Je ne suis pas une spécialiste de la peinture. Aussi, cet article n’est pas exhaustif. Il est là seulement pour inciter tous ceux qui passeront à Paris avant le 3 juillet 2006 à visiter cette somme d’art italien qui nous est présentée par les soins de Gabriella Belli, commissaire de cette formidable exposition.

 

Parcourir la première moitié du XXème siècle en Italie, c’est la gageure réussie au Grand Palais à travers « Italia Nova, une aventure de l’art italien, 1900-1950 ».

 

                          Giacomo Balla Elisa à la porte 1904

                               Tableau « Elisa à la porte » de Giacomo Balla - 1904 © Collection particulière.

 

« Elisa sur le seuil », tableau quasiment vivant (c'est l'impression qu'il donne lorsqu'on se trouve face à lui), d’un parfait classicisme et oeuvre de Giacomo Balla, réalisé en 1904, semble être là pour nous accueillir sur l’huis de la galerie et nous ouvrir une porte faite pour aussitôt se refermer.

Sur une époque.

Et cela dès la salle suivante.

 

Plus précisément du point de vue historique, en 1909, lorsque l’écrivain Filippo Tommaso Marinetti publie son « Manifeste du Futurisme » où il déclare dès l’article I : « Nous voulons chanter l’amour du danger, l’habitude de l’énergie et de la témérité. » et donne comme révolues les techniques et thématiques artistiques du passé en exhortant à se saisir du mouvement et de la vitesse du monde moderne pour les représenter.

Révolution active dans tous les domaines, son Futurisme sera surtout présent dans la peinture où ce sont justement Balla mais aussi Umberto Boccioni, Carlo Carrà, Gino Severini qui vont le suivre, écrivant à leur tour en 1910 « Le Manifeste des peintres futuristes ».

Balla notamment en vient à l’abstraction totale.

 

                             Futurisme Italien Giacomo Balla Les Nombres Amoureux 1923

           Tableau « Les nombres amoureux » de Giacomo Balla – 1924 © Museo di Arte moderna e Contemporanea di Trento e Rovereto.

 

Le Futurisme ne sera pas sans inspirer le Surréalisme et il y aura un Futurisme russe (différent mais né grâce à celui provenant d’Italie) autour du peintre David Bourliouk et de l’écrivain Vladimir Maïakovski.

 

Le Surréalisme français et le Futurisme italien se sépareront très vite.

Ce sera la guerre de 14-18 qui les brouillera : les Futuristes furent fortement bellicistes (cf « L’amour du danger » de l’article I cité plus haut) tandis que les Surréalistes, comme on le sait, accomplirent « leur devoir » de force.

 

Le décès « au champ d’honneur » de Boccioni, l’après-guerre développent en Italie un second Futurisme très parlant où émerge le peintre Fortunato Depero.

 

                   Second Futurisme Italien Fortunato Depero La Bagarre 1926  

        Tableau « La bagarre » Fortunato Depero – 1926 © Museo d’Arte Moderna e Contemporanea di Trento e Rovereto.

 

 

Mais la déception due à cette guerre voit surtout les peintres se tourner vers deux nouvelles écoles dès les années 20 : le néo-classicisme (recherche d’une représentation figurative, retour aux sources de l’art italien) dont le plus grand représentant fut l’éblouissant Mario Sironi. Pour avoir une idée, on se reportera vers deux tableaux de celui-ci : « L’élève » et « Solitude » avec lesquels j’avais illustré un texte ici et .

L’autre école est la « Metafisica » regroupée autour de Giorgio De Chirico dont je vous donne à voir ci-dessous la toile « La Comédie et la Tragédie », magnifique allégorie.

 

                                          Metafisica Giorgio De Chirico La Comédie et la Tragédie 1926

       

         Tableau « La Comédie et la Tragédie » de Giorgio De Chirico – 1926 © Museo d’Arte Moderna e Contemporanea di Trento e Rovereto.

 

Une autre figure de la « Metafisica » fut Giorgio Morandi avant que de développer un art plus personnel. Une salle entière lui est d’ailleurs consacrée, l’avant-dernière de l’exposition.

 

Mais revenons-en à l’après-première guerre mondiale et à son contexte politique, l’art ne pouvant jamais être séparé de celui-ci.

On est dans les années 20 et la « Marche sur Rome » ne va pas tarder.

Marinetti se déclara ouvertement fasciste dès le début et peu de ces peintres, il faut le reconnaître, furent contestataires, le régime adoptant au minimum une neutralité bienveillante à leur égard (Mussolini misait plutôt sur le cinéma et l’architecture) quand il ne les valorisa pas comme porte-parole, tels ceux du groupe « Novecento », bien encadrés par l'une des Muses du Duce, Margherita Sarfati .

Même au-delà de ces derniers cités, les autres peintres ou maîtres en arts plastiques de ce temps servirent  quelquefois d’instrument de propagande au fascisme comme Renato Bertelli avec cette stupéfiante « Tête de Mussolini » datant de 1933.

 

                                         Renato Bertelli Tête de Mussolini Sculpture terre cuite peinte 1933          

 

     Sculpture « Tête de Mussolini » de Renato Bertelli -1933 © Museo d’Arte Moderna e Contemporanea di Trento e Rovereto.

 

 

Le seul bémol à apporter à cette exposition est donc l’absence de toute œuvre de Renato Guttuso qui commença dès les années 40 à peindre dans ses toiles tragiques et engagées la violence du régime mussolinien, à l'égal d'un « Guernica ».

 

 

« Italia Nova » s’achève dans une petite salle au titre très métaphorique, « Table rase », où sont montrées quelques œuvres de Lucio Fontana, Alberto Burri et Piero Manzoni qui  préfigurent déjà l’« Arte Povera » qui va bientôt suivre…

 

C’est fait : on est entrés dans les années 50 !

 

Et on sort du Grand Palais, éblouis d'avoir vu cinquante ans d'Histoire du bout des yeux...