Je m’aperçois avec joie que l’un des articles de Libé que j’avais enragé de ne pouvoir commenter en son temps ( le samedi 10/12 ) est toujours en ligne.

Il s’agit du reportage, classé dans la rubrique « Modes de vie » ( je ne suis pas certaine qu'il avait là sa meilleure place), sur la nuit Démonia qui est sans nul doute le plus grand lieu de rendez-vous annuel  Fétichiste et SM en France.

Je vous invite donc par commencer votre lecture par ce « témoignage » ici et vous engage à le faire vite car il ne restera pas accessible très longtemps désormais.

 

Je ne remets nullement en cause le ton des journalistes. Je dis « des » parce que, bien que l’article soit signé Ondine Millot, un « on » apparaît dans le texte plusieurs fois, laissant entendre qu’ils étaient plusieurs. Leur point de vue vaut ce qu’il vaut, surtout qu’ils paraissaient là en « service commandé » et que c’est leur droit le plus strict de ne pas partager cette tasse de thé tant qu’ils demeurent objectifs, ce qui me semble avoir été le cas ici.

 

Je ne suis pas moi-même une grande « amie » de la nuit Démonia.

Naïve, à mes « débuts », j’ai assisté à l’une d’entre elles pour en retirer un sentiment de grande foire commerciale ( Démonia détient boutiques et sites ) mal organisée. Il est inutile de préciser en outre, je pense, que le billet d'entrée à cette fiesta est payant et coûteux ( 50 euros).

 

On sait par ailleurs que selon moi, la cohabitation SM et Fetish est toujours très risquée et ne va pas autant de soi que l’on semble le croire en accolant ces deux termes à tout propos.

Précisément, la nuit Démonia avait été pour moi l’exemple du cas où ces deux familles ne savent pas se marier avec bonheur, sinon dans la représentation ( scénique ici ) qui, comme on sait, est le contraire de la vie.

 

Reste que cette nuit annuelle continue à vivre pour le plus grand plaisir de beaucoup, il ne me viendrait pas à l'esprit de le nier.

Elle est indubitablement, et le fait que Libération y ait dépêché ses journalistes l’illustre magnifiquement, le « ce qu’on entend, ce qu’on voit » partout dès que l’on veut se « documenter » sur le Fetish ou le BDSM/SM.

Une vitrine. Où l’on va pour voir ( ce fut donc mon cas une fois ) ou pour se montrer.

Du folklorique aussi pour les branchés, essentiellement parisiens, ni Fetish, ni SM mais aimant être vus partout, une tribune pour les Fetish de tout poil et accessoirement un espace de mise en relief pour quelques "people"( ou pensant l'être) SM flirtant avec le Fetish.

Que l’ensemble manque de spontanéité, ne soit pas criant de vérité, ne peut donc étonner pour finir.

Sans doute vaudrait-il mieux que l'on entendît ou que l'on vît autre chose (de plus libre et de moins cadré) pour apprendre à nous connaître (nous, BDSMeurs) et pouvoir ensuite parler de nous dans la presse ou ailleurs, s'il faut absolument que l'on en parle...

Sans doute même qu'en définitive  le silence et l'ombre nous siéraient mieux que cette manifestation où tous les spots, tous les sons de techno ne peuvent faire oublier qu'elle est essentiellement placée sous le signe du marketing et qu'en fin de compte, elle n'est vraiment pas ( organisée ) pour nous.

 

De ce reportage, en tout cas, je retiens trois choses : la première me donne de l’urticaire, la seconde me conforte dans une réflexion que je poursuis sur le « statut » de la femme dominante et la dernière me fait plaisir.

 

Commençons par la phrase de l’organisateur :

« Il est 1 heure et l’on n’a pas encore exploré le sous-sol, rebaptisé Donjon. Francis a conseillé de ne « pas trop se focaliser » sur cette partie « pas forcément représentative ».

C’est là que réside tout ce que je reproche à la nuit Démonia : Francis ( l’organisateur ), comme toujours, marque un sentiment de retrait face au « Donjon » (le lieu consacré à quelque "mobilier" SM pour ceux qui viennent là dans le but de "pratiquer" comme on le fait dans les clubs, en toute modestie et sans faire partie du spectacle programmé ).

Comme d’hab, il préfère le show organisé sur scène avec "pointures" connues du "Milieu", le défilé de vêtements, la cabine photos ( tout le paraître), c'est-à-dire l’esprit fetish, aux actes ( à l’être), c'est-à-dire l’esprit SM.

Il faudrait qu’il ait le courage de renoncer à cette hypocrisie commerciale et puisque comme il le dit, un Donjon n’est pas « représentatif » (de la nuit Démonia, je suppose), il n'en ouvre pas dans sa fête et s’abstienne désormais du même coup de faire de la publicité pour vendre ses tickets d'entrée auprès de ces pratiquants lambda SM de la « vie vraie » qui lui font honte et qu'il ne s'adresse donc plus qu'au peuple fetish ou apparenté qui « looke » plus flashy, qui est "Démonia Style".

 

La seconde est le témoignage qui donne son titre au reportage, celui de la « maîtresse infirmière » qui déclare : « J’ai souvent l’impression d’être l’esclave des soumis. Certains sont extrêmement exigeants, très égoïstes dans leur plaisir ».

Je découvre depuis peu « en paroles » ( blogs et chats) le monde des Dominas et je m’aperçois que la misogynie y a fait son havre aussi. Ce propos est donc l’image fidèle d’une réalité que je connaissais mal jusqu’à présent.

 

La dernière chose tient dans ces quelques mots que j’ai toujours entendus dire par Marden et qu’il m’est agréable de voir enfin repris ici, même si c’est par une seule voix ( je crois qu’elle est l’écho de beaucoup et qu’elle annonce un pas de plus vers la fin de « notre » Pensée Unique) :

« Il y a autant de pratiques que de pratiquants ».

 

 

 

 

 

 

 

 

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