The Black Dahlia Le Dahlia Noir film de Brian De Palma

                                 Photo de  Mia Kirschner © Metropolitan FilmExport

 

 

 

Pas de BDSM ce soir encore que sadisme, masochisme et fétichisme eussent pu être de ce rendez-vous manqué sur écran dont je sors avec seulement une fleur fanée à vous offrir…

 

 

« Le Dahlia Noir », tiré d'un fait divers réel, est le premier roman de James Ellroy qui me soit tombé sous la main, il y a bien des années de cela, à sa sortie en édition de poche chez « Rivages ».

Je l’ai tellement aimé (il demeure à ce jour le livre d’Ellroy que je préfère) que je l’ai prêté moultes fois jusqu’à ce que, fatalement, quelqu’un oublie de me le rendre.

Quand j’ai appris avec délectation, il y a quelques mois, qu’allait sortir l’adaptation faite par Brian De Palma (qui, en effet, à part lui ou David Lynch pouvait-on imaginer à la mise en scène pour rendre le meilleur de ce livre ?), je me suis rapidement racheté le volume avant que la couverture ne change comme c’est souvent le cas lorsqu’un film vient donner la possibilité d’une réimpression.

Et je suis bien contente de l’avoir fait.

 

En effet, malgré deux critiques dithyrambiques (Libé et Les Inrocks) force est de constater que De Palma a complètement raté son « Dahlia ».

Pourtant, il réussit à rester fidèle de bout en bout à l’intrigue d’Ellroy, ne l’appauvrit pas, n’en change rien.

Alors, où est le couac ?

Il se situe selon moi sous deux angles différents.

 

L’intrigue, justement, n’est pas le plus important dans le roman d’Ellroy.

Ce n’est pas elle qui fascine, qui fait qu’on ne lâche pas le livre, que l’on s’en intoxique page après page.

Somme toute, ce n’est pas de savoir qui a assassiné aussi sadiquement, aussi atrocement Elisabeth Short et pourquoi qui nous tient en état d’hypnose dans ces pages mais cette morbidité fétichiste du rapport que tissent les deux enquêteurs avec la femme morte et cette lente remontée du fleuve de sa vie trop brève pour essayer de comprendre qui elle était, navigation fiévreuse qui devient très vite autre chose que les seules nécessités de l’enquête mais une véritable drogue pour eux.

 

De tous les romans d’Ellroy, si touffus, si complexes, c’est « Le Dahlia Noir » qui est le plus simple à suivre, le plus facilement compréhensible parce que c’est celui qui a la structure narrative la plus claire.

L’adapter tel quel n’était donc pas la vraie gageure.

La virtuosité aurait consisté dans le fait de savoir traduire en images son côté vénéneux, de nous entraîner en voyeurs consentants dans ce monde trouble du Hollywood d’Ellroy jusqu’à l’écoeurement, comme le livre le fait.

Cela, c'est David Lynch qui aurait su le mieux s'y colleter.

Il me paraît -quand je songe à sa filmographie- plus proche des obsessions et de la démesure du romancier que ne l’est De Palma.

 

De Palma l’a été lui aussi mais il y a longtemps, idéalement à l’époque de son film « Obsession ».

De la part du Brian De Palma d’aujourd’hui, ce sont à des morceaux de bravoure visuels que l’on pouvait s’attendre.

Et cela aurait été, après tout, une autre manière glorieuse, une autre possibilité noble de traiter le sujet.

Il y a quelques tentatives, c’est vrai : les flashbacks, le vieux film muet de Paul Leni qui s’incruste dans le film De Palmesque.

Mais rien ne fonctionne vraiment, la machine ne décolle jamais.

 

Et là se trouve la seconde erreur : le casting.

En retenant comme protagonistes les jeunes vedettes montantes du cinéma américain, il ne parvient qu’à une chose : réaliser un film glamour, beau et ennuyeux comme des photos de mode sur le papier glacé d’une revue de luxe.

Glamour mais rien de plus.

Or, « Le Dahlia Noir » n’est pas une planche photographique glamour mais une tranche réaliste saignante qui amène à convoquer les pires pulsions sexuelles si l’on veut y entrer, y marcher en suivant les cailloux de Petit Poucet que l'Ogre Ellroy nous accorde pour saisir l'explication à l'heure du dénouement.

 

Il ne faut pas oublier qui est Ellroy et en quoi « Le Dahlia » est celle de ses œuvres qui est la plus proche de lui : Betty Short a connu la même fin que la mère de l’auteur (lire aussi l’autobiographique « Ma part d’ombre » toujours chez « Rivages Poche »), mère au souvenir de laquelle le romancier demeure relié par un rapport d’amour-haine stupéfiant.

 

Pour interpréter ces protagonistes rongés comme par de l’acide, il eut fallu des comédiens confirmés. De ceux qui ne jouent pas sur leur seule beauté physique mais qui sont déjà griffés par la vie.

En ce sens, l’adaptation d'un autre livre d'Ellroy, « L.A. Confidential », réalisée en 1997 par Curtis Hanson est  cent fois supérieure à celle de De Palma.

Kevin Spacey, Russel Crowe et Kim Basinger surent y donner une toute autre épaisseur à leurs personnages.

 

Dans « Le Dahlia Noir », la seule actrice à tirer son épingle du jeu est finalement Mia Kirschner (qui joue la victime) et c’est un total contresens car c’est elle qui aurait dû être de cire. C’est pourquoi j’envisageais très bien, dans une note d'il y a quelques semaines, Dita Von Teese dans ce rôle.

Or, ce sont les autres qui ressemblent à des figurines sans âme ou qui à l’inverse, dans le cas d’Hillary Swank, en font trop en singeant maladroitement les vedettes des films noirs des années 45-50.

 

Et puis, et puis surtout, tandis que l’on assiste passivement à la projection, arrive un moment à la moitié du film (là, c’est l’intrigue qui le veut) où, inévitablement, on pense tout à coup au « Chinatown » de Polanski, à Nicholson, Faye Dunaway et au vieux John Huston et la superposition mentale des images est fatale au De Palma puisqu’elle ne va plus nous quitter et que c’est dès cet instant précisément que l’on réalise vraiment l’étendue du désastre : la véritable adaptation cinématographique du « Dahlia Noir » reste à faire.