BDSM Calvato Photographer AURORAWEBLOG

                                                   Photo © Calvato

 

A « Candide », même s’il/elle ne repassera peut-être jamais par ici…

 

Cher Candide,

 

Vous avez atterri sur ces pages au sujet de l’inné et de l’acquis. Pour vous le BDSM serait inné chez le mauvais Dominateur qui manipule par pathologie, et acquis pour le malheureux (la malheureuse) soumis(e) qui se retrouve manipulé(e) à cause de sa fragilité psychologique.

 

Cette question de la manipulation, vous avez flairé juste, est elle aussi l’une de celles qui envahissent nos forums. Curieusement, ce sont le plus souvent les Dominants qui se pensent manipulés. Le second « marronnier » de « nos lieux de question » est en effet « Qui domine qui ? »

On constatera que ceux qui la posent sont ceux qui réfléchissent un peu et non la « Guignol’s Band » que je stigmatise souvent ici.

 

Vous savez déjà d’une part que pour moi, sans renier la génétique et ses progrès bénéfiques dans bien des domaines, je ne crois pas qu’elle puisse un jour prouver quoi que ce soit qui s’appliquera à la « détermination » d’une sexualité.

Je choisis donc pour l’un comme pour l’autre Dominant(e) et Soumis(e) de ne parler que d’acquis. Acquis qui creusent lentement leurs fondations au fil du temps depuis notre enfance.

La manipulation peut-elle ensuite, sur la base de ces acquis, trouver une place ?

Sans doute. Il est des « âmes faibles » et d’un côté comme de l’autre.

Peut-être est-il plus facile aux Dominants (des deux sexes) d’exercer cette manipulation.

L’ ordonnancement des règles, l’armada du langage et des positions à respecter, les contrats, si vigoureusement défendus par les tenants de ce BDSM que je qualifierais de « Canal Historique », leur en donne les moyens.

Heureusement ils ne sont pas les seuls.

 

Les « fractions dissidentes » à ce BDSM sont nombreuses. Vous êtes même ici sur l’une d’elles.

 

Quant à la question « Qui domine qui ? » (relevons qu’elle n’est jamais posée par la formule inverse « Qui soumet qui ? » et c’est très important ! ), je la reconnais comme valable pour tous.

Encore faut-il savoir comment la lire.

Si l’on cherche à l’entrevoir sous les termes de « Qui tire les ficelles ? », il apparaîtra très vite que lorsque tout se déroule normalement et dans une relation « saine » ( le fameux « safe, sane and consensual ), c’est le soumis ou la soumise qui pose les limites et qui détient les clés, celles du début et celle de la fin de cet échange de pouvoir que j’ai toujours considéré comme clos sur la durée d’un « incertain temps ». Lorsque celui-ci/celle-ci estime qu’il en est assez de la « scène », il/elle dit « stop », ou « rouge », ou « ploc », selon le safeword choisi et l’incertain temps s’arrête.

 

Mais c’est en fait bien plus compliqué que cela.

 

Le BDSM ne peut être réduit à son seul aspect de « séance » ponctuelle. Il est aussi l’histoire d’une relation entre deux êtres. Et là, c’est bien le Dominant ( quel que soit son sexe ) qui domine mais pas n’importe comment : le Dominant est allé chercher chez l’autre l’armoire de ses tiroirs secrets. Il va les ouvrir un à un et en laisser s’évader la fragrance mystérieuse, il va réaliser les images qui s’en échappent comme d’une lampe d’Aladin.

Il donne forme à ce que l’autre voulait si chèrement mais n’osait pas et enfouissait sous des piles de draps épais.

Et parce que l’autre a cette retenue ( sociale, religieuse etc. ) qui est propre à son histoire personnelle, parce qu’il ne laisse pas toujours ouvrir facilement  toutes les pièces obscures de « la folle de son logis », le Dominant le fait naître à sa vérité par une forme de rapport de force certes ( dont il faut rappeler qu’il est consenti ) mais qui n’est qu’une des composantes de cet étrange rapport amoureux qui est celui des « gens de chez nous ».

 

Pas de fatale "entourloupe" donc, selon vos mots.

Je suis « dominée » par amour de mon côté, avec amour du sien, je ne me sens pas manipulée, je ne me sens pas manipulatrice, je me sens seulement amoureuse, je me sens seulement aimée…