AURORAWEBLOG Asia Bondage Steven Speliotis

                                      Photo © Steven Speliotis.

 

Je reviens sur l’un de mes thèmes de prédilection, pensant que ce que j’ai pu en dire déjà (et avec quoi je demeure en parfait accord) remonte aujourd’hui à il y a plus de deux ans et que tous les gens qui passent sur ce blog maintenant ne l’ont pas lu forcément.

 

J’ai le sentiment en lisant ici ou là que le bondage n’a pas bonne presse.

Pratique mineure du BDSM, trop soft pour certains.

Trop esthétique, trop réfléchie et donc sans spontanéité pour d’autres.*

 

C’est oublier un peu vite, sinon pour les vrais puristes, d’où elle sort, c’est à dire ce que sont ses racines : le « kinbaku »  ou le « hojo-jutsu » japonais, moyens de torturer les prisonniers jusqu’à ce que s'achève l’époque Edo.

Ce n’est qu’ après cette période que l’on commence à recenser quelques très rares allusions à un usage érotique des cordes. On peut donc dater de là ce qui est nommé « shibari » au pays du soleil levant et qui va inspirer largement notre bondage occidental.

 

Ceux qui l’ignorent et qui trouvent le bondage insignifiant l’associent à d’autres pratiques. Je serais pour ma part assez minimaliste : si je ne vois aucun inconvénient à l’accompagner d’un jeu de cire ou de quelques pinces, je pense que point trop n’en faut. Le bondage doit pour moi conserver sa nature première.**

 

Le bondage et son « art » sont abondamment expliqués « techniquement » sur la plupart des sites sérieux qui leur sont dédiés, ce qui irrite les amateurs de l’immédiateté.

Et pourtant, cette pratique a ses règles de sécurité car elle est loin d’être anodine (aucune pratique BDSM « physique » ne l’est, on ne le répètera jamais assez).

Une corde peut se révéler redoutable à plus d’un titre entre les mains d’un malhabile.

Et comme bondage ne signifie pas simple ficelage (ce qui peut avoir son charme mais qui n’entre pas dans la catégorie ce soir mentionnée), il est vrai qu’il faut en passer par certains conseils, un apprentissage des nœuds et quelques figures à connaître.

 

Ces précautions prises, ces méthodes acquises, on peut ensuite accéder à l’inspiration propre, céder à ses fantasmes de jeux de liens, de tourbillons de cordes, de dessins sur un corps, de sculpture de ce corps.

Une sculpture qui a un sens à la fois physique et cérébral : le bondage est un jeu sous entendant l’entrave et la contrainte comme but et non comme moyen.

Son côté esthétique en découle mais ne le précède pas contrairement à ce que pensent ses détracteurs.

Les liens se font de façon à créer un effet de relief (ou de mise en valeur autre) de certaines parties du corps qu’elles soulignent, délimitent de façon géométrique, soit en suivant les schémas de l’anatomie soit en les réinventant tout bonnement.

Celui qui officie ressent intensément son pouvoir sur ce corps consentant qui s’offre à lui comme glaise.

Celui qui subit éprouve un sentiment de confiance énorme au fur et à mesure qu’il est confronté à son impuissance à se mouvoir.

C’est bien alors une histoire à deux qui se joue et qui n’a plus rien à voir avec la seule technique.

 

J’ai eu envie de scanner ce pic tiré du livre « Asia Bondage » du photographe Steven Speliotis.

En faire un plaidoyer pour le bondage de par ce qu’elle exprime.

 

C’est une pause dans un bondage en accomplissement, les cordes commencent seulement à se tendre, les nœuds à prendre forme.

Mais la femme est déjà complètement sous emprise et son visage, ses yeux clos marquent l’intensité de son plaisir.

L’homme s’est pour un instant substitué aux liens : c’est lui qui l’enserre dans un geste de tendresse immense.

 

Cette photo, contrairement à d’autres du même auteur, paraît prise sur le vif, elle ne marque aucun travail de topologie par les cordes sur un aspect précis du corps.

Je ne suis pas naïve au point de ne pas savoir au fond de moi qu’elle est toute aussi « posée » que celles qui sont la « marque de fabrique » habituelle de Steven Speliotis.

 

Mais peu m’importe : elle rend en tout cas exactement ce que j’essayais de dire ce soir.

Il n’est pas de « liens du corps » qui ne soient qu’artistiques ou méthodiques.

Les vrais liens du bondage  passent par les « liens du cœur ».

 

 

 

 

* et ** : Pensant avoir trouvé dans ce public une clientèle à appâter, beaucoup de sites commerciaux, américains notamment, qui comportent le mot « bondage » ou « tied » dans leur intitulé présentent des images qui n’ont plus rien  à voir avec cet acte lui-même : les cordes ne sont alors que prétexte et « toile de fond » à des séries d’images d’autres pratiques, images généralement très hard et dégradantes pour la femme.