J’aime les livres, les librairies, celles du monde entier, toutes diverses.

J'aime les bouquinistes aussi.

Bref, tous les lieux où ça sent le papier, le bel et bon papier imprimé que nous ne remplacerons jamais avec nos blogs inodores, ne nous faisons pas d’illusions…

Le papier, cela fleure chaud et voluptueux, cela annonce le plaisir d’une nouvelle aventure, d’un voyage, d’un ravage, d’une grande découverte peut-être.

Et les librairies sont des temples entièrement voués au culte de ce plaisir.

 

J’ai la chance de pouvoir encore, certains week-ends, traîner dans celle qui est l’une des plus belles et des plus grandes de France.

Tout est rangé impeccablement dans un lieu construit tel un labyrinthe, les vendeurs sont des passionnés et je ne les ai jamais pris en défaut.

Bien sûr, comme toute « grosse boîte », lors de leurs inventaires, ils emploient des étudiants pour trois-quatre jours.

Ceci expliquera peut-être cela.

 

J’y errais samedi à la recherche d’un simple Folio, la biographie de « Romain Gary, le caméléon », écrite par Myriam Anissimov.

Comme pour les nouveautés de toute « catégorie » (et juré qu’ils savent « sérier » quasiment à l'infini), les bios ont leur table avec pour chaque livre une petite note (pas forcément gentille) écrite à la main.

C’est la seule librairie où il est arrivé à un(e) vendeur/se de me déconseiller un livre ou plutôt de me dire ce qu’il/elle en pensait de négatif.

 

Bon, pas de Gary en vue.

Aussitôt, je m’informe : il ne sortira que dans quelques jours.

Le vendeur attentif me rappelle, alors que je m’éloigne, ayant consulté son listing informatisé pour me donner la date exacte.

Lorsque je me retourne, je suis nez à nez avec le grand panneau mural « Justice et droit ».

Concevez que ma taille porte ma tête à sa moitié. Et la moitié de l’alphabet c’est « M ».

Et « L » est juste avant.

 

Eussé-je voulu le faire que ceci ne serait point arrivé.

Je me retrouve l’œil posé sur le fameux récit autobiographique de Patrick Lesage (« Maître Patrick ») et intitulé « Le journal d’un Maître » chez Flammarion.

J’ai écrit sur ce blog, lorsque le livre est sorti l’année passée en octobre, mon sentiment totalement défavorable sur cette caricature du BDSM ou du SM et combien il était étonnant que ce torchon figure, grâce à une bonne campagne de la maison éditrice, dans les rayons « Société ou Sociologie » des librairies.

 

Mais à « Justice et droit » et en six exemplaires (preuve des mauvaises ventes d’ailleurs), j’ai mis deux bonnes minutes à comprendre !

« Journal d’un Maître » a dû signifier pour quelque ingénu des inventaires d’août (qui n’en aura vu que le titre et le prestigieux Flammarion) « Journal d’un Avocat »…

Encore heureux que le brave stagiaire n’y ait point lu inconsciemment « Maître d’école » et que ce bouquin d’éducation-même-pas-anglaise (les initiés comprendront) ne soit pas aujourd'hui placé parmi les brûlots efficaces qui sont publiés au sujet de l’Education Nationale !

Ah ! La polysémie de « Maître »…

 

Il ne me restait plus qu’à lever les yeux au ciel.

Je ne l’ai pas fait, sachant que tout en haut du même panneau, dans les premières lettres de l’alphabet, j’aurais trouvé les ouvrages d’un Robert Badinter.

De quoi se dire que... 

 

Justice est (mal) faite !

 

 

 

 

 

 

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