Tableau © Paul Laurenzi (avec sa bienveillante autorisation)

 

 

Pour avoir illustré par deux fois( ici et  ) mes notes de l’un de ses tableaux, je suis restée en contact avec le peintre Paul Laurenzi qui nous annonce aujourd’hui le vernissage de son exposition au Musée Erotique de Hambourg, exposition dont le vernissage aura lieu ce 28 septembre.

Ayant chaque jour une quinzaine de fidèles visites en provenance d’Allemagne, je relaie avec d’autant plus de plaisir cette information.

Paul Laurenzi est un peintre du Sud, de « notre » Sud.

Est-ce pour cela que les femmes auxquelles il donne vie à travers ses tableaux semblent tout droit sorties d’un « Rinascimento » fantomatique, qu’elles en ont la noblesse des visages et des expressions ?

Pourtant dès le second coup d’oeil, dans ses compositions, l’on retrouve aussi l’influence d’un Bruegel.

Sud mâtiné de Nord ?

Non, tout autre chose encore. Car Paul Laurenzi a su trouver son univers intérieur et donner naissance à des créatures charnues et pulpeuses qu’il nous semble pouvoir toucher, dont l’on croirait voir les seins se soulever d’un soupir afin de leur permettre de marcher vers nous et qui, surtout, nous rappellent intensément que l’érotisme, c’est la vie.

Si certains y verront un zeste de fétichisme, il n’est en revanche pas la moindre trace, même latente, de BDSM dans sa peinture et pourtant, c’est l’un des artistes contemporains français qui de son pinceau, touche à notre essentiel : une magnificence de la mise en scène du corps féminin et de ses courbes.

Pour ceux qui ne feront pas le voyage de Hambourg, on peut toutefois, sur son site personnel, connaître les différentes galeries en France où nombre de ses tableaux sont en exposition permanente.

Et aussi admirer, muets, quelques images de ses toiles.

C’est sur l’une d’entre elles que j’ai écrit mon texte (BDSM colorature fessée) de ce soir...

Bonne visite !

 

 

Astarté se promène en soirée bien étrange. Les fêtes vénitiennes doivent avoir cette trempe.

De loin la plus belle, elle paraît absente. Le maître de céans, qui l’a invitée là, a vanté tout son charme à ses hôtes ébahis devant tant de candeur, des traits de Renaissance, la peau dont la blancheur envie la transparence.

C’est un lieu très feutré où les hommes observent pour l’heure en retrait, où les femmes sont vues, légèrement vêtues et même à demi nues.

Ah ! Comment se défendre en telles circonstances ? Elle baisse les yeux et sauve son regard. Pour le reste elle compte, en parfaite ingénue, sur ses voiles carmin, les deniers de ses bas qui feront, elle souhaite, qu’on la verra le moins.

C’est presque un gynécée tant les mâles se fondent dedans l’obscurité et se font silencieux.

Celui-là qui a entraîné la belle au bal sait bien qu’il a gagné et il savoure sa victoire, modeste.

Astarté porte bien son nom de Phénicienne, elle est divinité dans toutes ces païennes.

Astarté est la courbe élevée jusqu’au rang de l’art si l’on veut reconnaître l’art dans la chair humaine. Tout en elle est rondeur, tout en elle est suave et dense comme pulpe éclatante en un fruit. Torride en sa pudeur, Astarté resplendit. Elle est l’astre, elle est l’orbe qui brille en cette nuit.

Pas besoin de lui dire ni de lui ordonner d’ôter quelque vêture : elle est la  nudité car tout d’elle se sait, se voit : sa vie déborde.

 

Il l’a précédemment et pour la présenter aux yeux de ces messieurs, de toute l’assemblée, placée sur ses genoux et ardemment fessée. La belle en eut les fesses plus rouges que ses voiles mais rien ne vint troubler son visage haut et pâle.

Astarté erre ensuite au royaume des femmes. Ce n’est pas son terrain mais ce n’est pas un drame. Elle veut en tout point plaire à celui qu’elle aime.

Les filles fascinées par ce tableau qui bouge, se rapprochent d’elle, viennent l’une après l’autre, parfois d’un sourire ou d’une main mendiante, parfois de quelques mots quémander une offrande, un jeu de quelque instant avec la Reine rouge, l’Impératrice blanche qui tant les ensorcelle.

Astarté ne veut pas qu’on la voie, qu’on la touche. Son regard droit sorti du pinceau de Raphaël gardera sa douceur brune pour son élu et sa peau florentine restera pour sa main.

Mais il lui faut pourtant s’accommoder du rôle. Fi de Florence, hélas, nous l’avons dit plus haut : la fête est de Venise et avec ou sans masque, on peut y faire tout le temps de la nuitée, il n’en restera rien celle-ci achevée.

Voici qu’une aussi jeune, joliment corsetée, porteuse d’une coiffe digne de figurer elle aussi chez un peintre du siècle où tout renaît vient vers elle, et se penche.

Elle donne en spectacle un fessier confondant, un vrai coeur rose pâle et nu comme un printemps.

Astarté sait alors ce qui lui reste à faire, l’idée lui est venue sans que nul la lui souffle. Elle pose une main parée d’un gant très pourpre sur la fesse étrangère et pourtant presque soeur. Cette main, tout d’abord, chantera la caresse, puis lentement en rythme, comme elle tout à l’heure, transformera l’amie nouvelle en amie plus intime et la rendra heureuse en la faisant victime d’une fessée fameuse qu’il lui faut inventer, elle qui n’a jamais été que « receveuse ».

 

Mais de ce plan séquence, dont il est évident que tous doivent le voir, il est tout aussi vrai que dans sa dédicace il n’est que pour un seul. Et le destinataire a beau être à l’écart, il saura inspirer et guider la novice. Astarté fessera ce soir sous ses auspices.

 

Avant que tout ne change, avant que la musique ne vienne pour marquer le mélange des genres et ramener les hommes sur un coup de l’horloge pour que Venise danse, libertine et précieuse, inventive et noceuse et élise son Doge...