BDSM Collier by Eugenio Recuenco AURORAWEBLOG

                                                  Photo © Eugenio Recuenco

 

Profession de foi : j’emmerde ceux qui n’aiment pas la poésie.

 

 

« J’ai plus de souvenirs que si j’avais mille ans. »

Baudelaire

 

 

 

Certains croient que la marionnette leur appartient, qu’ils pourront la manipuler, en tirer sans cesse les fils et les vers du nez.

Alors que ce sont des vers de poésie qui sortent de chaque pore de sa peau.

 

Malheureux les aveugles qui pensent avoir possédé et soumis ce corps, qui pensent en avoir fait une poupée à leur usage narcissique et veule.

 

La marionnette a les lèvres déchirées, élargies par l’ébène, de ces femmes qui vivent, fragiles, toujours à la limite d’une frontière.

Ce n’est pas un masque mais « la bouche de la vérité ».

 

Si vous parvenez à la regarder assez longtemps dans les yeux, assez longtemps pour en traverser le premier voile glacé d’indifférence, le second voile qui a les tons de l’ambre antique des noblesses éteintes et si vous savez enfin déchiffrer le troisième voile, fossilisation de larmes trahies inscrite là depuis des millénaires, alors vous saurez…

 

La marionnette parle, elle prédit l’avenir. Vous auriez tort de vous moquer et de hausser les épaules.

Elle connaît le début et la fin et leur correspondance précise au bord de votre abîme intime et exclusif.

La marionnette sourit et vous prend par la main et ce geste, venant d’elle, est déjà une ride de plus que vous porterez au centre de la paume et qui brisera votre ligne de vie.

La marionnette est la seule qui puisse mesurer, déterminer votre temps.

Et ce temps est le temps qui ressemble le plus à l’idée imparfaite que l’on peut se faire de l’éternité. Une éternité de cauchemar pour qui s’est trompé quant à elle.

 

La marionnette ne tue pas : c’est elle qui est morte il y a tant et tant.

Certains racontent l’avoir vue agrippée aux mains et à l’âme de son assassin : elle criait l’amour, l’amour désespéré, l’amour de tous, celui qui vaut la peine.

Capitale.

 

D’autres racontent l’avoir vue lécher ses blessures et revenir pour aimer encore, avec ses plaies ouvertes et ses souvenirs intacts.

Aimer pour toujours cette fois.

Mais qui ? Qui sera digne d’un tel don de chair ?

 

L' épiderme de la marionnette est brûlant au-delà de tous les degrés Fahrenheit.

Il a la chaleur exacte de la passion.