Unica ligotée affiche de l'exposition Hans Bellmer Anatomie du Désir Centre Georges Pompidou Paris 2006 

                                   « Unica ligotée » affiche de l’exposition © Centre Georges Pompidou

 

« Le corps est comparable à une phrase qui vous inviterait à la désarticuler, pour que se recomposent, à travers une série d’anagrammes sans fin, ses contenus véritables. »

HANS BELLMER

 

Toutes les photos © Exposition Hans Bellmer -Anatomie du désir- Centre Pompidou

 

J’ai soigneusement choisi le titre de cette note afin de ne pas me faire lyncher.

Il est bien évident qu’il ne s’agit pas ici d’apparenter définitivement et pompeusement Bellmer au BDSM comme si j'avais fait une découverte indispensable à l'art mais de poser sur lui et à travers cette exposition du Centre Pompidou : Hans Bellmer, « Anatomie du désir » qui se tient jusqu’au 22 mai 2006, un regard qui n’est que le mien et qui n'a pas la prétention d'être autre chose qu'une vision qui m'appartient.

 

Si tout livre est à celui qui le lit presque autant qu’à son auteur, c’est encore plus vrai de l’oeuvre d’art surtout lorsque celle-ci est empreinte d’un érotisme subversif.

Alors, les interprétations peuvent aller bon train.

En premier lieu et cela va sans dire, c’est au Surréalisme qu’il faut se référer pour « regarder » Bellmer.

C’est de ce Surréalisme ensuite qu’il y a quelque chose « à faire ».

L’exposition tournant principalement autour des diverses figurations de « La Poupée », commencées en 1933, on peut en dire comme certains, qu’elle est l’oeuvre protestataire par excellence contre un régime nazi que Bellmer fuira en 1938 pour s’installer en France.

On peut y rechercher une dimension psychanalytique, retour à l’enfance et suggestions de ses jeux érotiques subconscients. Tout cela est vrai et bien plus concrètement « prouvable » que ce que j’y vois, moi.

 

De Bellmer, je n’ai longtemps connu que quelques dessins qui correspondaient à ses illustrations pour « Histoire de l’oeil » de Bataille.

Je n’ai vu une image de « La Poupée » pour la première fois que fin 2001 sur un site Internet,  hélas aujourd’hui disparu, qui avait une page « Représentations du sado-masochisme dans l’art ».

J’ai alors cherché d’autres photos, d’autres gravures. J’ai appris que Bellmer avait aussi illustré Sade. Et c’est après toutes ces découvertes seulement qu’il m’est apparu que l’on pouvait vraiment lire dans « La Poupée » et autres une image surréaliste du Sado-Masochisme.

D’une part, on ne peut nier l’aspect fétichiste de cette « Puppe ».

D’autre part, celui-ci va plus loin encore.

« La poupée » est sans cesse démembrée, reconstruite, selon toutes les combinaisons possibles. Elle est une sculpture-objet (objet dont seul son créateur détient les clés, qu’il possède et domine donc) qui représente un corps désincarné qui a cependant toutes les apparences du vivant de par les objets qui l’entourent notamment et qui lui confèrent de plus en plus une existence, même si purement fantasmatique. Transformer, fouiller, révéler pour essayer de tirer, d'extraire de ce quelque chose qui est un quelqu’un sa complète et irrémédiable vérité nue.

« Poupée » que l’on imagine à chaque détour de salle détruite et que l’on retrouve, passé l’angle, renaissante, obsessivement, compulsivement recommencée.

Comment ne pas songer à certaine littérature ?

 

                      Hans Bellmer Les Jeux de La Poupée La Poupée et ses objets

 

De plus, « La poupée » est la géométrie érotique de Bellmer, grâce notamment à la découverte qu’il fait du système de la « jointure à boule » qui va lui permettre à l’infini des compositions et des décompositions fantastiques quelquefois, des poses, des mises en scènes du corps, travaux où la tête et les jambes sont en premier plan, tête aux yeux souvent vides, jambes parfois démultipliées.

 

                           Hans Bellmer La Poupée Le regard de La Poupée

 

                        Hans Bellmer La Poupée Corps Démembré Technique de la jointure à boule

 

Ce corps qu’il astreint, qu’il contraint, finit par être une pure fascination tant, en effet, il peut à un certain moment refléter quelque chose de l’œuvre de Sade. Mais, et je le répète, c’est un avis personnel, forcément subjectif.

 

L’exposition présente aussi grand nombre de gravures et dessins minutieux qui ne peuvent, je le reconnais, être lus sous l’enseigne que j’ai donnée aux « Jeux de la Poupée ».

Mais là encore comment ne pas parler au moins de fétichisme quand une bonne partie de ces « images » tourne autour de bottines et met manifestement en scène « l’oeil du voyeur » ?

 

                           Hans Bellmer Croquis Bottines et oeil du voyeur fétichiste

 

On verra aussi dans les  allées du Centre Pompidou les autoportraits de Bellmer, les portraits de sa compagne Unica Zürn et on les observera finir en autoportraits doubles où parfois les traits de l’un empiètent sur les traits de l’autre, fusion ou début d’hermaphrodisme...

 

                                    Hans Bellmer Autoportrait Double Hans Bellmer Unica Zürn   

 

On s’attardera avec le sourire dû aux facéties de nos grands aïeux surréalistes sur cette édition originale des « Jeux de la Poupée » : « Photographies de Hans Bellmer « illustrées » de poèmes de Paul Eluard ».

 

 

Quelques photos enfin à signaler, de « Unica ligotée » dont celle plus haut qui sert d’affiche à l’exposition et celle-ci encore.

 

               Hans Bellmer Ligotage du corps de Unica Zürn

 

Et là, j’ai vraiment du mal à ne pas penser à une exploration transgressive  faite par Bellmer de l’univers « bondage ».

 

Je suis pleinement consciente d’avoir livré ici une vision infiniment parcellaire et de cette exposition et de l’oeuvre de Hans Bellmer.

C’est une des raisons de plus pour vous pousser à emprunter le chemin du Centre Georges Pompidou avant  le 22 mai 2006 pour aller découvrir par vous-mêmes plus de 250 travaux nés de l’ « érotisme convulsif », de la magnificence fulgurante d’un vrai surréaliste et de l’une des plus belles mines de crayon, œil de photographe et artiste plasticien du XXème siècle.

 

 

 

 

 

 

 

              

On n’oubliera pas de s’arrêter longuement devant le prêt du MOMA « La Mitrailleuse en état de grâce » qui est pour beaucoup l’œuvre la plus aboutie de Bellmer.