque recherchant une relation de la même nature.

Espace limité dans le temps parce que malgré la légende des contrats etc., je ne crois pas au « vivre SM 24/24 «  que certains affirment et revendiquent , tout simplement parce que tout le monde a vu vivre des gens qui se situaient de ce côté-là du SM et qu’ils avaient toujours de bonnes raisons pour ne pas être précisément en situation au quotidien.

 

Lorsque la relation BDSM s’accomplit dans la mutuelle richesse naissent en général de grandes histoires d’amour tant la chose partagée remonte loin au dedans des deux personnes concernées et tant la mise en œuvre de cette relation leur apporte.

Lorsque deux pratiquants BDSM réels se rencontrent et qu’ils sont placés chacun dans le rôle complémentaire de l’autre, pour peu que par ailleurs, leurs tempéraments et leurs goûts soient en accord, alors ils ont l’impression que la vie vient de leur faire un immense cadeau : leur moitié d’orange est enfin face à eux et apporte en ses mains le plus beau des présents : celui de l’harmonie toujours cherchée…

 

La séquence BDSM de Delarue ? Et bien, ce serait comme inviter, pour parler de la sexualité humaine en spécialiste, une quelconque mère maquerelle  … Vous voyez donc la pertinence de ce sujet grand public !

 

 

 

PS : Le fait de dire que cette personne est une « professionnelle » (ce qu’elle affirme elle-même dans une liste de diffusion à laquelle elle participe)  n’enlève rien à son possible « professionnalisme » dans ses activités : je ne la connais pas et ne peux donc en être juge.