Romanzo Criminale de Michele Placido AURORAWEBLOG

                                   Photo affiche française © Warner Bros

 

Un blog est aussi fait pour communiquer ses enthousiasmes ou ses coups d’humeur même si ceux-ci ne sont pas directement reliés à son habituelle thématique générale.

Aussi, en resterons-nous encore ce soir au sujet évoqué ici hier, même si c’est en prenant un chemin de traverse.

Comment en est-on arrivé à Berlusconi ?

« Romanzo criminale », le film de Michele Placido sorti depuis deux semaines, apporte à qui saura le lire un embryon de réponse…

 

Tout commence sur les chapeaux de roue par une partie de vrais gendarmes et de vrais voleurs quelque part dans un coin reculé du Sud de l’Italie, tout à la fin des années 60.

Les voleurs sont des enfants. L’un d’entre eux y laisse sa peau. La camarde est passée.

Elle plombera la vie des survivants.

 

Dans les années 70, en Italie, il y avait plusieurs « mauvaises routes » à suivre pour des jeunes désireux de se confronter à la rébellion : le terrorisme fut l’une d’entre elles, la délinquance organisée la seconde.

C’est celle que choisissent les jeunes gens de cette « bande ». Curieusement, leur trajet croisera pourtant l’autre.

En se rendant à Rome, en voulant contrôler le secteur de la drogue, on finit toujours par avoir affaire à la Mafia, laquelle a ses connections directes avec le pouvoir et on se retrouve à la fin du compte manipulé par celui-ci.

 

C’est cette saga que nous raconte magistralement Michele Placido (ex-acteur passé à la réalisation) durant deux heures et demie sur un rythme d’enfer qui ne laisse pas une seconde pour souffler.

Il faut s’accrocher pour suivre : le film nous emporte dans une multitude de seconds rôles et de troisièmes couteaux qui entourent le  petit « groupe central », la « bande ».

 

« Romanzo Criminale » est une tragédie antique, chorale. Les personnages vivent individuellement leur destin mais celui-ci est étroitement lié à celui de la bande.

Or on ne peut pas évoluer, devenir adulte, mûrir,  tous, de la même manière. Cette vérité est celle qui entraînera le groupe de la grandeur à la décadence.

 

Acteurs exceptionnels (Kim Rossi-Stuart et Anna Mouglalis entre autres), mise en scène remarquable (qui intègre des documents d’actualité de l’époque : l’assassinat d’Aldo Moro, l’attentat de la gare de Bologne), « Romanzo Criminale » est un film qui étonne.

Il montre que le cinéma italien est bel et bien vivant et très proche de ses prestigieuses racines.

Cinéma d’action et cinéma politique : c’est à Francesco Rosi et à Elio Petri que l’on pense sans équivoque.

Mais les années ont passé et du point de vue de la technique, de la tension cinématographique générée par le montage, on songe au Scorsese de « Casino » et pour la trame narrative à  « Mystic River » de Clint Eastwood et surtout au si beau « Il était une fois en Amérique » de Sergio Leone.

Nommer tous ces films est là pour rendre hommage à ce que vient de faire Michele Placido.

Pas pour donner une impression de « déjà vu ».

 

 « Romanzo Criminale » est tout à fait à part. C’est un film d’une rare violence. Cette violence est inhérente à ce que le long métrage raconte : les trente dernières  années de la vie italienne, celles qui ont amené tout droit à l’an 2000 et à Berlusconi.

Et ces trente ans furent violents à l’extrême. Le film effleure quelques secrets d’état désormais sus même si jamais ouvertement reconnus : c’est son propre parti qui « choisit de perdre » Aldo Moro,  c’est l’étroit rapport entre le pouvoir, les loges et la mafia qui est à l’origine de l’attentat de Bologne, téléguidé pour détourner l'opinion de juteux trafics malhonnêtes.

« Romanzo Criminale » les évoque (puisque ses personnages se retrouvent à traverser ces épisodes et à en être des actants de second plan) mais il ne s’appesantit pas. Ce n’est pas un film historique, ni un témoignage.

Adapté d’un roman de Giancarlo De Cataldo, il se base pourtant sur des faits réels, l'histoire de la « Banda della Magliana ». Si le livre est plus révélateur quant aux implications des services secrets, je préfère cependant le film qui donne une autre humanité à ses personnages.

Pour une fois, l’image  dépasse le texte écrit comme si les protagonistes avaient vraiment eu besoin de prendre vie, de prendre mort à nos yeux pour être.

 

A ceux qui ont vu « Nos meilleures années » (à mes yeux le film le plus raté de Marco Tullio Giordana) je dirai que « Romanzo Criminale » en est le pendant parfait en contrepoint.

 

Cinéma d’exception qui réconcilie public populaire et intellectuel (film d’action et de réflexion), « Romanzo Criminale » est ma plus stupéfiante découverte de ce printemps cinématographique.

Un petit chef d’œuvre.