F COMME FIL CONDUCTEUR (5) ...

 

Pour deux soirs encore, ce n’est pas moi que vous lirez mais un texte savoureux et tout à fait « dans ma ligne », venu tout droit du Canada, qui raconte le voyage au pays du BDSM d’une jeune journaliste nommée « Satanique »… J’ai dû, pour vous le livrer, le découper en six chapitres ( comme l’auteur l’a fait, d’ailleurs ) car c’est une fort longue enquête et que je sais que le temps de lecture passé sur un post n’excède pas les deux minutes en règle générale (dixit E-Stat !)…

 

 

PS : Ce texte dans sa version originale est disponible sur :

http://levillagelibre.naucelle.com/index3?page3=bdsm11

 

journal en ligne généraliste d’actualité fort intéressant par ailleurs …

 

 

5-LE SIGNAL D'ARRET

Lord Maindefer semble avoir l’expérience nécessaire. Il s’agit maintenant, toujours par Internet et avant la première rencontre, de négocier les limites. Vous allez voir à quel point la confiance et la communication sont essentielles dans le BDSM. Ce n’est pas parce que lui est un Dominant et elle une soumise qu’ils vont avoir la séance – ou la relation -, du siècle. Encore faut-il que tous les deux craquent sur les mêmes sévices.
Il y a sur le Net des outils qui aident à communiquer et à négocier. Ainsi existe-t-il des formulaires à remplir qui couvrent à peu près tous les aspects du BDSM et ses intensités.

Le fouet, par exemple.


La soumise a-t-elle déjà été fouettée? A-t-elle aimé ça? Quelle note donnerait-elle à cette expérience sur une échelle de 0 à 5? Si elle n’a jamais tenté cette expérience, acceptera-t-elle de se faire fouetter? Quelle est l’intensité de son désir, sur une échelle de 0 à 5 ? Et la fessée? Et le bondage? Et la cire chaude? (Le dominant allume des tas de bougies de toutes les couleurs et répand la cire fondue sur le corps de sa soumise attachée, sur les endroits les plus sensibles de préférence et de manière à obtenir des motifs du plus bel effet.).
Les questionnaires sur les désirs et les limites des soumises sont relativement complets et permettent de les cerner avec précision. Chaque fois que vous ferez des progrès dans la connaissance de l’autre, vous reviendrez sur ces questionnaires pour les modifier.

Vous ne vouliez pas entendre parler de bondage japonais mais maintenant que vous connaissez mieux Sir Poulamon, vous accepterez qu’il vous ficelle comme un saucisson et vous suspende au plafond par les cheveux, car vous avez appris à lui faire confiance. Ces échanges vous permettront aussi de définir les aspects du BDSM qui ne vous intéressent pas ou qui vous dégoûtent. C’est pourquoi il est important de discuter, de s’entendre, de tout mettre sur papier avant la première rencontre. Si le plaisir ultime du Dominant, c’est de dévêtir ses soumises et de les mettre dans une cage en plein air, les mains attachées dans le dos, à proximité d’une ruche ou d’une fourmilière après les avoir badigeonnées de miel, alors que votre truc, c’est le fouet, il est inutile de vous rencontrer. Un correspondant qui ne vous fait pas remplir de questionnaire est louche. Laissez tomber. Tout ce qu’il veut, c’est assouvir ses fantasmes – qui sont probablement de vous faire mal.

Ne vous précipitez pas dans le donjon...


Dans le BDSM, ou les deux partenaires sont d’accord sur une activité ou ils l’oublient. Certaine soumises n’aiment que l’aspect psychologique, d’autres que l’aspect physique. Renseignez-vous et réfléchissez bien. Essayez de vous imaginer en train de vivre vos fantasmes et demandez-vous si c’est vraiment ce que vous voulez. Inutile de perdre votre temps et celui de votre correspondant si vous n’avez rien en commun. Qu’arrive-t-il des novices qui n’ont aucune idée de ce qui les attend? Elles sont là avec leurs idées, leurs désirs qui peuvent n’avoir aucun rapport avec la réalité. Une telle peut s’imaginer aimer le fouet, mais une fois dans le monde réel, elle déteste: ça fait vraiment trop mal. Le Dominant expérimenté le sait. C’est pour cette raison qu’il revient sur les limites à plusieurs reprises.
On l’a dit, sous l’influence d’Internet, le BDSM sort de l’ombre et attire de plus en plus de monde. Le nombre de Dominants et de soumises augmente et de nouveaux problèmes surviennent. En résumé : il est très difficile d’accepter ce que l’on ne connaît pas. La soumise peut accepter d’essayer quelque chose mais elle ne pourra affirmer qu’elle aime une activité en particulier tant qu’elle n’en aura pas fait l’expérience. Le Dominant doit, dans un tel cas, redoubler de prudence. Le BDSM contient un élément de risque. Il y a un risque physique, il y a un risque émotif. Pendant que vous remplissez les questionnaires, demandez-vous quels sont les risques vous êtes prêt à prendre.

Les conseils de sécurité prennent énormément d’importance dans le monde du BDSM. Un dominant sérieux donnera de lui-même et dès les premiers échanges, tous les renseignements qui permettront à la soumise de s’assurer qu’il n’est pas dangereux. Il est normal, dans ce milieu, que la soumise vérifie ces références pour s’assurer de leur véracité. Il faut préciser ici que la première rencontre (dans un lieu public) permettra de mieux faire connaissance. Ne vous précipitez pas dans le donjon de Lord Rocambole. Et ce n’est pas parce qu’il vous a payé le billet d’avion qu’il faut faire fi des conseils de sécurité et oublier l’hôtel ! Le Net est plein d’histoires de soumises qui ont accepté un premier rendez-vous sans prendre les précautions nécessaires et qui ont vécu des expériences absolument désastreuses et traumatisantes - viols collectifs, séquestration, violence, etc. Il existe des règles de sécurité. Si vous ne les suivez pas, n’accusez pas le Net de ce qui vous arrive.

Le BDSM frôle souvent certaines limites. Malgré toutes les précautions, malgré le fait que vous acceptiez de prendre certains risques émotifs et physiques, jamais vous ne pourrez appréhender tout ce qui peut mal tourner dans ce genre de relation. Vous devez donc, en plus de ce qui précède, être responsable de vous-même et de votre partenaire.

Le signal d’arrêt


Un autre point qui permet de distinguer un pro d’un prédateur, c’est que le premier insiste, dès le premier contact, pour qu’un signal d’arrêt soit prévu alors que le second ne veut pas en entendre parler. Un signal d’arrêt, c’est un code qui, lorsqu’il est utilisé, met fin immédiatement et sans condition à la séance en cours. Il peut s’agir d’un mot comme «rouge» (qui fait référence au feu rouge) ou d’un signal - un trousseau de clés que la soumise, si elle est bâillonnée, fera tomber par terre -, qui indique que quelque chose ne va pas, qu’une limite a été atteinte.

Le signal d’arrêt est extrêmement important et se négocie, lui aussi, dès les premiers échanges par Internet. Les deux partenaires ne se connaissent pas. La soumise s’imagine, après avoir lu avec beaucoup d’intérêt le contenu de deux sites Web, qu’elle sera capable de supporter 50 coups de fouets (son fantasme le plus jouissif). Mais après le troisième, elle est sur le point de défaillir. Elle n’avait pas imaginé que le Dominant allait frapper si fort – et lui qui pensait avoir été si doux… C’est le moment pour elle, alors qu’il lui reste quelques forces, de prononcer dans un râle «Rouge ». Sir Brian, père fouettard expérimenté, pourra arrêter au vol le quatrième coup avant qu’il ne frappe la croupe toujours offerte. Pour les disciples du Marquis, le signal d’arrêt est sacré. Un Dominant qui ne le respecterait pas commettrait un acte de violence répréhensible, l’équivalent d’une agression dans le monde dit «normal».

L'honneur est sauf


En fait, le signal d’arrêt est très subtil. Vous imaginez-vous une soumise hurler à son dominant, «Arrête, espèce d’enfoiré ! Tu me fais mal !» Une soumise est une soumise et, à ce titre, ne peut donner d’ordre. En criant «rouge» ou en laissant tomber les clés, elle demande au Dominant d’arrêter sans le lui dire carrément. L’honneur est sauf ! En revanche, ce n’est pas parce que la soumise doit obéissance au Maître qu’elle ne peut utiliser le signal d’arrêt. Certains Maîtres culpabilisent leur esclave en partant du principe que la séance avait été négociée à l’avance et les limites acceptées. Si le Dominant vous reproche d’avoir utilisé le signal d’arrêt, laissez-le tomber. C’est un manipulateur. S’il refuse de respecter un signal d’arrêt, il est dangereux. Son objectif est de vous entraîner dans une situation où il n’y aura plus consentement mutuel, de vous faire mal. À moins que vous ne vouliez vous retrouver à l’hôpital, ne perdez pas votre temps avec lui.

Le signal d’arrêt est un aussi un outil de connaissance. Lorsque les deux partenaires se fréquentent régulièrement, le Dominant découvre peu à peu jusqu’où il peut aller et ce que préfère sa soumise. Il prend un peu plus de risques chaque fois pour repousser ses limites et donner plus d’intensité aux séances. La soumise lui fait confiance parce qu’elle sait que quand elle donnera le signal, le cas échéant, il interrompra tout sans lui en vouloir. Il existe aussi des soumises qui ne veulent pas prononcer le signal d’arrêt parce qu’elles veulent voir jusqu’où elles sont capables d’aller. Là encore, un Dominant expérimenté s’en rendra compte et discutera avec elle pour savoir exactement ce qu’elle cherche dans la relation. Il lui faudra aussi définir les responsabilités en cas de problème : à qui la faute si, lors d’une séance, la soumise est blessée ? À négocier, souvent par écrit.