BDSM slave Oeuvre L'esclave Saâdane Afif FIAC 2006

                          Œuvre « L’esclave » de Saâdane Afif © Galerie de multiples, Paris.

 

 

 

Ce texte n’est en rien auto complaisant. Le physique que j’y décris est aux antipodes du mien.

Moi, je suis une haridelle du genre Patti Smith en mes meilleurs jours.

Et par ailleurs, le nom d’ « esclave » n’est pas de ceux que je revendique et cela pour de multiples raisons.

Néanmoins, il n’y a aucune ironie ici dans mes propos (et je fais, par avance, noter le mot"quasiment" qu'il contient dans l'une de ses phrases).

 

 

 

Si l’on s’en tient à la stricte terminologie BDSM, l’esclave est le niveau ++ de la soumise. C’est celle qui entre réellement dans le fameux TPE (Total Power Exchange) et qui atteint les degrés les plus hauts de l’abandon et de l’obédience.

 

L’esclave est quasiment toujours, Saâdane Atif avec son œuvre touche du doigt le fait, une belle plante.

Je veux dire par là une femme de formes.

 

Dans les soirées publiques, les longues créatures à la Giacometti, jumelles de Twiggy ou de Françoise Hardy, qui s’exhibent vêtues de quelques centimètres carrés de vinyle ou de cuir sont la plupart du temps de très belles exhibitionnistes mais jamais des joueuses, encore moins « haut de gamme ».

 

Les soumises, quant à elles, ont tous les physiques possibles et imaginables.

 

Mais l’esclave est chair, chair, chair et encore chair.

Plante, belle plante, plante vivace en plus.

C’est celle qui a des seins, des fesses et des cuisses.

Le tout débordant.

Le tout décoré : tatouée, annelée, piercée, brandinguée, l’esclave n’en finit jamais de se scarifier pour montrer que sa peau exulte, que sa  peau appartient.

En italien, on l’appellerait « una maggiorata » (une ++ encore si l’on voulait traduire), elle a des bonnets D pour la plus mince d’elles, des fesses callipyges, des cuisses dessinées par Botero, des chevilles en colonnes.

Le tout sur talons hauts.

 

L’esclave est fière d’elle et de sa condition.

Parcourez les galeries des sites et vous la découvrirez : c’est l’ultraronde qui ne nourrit aucun complexe lorsque martialement bondagée, elle jaillit des cordes en d’innombrables bourrelets, c’est celle qui se montre dans les poses les moins favorables, cellulite avouée, bras plissés, seins pesants. 

Comme une quintessence de la féminité.

Dédiée à un autre : le Seigneur et Maître (je mets des majuscules car elles en mettraient).

Elle n’en a rien à faire de l’esthétique, elle ne veut pas paraître : elle est.

Elle est d’être à quelqu’un d’autre en n’étant plus à elle.

Plus du tout.

 

Aussi ne va-t-elle jamais chercher les « noms » des photographes fetish branchés du moment pour la mettre en image : les clichés de son S&M et même les plus crus sont les meilleurs témoins de son identité.

Masochiste souvent, elle apparaît rougie, bleuie, marquée partout.

Et partout est peu dire tant sur cette plante là, il y a de la sève et de la place aussi.

De quoi écrire à la cire des soirs des parchemins entiers de non-dits enroulés que l’on comprend pourtant à les voir seulement.

 

Au jardin des supplices, une plante a poussé.

Belle plante, l’esclave aux rondeurs assumées, à la douleur lascive toujours renouvelée, au regard vide d’être ailleurs.

 

Belle plante enchaînée qui, à la différence des soumises, ne porte pas ses chaînes pour être libérée tant c’est d’être annulée qui la fait s’embraser…