Brigitte Fontaine Libido 2006 Polydor

                                Image  CD © Cabine 2006 pour Universal – Polydor

 

 

 

Quel âge peut donc bien avoir Brigitte Fontaine ?

Si vous le connaissez, ne l’indiquez pas ici : on ne parle jamais de l’âge d’une dame !

Je suppose que si j’avais vraiment envie de le savoir, je n’aurais qu’à me mettre à calculer…

 

Brigitte Fontaine, je l’écoute depuis toujours. Higelin aussi.

Je veux dire que je les ai écoutés ensemble, il y a des lunes.

Séparément ensuite.

Et depuis une semaine, hasard des sorties discographiques programmées de novembre, en boucle, le nouvel album de chacun d’entre eux  (Higelin ici, c’est pour demain) …

 

L’âge de Brigitte Fontaine, il ne faut pas y penser.

Elle n’en a pas, je crois.

Elle nous donne cet automne un CD qui s’appelle « Libido ».

Elle y parle d’Eros, un Eros parfois rose, parfois rosse… Un Eros fulgurant.

L’album a un livret en forme de bande dessinée fuchsia et noir qui met en scène les textes des chansons et raconte les aventures d’une femme sexy à mi chemin entre le fetish et le gothic.

 

Voilà.

Cette femme, c’est Brigitte Fontaine.

« Quel âge ? On ne sait pas… » comme elle le chante dans « Barbe à Papa ».

En tout cas, elle met la gomme.

Allez, je vais dire que pour moi, c’est son plus beau disque. D’ailleurs, justement Higelin… (ah ! non ! c’est pour demain, ça…).

Certains vont répondre que non. Et peut-être qu’ils n’auront pas tort.

J’ai du mal à expliquer pourquoi je pense que cette livraison est sa meilleure.

 

Il y d’abord une part de nostalgie personnelle. Le clin d’œil à « Melody Nelson » doublé par la présence de Jean-Claude Vannier.

Et aussi la chanson « Les Babas »… Je me comprends…

Et puis surtout, prendre l’érotisme pour fil conducteur d’un disque et réussir ce pari en femme totalement inclassable comme d’habitude, je lui tire mon chapeau à Brigitte…

 

Dans « Libido », il n’y a rien qui soit « mauvais goût », rien qui soit de trop.

Ça parle de l’amour et du sexe et des fantasmes.

De l’amour surtout.

Mais aussi du sexe et des fantasmes.

Avec, la plupart du temps, des mots maudits de poétesse ésotérique ou exubérante mais aussi des mots crus dans certains textes.

Et là, on s’aperçoit que le cru des autres femmes dans leurs couplets qui se veulent provocateurs est bien moins…cru et moins…crédible.

 

Elle en arrive même dans deux-trois titres, Madame Brigitte bonheur-honneur des mots, à puiser son inspiration dans la veine du Marquis.

Et, juré, ce sont bien des accents sadiens qu'elle trouve, ce n’est pas de BDSM  dont il s'agit (vous écouterez « Cul Béni », « Elvire » et « Ex Paradis »…)! 

La chanson qui démarre l’album est déjà tout un programme.

Elle dure sept minutes.

C’est « Château Intérieur ».

Le sien.

Comme vous avez le vôtre.

Comme j’ai le mien.

 

Voici quelques extraits des paroles :

 

« …J’aime à me promener

Dans la riche splendeur

A venir et passée

Du château intérieur

 

Dans la salle aux orgies

Pleurent les chandeliers

Sur les ventres polis

Sur le feu des colliers

 

Le foutre et la sueur

Baignent la soie des draps

De brûlantes lueurs

Mordorés niagaras

 

Tribades et bacchantes

Collent fées et priapes

Dans la fureur méchante

De leurs danses en grappes

 

……………………….

 

Dans la chambre aux tortures

Le chrome et le nickel

Attendent leur pâture

D’anges et de mortels

 

Entre chair et éther

Le supplice s’ordonne

Rouge été noir hiver

Enfer et ciel fusionnent

 

L’être peut-être vole

Par delà l’injustice

Dans l’azur sans idole

Du jardin des délices

 

J’aime aller et venir

Dans l’horrible splendeur

Du meilleur et du pire

Du château intérieur. »

 

« Château Intérieur » - Paroles © Brigitte Fontaine 2006