Terry Rodgers Party AURORAWEBLOG

                                                         Image © Terry Rodgers

 

Comme bien souvent dans la société, le grand tabou en BDSM ne réside pas dans les tabous des pratiquants (chose dont tout le monde se moque) mais dans l’évocation du rapport qui lie cette sexualité et l’argent.

De celui-ci Le Roux disait qu’il était « le nerf de la guerre ».

Il est aussi celui de toute forme de pouvoir et la domination (entendue dans le sens que l’on veut et donc ici dans le sens d’une domination sexuelle) est bien une question de pouvoir.

Sachant que je m’intéresse à ce thème (l’une des entrées de mon « Encyclopédie BDSM d’Aurora » avait été F comme fric), on m’a adressé par mail un forum qui s’est tenu il y a quelques jours sur un site et qui abordait enfin ce thème sans faux-semblant.

 

Une jeune femme y posait quatre questions essentielles et demandait aux participants d’y répondre.

Il s’agissait de (je paraphrase, aussi m’excusera-t-on du style) :

-L’argent est-il l’un des éléments-clés de la constitution d’un Dominateur ?

-Un Dominateur sans argent (au SMIC ou au RMI) a-t-il la possibilité d’être ou de demeurer Maître ?

-Une soumise désargentée sera-t-elle plus attirée par un Dominateur à l’aise ?

-Une soumise riche sera-t-elle moins attirée par un Dominant désargenté ?

 

Et elle commençait par y répondre elle-même « selon sa raison » (c'est-à-dire je pense le fruit de ses observations)  et non « selon son cœur », ce qui aurait induit fatalement une approche « guimauve » de la question.

Dans l’ordre : Oui, non, oui et oui.

J’aurais, « selon ma raison », fait exactement les mêmes réponses.

 

Des réponses, il n’y en a pas eu beaucoup. A part un hors-sujet où une femme intervenait pour dire que le dominateur se devait de participer à l’achat des tenues puisqu’il en profitait (Y a-t-il besoin de tant de tenues que ça, la soumise est-elle un mannequin et le BDSM une sorte de défilé de mode permanent ?) toutes les autres réponses ont bien évidemment évoqué l’amour. Sauf que ce n’était pas la vraie question. Pas cette fois tout au moins.

Seule une autre jeune femme a su allier les deux : parler de l’amour mais dire que tout de même selon elle, non, un dominateur sans argent ne pourrait l’être ou le rester tout simplement parce que de façon indirecte, il n’avait ainsi plus de mainmise sur sa propre vie.

 

Alors, bien sûr, ces constats sont horribles à faire du point de vue de la morale.

Mais il est bon qu’ils aient été faits (je les ai moi aussi si souvent observés) et que cette chose ait finalement été regardée en face.

Pour ceux qui se fourvoieraient dans ces propos, ce n’est pas de « vénalité » dont il est question ici mais de l’interdépendance entre argent et domination.

 

Voici que s’expliquent mieux tout à coup les profils ou annonces des maîtres qui se déclarent quasiment tous de « bon niveau socio-culturel » ou de « très bon niveau socio-économique ».

Ce sont eux-mêmes qui posent là les pierres de leur fondation.

 

Oui, le dominant qui se présentera comme « fauché » ou qui éclipsera la question mais se fera piéger dès le début du dialogue aura peu de chance d’attirer au premier abord (et même au second).

Je parle ici, semble-t-il cyniquement, mais je traite, comme le faisait l’initiatrice du forum, du temps de la recherche et non de celui du « couple constitué ».

Dans un « couple BDSM constitué », une perte d’emploi ne changera rien.

Lorsqu’on est en état de quête, l’aura de l’autre a une importance terrible et l’argent (la situation socio-culturelle) y tient une bonne place.

 

Que l’on ne vienne pas me dire que c’est exactement pareil chez les « vanille ». C’est faux. On ne se rencontre pas de la même manière et ce qui est projeté sur l’autre n’est pas non plus la même chose.

Il est évident que lorsque l’on se trouve au stade de l’idéalisation, on ne fantasme pas sur le fait d’appeler « Seigneur et Maître » quelqu’un qui pointe à l’ANPE…

C’est la notion même de BDSM qui le veut, les fichues règles et l’orthodoxie que nous ne parvenons pas à envoyer aux orties («Nous » est ici à entendre au sens de « communauté », chaque jour m’amenant sur de nouveaux blogs créés ou le bla bla des contrats, des règles de comportement, des punitions etc est la première chose mise en place avec délectation par celui - homme ou femme, dominant ou soumise - qui le tient, preuve désolante que nous n’avançons nullement en « groupe », tout au plus à titre individuel pour quelques-uns d’entre nous désirant mettre à bas ces « Bastilles »).

 

Dans toute la littérature BDSM, les personnages sont riches ou tout au moins débarrassés des contingences matérielles. Pensez à l’ « Histoire d’O ».

Lisez les récits des blogs BDSM ou les narrations BDSM sur les sites.

Ceux qui racontent des histoires de donjons ne vont pas les loger dans des masures !

Je n’échappe pas à la règle : je situe mes rares fictions dans un « no man’s land » qui est totalement neutre « financièrement ». 

Mais cette neutralité n’est pas pour autant synonyme de « bicoque ».

 

De là à dire que le BDSM n’est qu’affaire de gens friqués, il y a un pas qu’il ne faut surtout pas franchir.

Tout se situe dans le « ne …que ».

Le BDSM est souvent lié à l’argent et c’est la personne dominante qui détient en premier lieu celui-ci.

 

Il y a bien sûr des exceptions. Les jeunes gens qui jouent BDSM n’accordent aucune importance à ce thème qui n’est pas encore tabou pour eux.

L’argent ne devient un totem et un tabou que lorsqu’on est installés dans la vie.

Mais alors, qu’est-ce qu’il devient lourd !

 

Le poids d’un « maître », tiens !

Tout juste.

Et je pense n’avoir pas besoin d’ajouter qu’il en est des pesants…