BDSM Soumission

                                                        Photo © ???

 

 

 

C’est une bien drôle d’histoire…

 

J’ai « initié » un débat sur le forum BDSM transalpin que je fréquente.

Comme je l’ai déjà expliqué, nos « amis » italiens relient beaucoup plus que nous -et cela à l’anglo-saxonne- BDSM et SSC (Safe-Sane-Consensual).

Toutes leurs interventions reprennent tôt ou tard cette association qui, disons le d’emblée, va tout à fait dans mon sens, même si les BDSMeurs français ne la répètent pas à tout bout de champ sur blogs et forums tant, je pense, elle est évidente pour eux.

 

Je suis allée là-bas discuter d’ « orthodoxie », proposant de « dépoussiérer » celle-ci et notamment de transformer un peu la « check-list ».

Je rentrerai dans les détails une autre fois  (c’est encore une histoire qui mérite d’être contée) parce que cela m’a valu une volée de bois vert de la part de Dominas.

Moi qui les connaissais si peu, je dois dire que je suis encore sous le choc de ce qu’elles affirment notamment en matière du « C » de SSC…

Mais ce sera donc l'un de mes futurs propos.

Il est hors sujet ce soir.

 

Toujours est-il qu’à un moment donné, je me suis retrouvée à évoquer nos « Textes Fondamentaux », ceux que depuis des années, je vois partout et pour commencer « Les 9 degrés de soumission » et les fameuses « 12 règles de soumission ».

 

Je le répète, au temps des Groups MSN, ces deux textes et quelques autres étaient sur toutes les listes francophones sans mention d’origine et on les lit encore aujourd’hui sur bon nombre de sites ou de blogs.

Mon idée avait toujours été que nous avions récupéré ça dans le BDSM made in USA et que nous l’avions ensuite traduit.

Et là, surprise !

Les Italiens ne les connaissent pas et me demandent de les poster.

Pour des accrocs à l’Amerloque « LifeStyle » comme ils se définissent eux-mêmes, cela me laisse un peu perplexe.

Bonne pâte, je décide de le faire mais pas de les traduire. Pas le temps.

Je vais leur donner, pensé-je alors, les liens en anglais.

 

Je me mets à en chercher les URL(s) sur le Web.

Pour le premier, aucun problème : je mets 10 secondes pour repérer « 9 levels of submission » sur Google.

Pour les « 12 règles de la soumise », ce fameux truc que-plus-orthodoxe-que-ça-tu-meurs-en-France, rien.

Mais rien de rien…

 

Si ! Google me propose des tas et des tas de « Rules for submission » ou « Rules for a submissive » mais sur des sites persos où leur nombre varie de deux à…128 et où elles sont toutes différentes.

Et les tenants des sites le disent : ce sont nos règles à nous, chaque couple a les siennes etc.

 

Et jamais rien à voir avec celles (les 12) que nous promenons depuis bien quinze ans dans le BDSM francophone.

Vous les connaissez tous mais je vous rappelle les trois premières (je me suis toujours refusée à publier ce texte ici) :

 

1/ Les yeux baissés en ma présence, tu conserveras.  

2/ Jamais mes décisions tu ne contesteras. 

3/ Jamais les jambes tu ne croiseras.

 

Celles-ci et leurs neuf sœurs sont tellement devenues inhérentes au BDSM français que je me souviens encore du soir, où alors que M. et moi étions assis à converser agréablement avec un couple que nous apprécions beaucoup, le « Maître » fit  remarquer à M. que je croisais les jambes et qu’il ne m’avait pas fait de remontrance, ni punie.

Nous sommes toujours tout sourire dans ces cas-là et j’avoue même avoir alors décroisé mes guiboles tout en les gardant jointes, juste pour ne pas commencer à discuter là-dessus.

 

Rewind.

Puisque je ne les trouve pas en anglais, je retourne sur Google après avoir traduit ces trois-là du français vers  l’idiome adéquat en pensant avoir plus de chance si je procède à l'envers.

Nothing.

 

Ça ne sort pas des USA, c’est maintenant une certitude.

Je retente le coup en espagnol.

Nada.

 

Bon.

Et alors ?

Alors, je reviens non sur les listes BDSM adultes de MSN (aujourd’hui disparues) mais sur les quelques sites où je sais pouvoir les trouver.

Et là, c’est toujours à peu près la même formule: « Cette liste qui est connue dans le monde entier peut être lue sur le site de Mastermind et Salomé ».

 

Elle est bien sur le site en question mais connue du monde entier, certes non !

 

Un point sur lequel insister: je n’ai strictement rien -contrairement à beaucoup d’autres gens qui les placent au pilori- à redire quant à Mastermind et Salomé.

Et d’une, ils font ce qu’ils veulent et à l’opposé de ce qui est parfois cru, eux n’ont jamais prétendu apporter « la bonne parole ».

Et de deux, il y a une dizaine d’années, ils ont contribué à casser un peu le mythe du BDSM-violence en apparaissant les premiers dans la lucarne.

On palabrerait des heures pour savoir si ce fut un bien ou un mal…

Selon moi, si l’on fait un bilan de l’ensemble de leurs prestations télévisées (aujourd'hui où ils ne sont plus sur le devant de la scène), ce fut plutôt un bien.

Si j’ai un bémol à émettre, ce sera uniquement sur « Soumise », le livre de Salomé.

Qui l’a lu et me connaît peut sans mal imaginer ce que j’en pense…littérairement. (La rédactrice fait noter aux âmes chagrines qui pourraient s’aventurer ici que sa critique porte uniquement sur les qualités d’écriture de ce récit, paru aux Editions Blanche en 2002 puis chez « Pocket » en 2003, et non sur la présence de Patrick Lesage, « Maître Patrick », comme protagoniste important de la narration).

 

Mais revenons à nos moutons.

Sur le site de Mastermind et Salomé, cette liste des « 12 règles de soumission » est présentée sans mention d’auteur ou de provenance.

Or, comme il est précisé à l’entrée du lieu que tout ce qui y est contenu (textes et graphisme) est la propriété intellectuelle de Mastermind et Salomé, je pencherais volontiers pour l’hypothèse* que ce texte est la pure création de Mastermind, création qui (comme les autres que j’ai mentionné avoir trouvées sur les sites américains) ne se réfère en fait qu’à leur couple.

 

Comment la chose se sera-t-elle diffusée ensuite, jusqu’à devenir « les règles bonnes pour tous/tes » et de plus sous couvert « idéologique » du fait qu’elles sont internationales, mystère…

 

Si mon idée se vérifie, le BDSM francophone imposerait donc à ses adeptes les plus convaincus depuis plus de 10 ans des règles qu’il croit  « universelles » alors que ce n’est que le texte d’UN couple fait par CE couple, pour CE couple…

 

Ben, dans ce cas, ils sont beaux, nos « fondamentaux » et leur valeur (que j’ai toujours remise en cause, on me le reconnaîtra) devient alors pour de bon une reine aux pieds nus.

 

Voilà ce que c’est que cette habitude de piller le Web sans citer ses sources.

Ensuite le texte se répand, se répand et ça mène là : à faire passer pour vérité définitive et diktat ce qui n’avait pas du tout été écrit dans ce but à l’origine.

Convenons toutefois que cela ne fut peut-être pas fait par pure innocence et que le texte tel qu'il est en arrangeait bien certains.

Vous savez, nos « bons Maîtres »…

 

Mais c’est pas tout ça !

Je me suis engagée à le publier au pays de Dante.

Il ne me reste plus qu’à … le traduire en italien.

Super programme pour le week-end.

 

Le pire étant que je risque, en exportant ces règles, de les mettre en vigueur là-bas.

Damned !

 

Je vous raconterai la réaction.

Mais seulement après l’histoire des Dominas qui vaut son pesant d’or…

 

 

 

 

*Comme toute hypothèse, celle-ci est réfutable.

Si quelqu'un d'autre est l'auteur de ce texte (ou en connaît l'auteur), qu'il se (le) fasse connaître ici.