Shortbus John Cameron Mitchell Severin Lindsay Beamish

                                  Photo Lindsay Beamish dans « Shortbus » © Bac Films

 

 

 

Le film dont il est ici question est interdit en salles au moins de seize ans.

 

 

 

Avouons-le, nous avons bien failli laisser passer le bus.

Enfin, « Shortbus », le film de John Cameron Mitchell.

Et cela aurait été réellement dommage.

 

Il faut dire que la critique dessert parfois les films lorsqu’elle rabâche toujours les mêmes phrases qui semblent sorties tout droit du dossier de presse.

Là, entre un avis négatif (Le Figaro), un mitigé (Libération) [la flemme de pointer les liens, vous passerez par Google] et rien d’absolument positif depuis le Festival de Cannes, ça ne donnait pas envie de se déplacer pour aller voir « un film où toutes les sexualités, même les marginales gay, sado-maso etc. sont représentées » ou « un film aux multiples scènes explicites de sexe non simulées mais qui ne sont en rien pornographiques parce que c’est du cinéma art et essai ».

D’autant plus que l’on mettait l’accent détaillé et descriptif façon racoleuse sur quelques-unes de ces scènes et qu’à la fin, on avait l’impression de l’avoir déjà vu, ce film.

 

Et puis, perso-perso, c'est-à-dire pour M. et moi, le fait de visionner un long-métrage qui est censé aborder par un biais ou par l’autre le BDSM ou le SM nous donne souvent l’impression de « cinéphager » en service commandé et nous assure en général de très mauvaises surprises.

 

Alors pour finir nous l’avons casé ce week-end entre deux autres, série rattrapage, et nous sommes bien contents de l’avoir fait.

 

« Shortbus », qui est effectivement un film où  « bla bla bla » (voir plus haut) est surtout un film qui, l’espace d’une séance, nous réconcilie avec l’Amérique…

C’est tellement bon de penser que le puritanisme ambiant états-unien peut être balayé d’un revers de main par un réalisateur underground et une poignée de comédiens hors du star-system.

 

On suit donc avec intérêt -un intérêt ému et curieux- les déboires existentiels, sexuels et sentimentaux d’une dizaine de protagonistes qui ont pour point commun de se retrouver dans un lieu de liberté sexuelle mais aussi artistique et politique, le « Shortbus » (un « club » semble-t-il) où souffle un air endiablé et à contretemps qui n’est pas sans rappeler celui de la fin des sixties ou du  début des seventies.

Ce serait là la meilleure définition du « Shortbus » :

 

« Bienvenue chez les héritiers du Flower Power et de Paul Morrissey , même si en apparence (mais en apparence seulement) ils ont pris l’air engoncé et/ou désespéré de ces gens sans repères de l’après 11 septembre. Entrez sans crainte. »

 

Deux mentions spéciales à attribuer à Lindsay Beamish qui joue une  dominatrice BDSM amatrice et vénale très encombrée de son pseudonyme, « Severin », aspirant à retrouver son identité officielle et à l'acteur flamboyant Justin Bond, le gérant du « Shortbus » qui, en meneur de revue, se pose en contrepoint parfait de celui de l’inoubliable film « Cabaret », animateur triste qui annonçait  la fin de la liberté (sexuelle et autre) et l’avènement du nazisme.

Ici, celui qui fait son show sur la scène du « Shorbus » claironne qu’il y aura un après-Bush aux USA dans pas longtemps.

Car le sexe, aussi étalé qu’il y soit (et il l’est, répétons nous aussi ce qui a été dit partout !)  n’est en définitive qu’allégorique dans « Shortbus »

 

On respire de soulagement quand toutes les lumières de New-York se rallument (sur une maquette époustouflante de beauté dont les apparitions rythment le film), fin heureuse d'un black-out grâce à un « premier orgasme » révolutionnaire (au sens propre).

Et vient alors la scène finale pour ponctuer le message libertaire du cinéaste d’un :

 

« Non, après le coït, l’âme (et non l’animal) n’est pas triste. Comme on voudrait vous le faire croire. ».

 

A voir sans hésiter : efficace pilule de bonheur, parfaite thérapie en ces jours mauvais et moroses qui paraissent (mais peut-être n’est-ce aussi pour nous qu’une apparence ?) nous amener vers l’hiver…

 

 

 

 

 

PS : Citation prise ici 

 

« Le titre évoque le célèbre car scolaire que connaissent tous les petits Américains. Les enfants "normaux" empruntent le Schoolbus, le long bus jaune. Le Shortbus, plus court, le suit de près et est réservé aux enfants caractériels, surdoués ou handicapés, à tous ceux qui sont hors-normes et qui ont besoin d'une attention particulière. »