Jacques Higelin Amor Doloroso 2006

                                           Photo de l’album © Ludovic Carème et EMI - Odéon.

 

 

 

Sur la « genèse » de cet album, sur la « renaissance » d’Higelin, tout a été dit ces dernières semaines.

Je ne vais pas le répéter platement et comme rien ne vaut mieux que de savoir ce qu’en pense le principal intéressé, je vais vous renvoyer vers cet entretien en ligne.

 

Je n’attendais pas ce disque, j’ignorais tout de sa sortie.

Ces articles dont je parle, je ne les ai lus qu’après avoir acheté, écouté et aimé « Amor doloroso ».

 

Il faut dire qu’Higelin, j’avais complètement décroché.

« Tombé du ciel » était le dernier disque de lui que j’avais vraiment apprécié et quand la mélancolie de sa voix me prenait, je préférais me repasser l’antique perle  « Alertez les bébés » ou le sublime « Champagne (pour tout le monde) ».

 

« Amor doloroso », je l’ai vu en écoute à la FNAC et n’en ai fait l’acquisition spontanée que sur un coup de tête.

BDSM « culture » ne me quittant jamais, il m'est venu presque inconsciemment une association d’idées (et de mots) avec le titre du roman de Florence Dugas « Dolorosa soror » …

 

Et voici que, comme tout le monde le clame, oui, c’est bien l’un de ses plus beaux disques que l’électron libre de la chanson française vient de nous offrir.

La voix, les textes, les musiques, tout est nouveau, tout est inattendu.

Unique.

A peine si parfois, l’histrion indocile vient endiabler -pour varier les plaisirs- l’espace d’un ou deux morceaux les litanies incantatoires du poète revivifié.

 

Higelin à 66 ans, magnifique sur les photos sensuelles et voluptueuses du livret, nous délivre un seul message : en amour comme en chanson, tout est toujours à venir.

Et l’ « amor » n’est pas « doloroso » du tout pour cet homme qui, d’entrée de jeu, ose l’incroyable allégorie de « Queue de paon », un texte à double sens sur une musique hypnotique, qui -si l’album rencontre le succès qu’il mérite- restera pour témoigner de comment l’érotisme (et le sexe) masculin peut se dire différemment de ce qu’il s’est dit jusqu’ici…

 

Et  pour donner envie d’écouter (parce que la musique manque sur cette page, ô combien!), de savourer, d’être éblouis, je publie le texte, superbement serein,  du titre « J’aime »,  hymne de la plénitude amoureuse et sexuelle d’un couple…

 

« Tu serais l’ange et moi le diable

Deux amants charme impitoyable

L’un et l’autre la proie

D’un mirage indicible

Esclave et maître de leur désir

Ignorant le bien et le mal

 

Je serais l’ange et toi le diable

Insensibles aux louanges aux blâmes

Du commun des mortels

Deux amants en cavale

Evadés de l’enfer et du ciel

Hors la loi du bien et du mal

 

J’aime me damner dans tes bras, j’aime,

J’aime provoquer aux plus extrêmes

Limites du plaisir

L’impudeur souveraine

De ta féminité affolée de désir

Et te voir indolente et sereine

A la lueur du jour

Offrir à mes regards

La blanche nudité

De ton corps apaisé

Dans les bras de l’amour

Dans les bras de l’amour. »

 

« J’aime » - paroles et musique © Jacques Higelin - 2006