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Le titre évoque un beau film de Téchiné : « J’embrasse pas ».

C’est pourtant un sujet qui n’a rien à voir avec celui-ci.

L’un des derniers « threads » du forum BDSM italien où je prends peu à peu mes aises, concerne le baiser, le baiser amoureux.

Je ne l’aurais pas mentionné ici si, autrefois, je ne m’étais moi-même trouvée confrontée à l’un de ces dominateurs qui n’embrassent pas par principe et que je n’aie dû lui mendier quelques rares baisers donnés mal volontiers.

 

Ce  forum démarre de manière cocasse.

Une jeune soumise s’interroge sur un refus de son « Maître » de l’embrasser, celui-ci motivant son attitude en disant que  « le baiser intense provoque un échange d’enzymes qui augmente l’implication réciproque et peut, donc, modifier le nécessaire rapport d’inégalité soumise-Maître ».

Un dominateur répond en manifestant sa perplexité avec humour mais indique aussi plus sérieusement que « la seule enzyme de la salive étant la ptyaline, chargée de commencer la digestion des sucres en transformant l’amidon en maltose, on imagine mal ce qu’elle vient faire dans une affaire de rapport émotionnel ».

 

Le débat est ensuite lancé. J’en laisse de côté les réponses qui pourraient être sujettes à polémique pour n’en référer que les deux grandes lignes.

 

La première se résume très bien à travers l’avis de cette autre soumise :

« Le problème, c’est qu’embrasser sur la bouche une soumise signifie accepter qu’à ce moment-là, elle soit aussi une femme. Pour moi, les règles doivent être de fer. Je pense donc que c’est juste ainsi, pour se sentir encore plus profondément annulée ».

 

La seconde « école » pourrait être cette intervention de dominateur :

« Ma soumise, je l’ai toujours embrassée. Cela la rend-il plus « femme » à cet instant-là ? Sûrement, mais ce n’est pas le point important. Car moi, le rapport BDSM je le préfère complet avec une soumise-femme.

Rigoureux, sévère même mais qui renouvelle à chaque instant tous les dégradés de tons qui existent dans un rapport homme-femme.

Et même « au restaurant du bord du lac » (comprendre « un endroit vraiment romantique ndlr), pourquoi pas ?

Elle peut être ma soumise là aussi lorsque je l’embrasse et qu’elle me beurre les yeux baissés mes petits toasts de pain grillé. »

 

Comme dans tout forum, il y a des francs-tireurs tel le dom. qui est venu dire que les Dominas n’embrassant jamais, il ne voyait pas pourquoi les Maîtres devraient, eux etc., provoquant l’ire des Dominatrices et ramenant le débat classique « Les Maîtres ne peuvent pas encaisser les Dominas » qui a finalement donné lieu à l’ouverture d’un nouveau forum, concluant ainsi en eau de boudin celui que je citais.

 

Horrible, cette schizophrène différence marquée entre soumise et femme...

Pour finir, on en revient toujours à cette histoire de composante de tendresse sexuelle que j’évoquais sur une autre note. C’est vrai que certains dominateurs ont réellement du mal parfois à accepter la sexualité entendue de manière classique (baisers, caresses) comme partie du rapport BDSM.

Lorsqu’on lit les recherches sur les annonces des chats BDSM, ceux qui font le catalogue de leurs pratiques mettent souvent en exergue « rapports sexuels non obligatoires ».

C'est encore heureux qu'ils ne soient pas "obligatoires"!

Mais qu'est-ce qui se cache là derrière, au tréfonds de ces mots?

 

Je sais que je m’interrogerai à l’infini sur ce qui est selon moi, une peur, une phobie de la sexualité.

C’est même à dire vrai, l’une des trois-quatre choses qui, parce qu’elles demeurent pour moi inexpliquées, me gênent le plus dans le BDSM tel qu'on le lit, cette absence d'Eros... Transgression (mais existe-t-elle pour de bon chez quelques-uns de nos pratiquants ?) et phobie me paraissant un ménage bien paradoxal…

Et puis, comment se revendiquer de l’évolution des moeurs et de cette  tolérance qui se montre vis-à-vis de nous comme d’autres « minorités sexuelles » aujourd'hui si nous ne sommes pas une  sexualité ?

Que serions-nous alors ? Une « nouvelle philosophie » ? Une secte ?

Allons donc !

 

Tiens…

Embrasse-moi.