Gustave Courbet L'origine du monde 1866

          Tableau : Gustave Courbet – « L’ Origine du monde » - 1866 © Musée d’Orsay et RMN.

 

                                       Ne m'oublie pas Hommage à Courbet de Gilles Traquini censuré à Nice Galerie Helenbeck

 

 

                                                 

                                                 Gilles Traquini Exposition Nice 2006 Galerie Helenbeck

 

             Photos: Les tableaux de Gilles Traquini, le peintre et Chantal Helenbeck © Nice-Première.

 

 

 

Lorsque l’on tient un blog BDSM, c'est-à-dire que l’on revendique une liberté d’expression pour une sexualité considérée comme marginale, il me semble que le minimum est d’être contre la censure, toute forme de censure…

C’est d’ailleurs écrit en toutes lettres dans la description intégrale du thème de mon blog mais celle-ci n’apparaît pas sur la page que vous lisez.

Toutefois, on peut la retrouver dans sa « version complète » sur l’ annuaire où ce blog est inscrit depuis 2005.

On pourra ainsi vérifier et ne pas m'accuser d'opportunisme politico-sociétal à traiter de ce sujet régulièrement ces temps-ci...

Il faut voir seulement dans ces notes  un témoignage sur quelque chose qui est en train de s'emballer singulièrement et un état des lieux préoccupant en matière de liberté de penser et de créer.

 

 

 

Alors que la Cour de Cassation vient enfin de rendre mardi dernier un verdict positif et de déclarer « légale » la publicité de  Marithé et François Girbaud, parodiant « La Cène » de Léonard de Vinci avec seulement pour « actrices » de jeunes femmes vêtues des vêtements de cette marque, publicité qui avait ému une association catholique au point d’en demander et d’en obtenir en 2005 l’interdiction d’affichage, voici que deux nouvelles affaires éclatent et confirment la pudibonderie régnante et rampante actuelle, ce nouvel ordre moral qui est en passe de créer des ravages dans le monde de l’art.

 

Henry-Claude Cousseau, aujourd'hui Directeur de l’Ecole Nationale des Beaux-Arts de Paris vient d’être mis en examen à Bordeaux (lien avec Libération pour plus de détails ici) suite à une plainte déposée en 2000 par l’association agenaise « La Mouette » pour une exposition intitulée « Présumés innocents : l’art contemporain et l’enfance. » organisée au CAPC de la capitale d’Aquitaine alors qu’il en était le Directeur.

Cette exposition dura de juin à octobre 2000 et l'association ne déposa sa plainte que quelques semaines après que celle-ci fut terminée.

Il se trouve que j'ai vu l'exposition cette année-là et que, pour moi qui ai l’habitude de la photographie et de l’art contemporain en général, il n’y avait pas de quoi fouetter un chat (malgré tout le respect que je porte aux autres actions de « La Mouette », association qui n’a rien de religieux et qui assure la défense de l’enfance), je n’ai en tout cas pas plus été outrée à l’époque en visitant « Présumés innocents » que je ne l’ai été en visitant d’autres expositions, notamment celles du Guggenheim de Bilbao.

 

Aujourd’hui, voici que la Justice, passés six ans, s’en prend à l’ex-Directeur du musée donc mais aussi aux deux Commissaires de l’exposition (qui seront très probablement mises en examen  dans les prochains jours).

De plus, 25 artistes, allant d’Annette Messager à Nan Goldin en passant par Cindy Sherman sont concernés par la même plainte pour la teneur de certaines de leurs œuvres présentées lors de cette exposition.

 

Le motif est très grave: « diffusion de messages violents et à caractère pornographique ou contraire à la dignité accessibles à un mineur » et « diffusion de l’image d’un mineur présentant un caractère pornographique ».

Comme on l’aura compris, les juges vont avoir le dur labeur de définir ce qui est ou non pornographique dans des oeuvres d’art.

Pas dans le film mensuel du samedi soir sur Canal Plus, non, mais bel et bien dans des œuvres d’art contemporain.

Comment la Justice va-t-elle s’y prendre pour juger de l’art contemporain et de la pornographie, est-elle compétente?

Et bien nous allons attendre et voir...

 

Le premier chef d’accusation concernerait donc le fait que l’expo était (comme celles de tous les musées) ouverte à tous les publics.

Néanmoins, elle était balisée, puisque proposée à des visites scolaires, de telle sorte que les enfants puissent échapper aux « contenus sensibles » dans le cadre pédagogique.

De plus, un « avertissement » bien clair figurait à l’entrée à l’intention des parents de mineurs qui s’y seraient, eux, rendus en famille de leur seul chef.

Ces faits avérés ne semblent pas suffire malheureusement.

 

On notera que les œuvres présentées à l’époque au CAPC de Bordeaux ont, depuis l’an 2000, beaucoup voyagé sans heurt dans différents musées du monde.

On est donc stupéfait de constater alors que, je le répète, le musée bordelais avait pris les précautions habituelles règlementaires en cas d’exposition d’œuvres pouvant entraîner une controverse de voir ses principaux dirigeants appelés au Tribunal six ans après les faits.

 

L’amertume de l’ex-Directeur révèle un malaise de civilisation lorsqu’il évoque l’autocensure désormais inévitable depuis les affaires Dutroux et d’Outreau…

On sent bien que dans l’avenir, plus aucun conservateur ne se risquera à monter une exposition qui relèverait d’un sujet polémique.

 

Plus anecdotiquement (bien qu’à y penser sérieusement, cela soit tout aussi inquiétant) un autre fait révélateur du climat de notre époque.

A Nice, la galerie Helenbeck a dû tout récemment ôter de sa vitrine -suite à des plaintes de voisinage- le tableau « Ne m’oublie pas » (illustration de cette  note), hommage à « L’Origine du Monde » de Gustave Courbet, œuvre datant de 1866 du célèbre peintre de « La Commune », désormais exposée au Musée d’Orsay (après un séjour très « feutré » chez Lacan qui en fut le possesseur mais qui la cachait sous un autre tableau).

 

Le tableau niçois « remake » de Courbet est l’œuvre de Gilles Traquini, un peintre qui l’insère dans un triptyque d’ode à la vie et à la nature (voir la seconde illustration).

Il est maintenant exposé à l’intérieur de la galerie Helenbeck, laquelle a voilé ses vitrines.

« Comme un sex shop » dit sa propriétaire.

 

Oui, c’est exact.

Et c’est extrêmement malheureux de devoir en arriver là…