Scupture Philippe Berry - "Ballon dégonflé" - 1995

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Dédié :

A tous ceux qui doutaient encore d’une opération marketing,

Aux pratiquants BDSM ou SM lambda qui ne comprennent pas combien pareil Carnaval peut nous desservir,

A XXXarobaseWanadoo.fr. qui nous a envoyé un mail pour nous parler de cet homme si gentil qu’il connaît si bien et qui se tient en retrait de tout, nous proposant de discuter et auquel nous avons accordé une heure de notre temps pour répondre par courriel de façon loyale et finalement obtenir un renvoi en « mailer-daemon-undelivery »…

 

 

Grotesque.

 

Il est donc bien venu chez Cauet.

Je l’avais annoncé en parlant d’une « surprise médiatique d’ici peu » sur l’un des tous premiers commentaires placés sur ma note concernant son « Journal d’un Maître » puisque comme tout le monde, la rumeur m’avait vite touchée.

Mais il n’était pas annoncé au programme et jusqu’à la dernière minute, ceux qui savaient auront oscillé entre « Info ou intox ? ».

Amusante formule car moi j’aurais plutôt parié, lorsque je lisais le « volume », sur Ardisson…C’est quand même un peu mieux que Cauet. J'y reviendrai.

 

Dès le début de l’émission, les jeux étaient faits.

Cauet a annoncé que très tard, tout à la fin, il recevrait un Maître Dominateur.

Il l'a d'ailleurs répété à cinq reprises, avec un air faussement effrayé, histoire d'appâter le public de la salle qui riait bien un peu mais qui ne paraissait pas intéressé outre mesure.

 

Quand il est apparu, après l’ultime page de pub, le macaron s’est mis en « interdit aux moins de 16 ans ».

Il n’y avait pas de quoi.

 

Est venu prendre place dans le fauteuil, la pince fatidique de l’émission au doigt, un monsieur souriant et bonasse en costume et chemise blanche très tendue sur un bon ventre rond, la face toute aussi ronde, avec une énorme montre au poignet droit et à gauche de nombreuses gourmettes en argent.

 

L’intro, c’est Cauet qui l’a faite : « Je reçois un Maître Dominateur mais tout ce qui se passe chez lui se déroule entre adultes. »

« Consentants », précise l’autre.

« Entre adultes consentants de plus de dix huit ans », reprend Cauet.

 

Vous en connaissez des adultes de moins de dix-huit ans ? Légalement, je parle.

Mais bon, passons.

 

Cauet tient le livre à la main : « Journal d’un Maître ».

Dès le début, la première question, Monsieur Le Sage dit que tout ce qui est là dedans est vrai.

Donc, je me dois d’en déduire que le lieu qui nous est commun en été est bien celui de « la mort qui rôde  dans son manteau maculé de sperme et de cyprine ».

Enfin, je « devrais » en déduire parce que très vite Monsieur Le Sage explique qu’il est un Dominateur, pas un Maître. Pas un Maître Dominateur.

Et, se montrant d’une humilité qui contraste avec son « œuvre », il explique qu’il ne se fait pas appeler « Maître » mais « Monsieur ».

Alors, c’est qui le « Maître Patrick », le « Maître des Maîtres », « le Maître, le puissant, l’incontestable » qui dit « Je » dans le bouquin?

Et Cauet tient toujours en main « Le Journal d’un Maître »…

On ne comprend plus.

Est-ce bien son livre ? Ou bien lui a-t-on tenu la main (de force ?) pour l’écrire et de plus choisi le titre pour lui ?

Pourtant, l’animateur nous explique que tout cela est très sérieux puisque c’est publié chez Flammarion qui est une maison sérieuse et Patrick Le Sage répond « Bien sûr »…

 

Après il raconte, tout et n’importe quoi, des choses qui sont dans son livre mais qu’il édulcore tant qu’on le prendrait presque, avec son air patelin, pour un bienfaiteur des déshérités de l’orgasme ou l’un de  ces pseudos-sexologues en vogue qui mouillent leur propre chemise pour leurs patients.

Il reçoit, nous dit-il, des couples qui veulent mettre un peu de piment dans leur vie amoureuse.

 

Voilà, c’est comme ça, c’est léger, c’est un jeu, seulement un jeu, il le dit trois fois.

Cauet lui demande si Dominateur, ça a un rapport avec le sadomasochisme.

« Non, non, bien sûr que non », répond-il. Le sadomasochisme c’est la douleur et chez lui, il n’y a que du plaisir.

Là encore, on décroche. C’est pourtant bien lui, qui dans l’annonce qu’il passe sur le chat que nous fréquentons tous, s’autoproclame « Grande Référence du SM ». J’ai du rater un épisode et aujourd’hui SM doit vouloir dire Sauveteur Motivé.

 

On a droit ensuite à un mini-reportage sur la fameuse Cave.

On y voit des carcans, des caisses à outils, des poteaux, des cages, des instruments étranges mais non, il l’explique bien à Cauet qui feint de s’inquiéter, ce n’est pas dangereux, c’est pour jouer.

Pour un peu, il nous dirait que non, tout ça, ça fait jamais le moindre bobo.

C’est du jeu. C’est de la déco aussi peut-être.

On remarque un demi-mannequin, de ceux qui m’avaient tant fait rire lors de ma première visite sur le site de Maître Patrick qui n’est donc pas Maître mais Dominateur.

D’ailleurs est-ce bien Maître Patrick l’invité ou Patrick Le Sage ? Sont-ils un ou deux, je m’y perds …

Cauet dit «  C’est un mannequin, des fesses et des jambes de femme,  ce n’est pas une femme coupée en deux » et Patrick Le Sage rit et répond « Non, non, bien sûr. »

 

On voit aussi le fameux lit noir avec la fleur de lys blanche.

« Quel lit ! » dit l’animateur et l’autre répond « Oui ».

On voit un épais volume sur Sade (pas le meilleur, je vous l’assure mais le plus gros, sûrement !).

Cauet dit « Ah ! Sade, bien sûr ! » et l’autre répond « Oui ».

On nage dans la logique puisque tout cela n’a rien à voir, on nous l’a dit, avec le sadomasochisme.

 

La Cave, il nous le raconte, on y vient par le bouche à oreille, on peut même être boulangère (on est loin tout à coup des bourgeoises-intellectuelles de l'article de Libé -qui causait même de milliardaires- et du livre), l’important c’est d’être belle, c’est la seule condition  qu’il pose par goût personnel, le seul droit qu’il s’arroge.

Il consentira tout de même un peu plus tard à évoquer des entretiens de deux heures et des lettres de motivation. Il ne suffit pas d’être belle pour aller à la cave.

Quand il refuse, c’est au feeling.

Il juge sur quels critères ? Il ne lâchera qu’un mot  : le comportement.

 

Il dit aussi des choses qui ne sont pas telles que dans son livre.

Les maris, nous explique-t-il, participent avec lui en bas. Dans le bouquin, ils attendent en haut.

Cauet qui n’a sûrement lu (et on le comprend) que la page 4 du livre mais qui veut un détail qui croustille lui parle de « la soumise fêtant son anniversaire dans un bus avec autant de partenaires que de bougies » et lui pose alors la question de la protection contre les MST.

L’autre est ferme, son visage s’empreint soudain de gravité sérieuse : pas de ça avec lui, toutes les précautions prophylactiques sont prises.

Or, et c’est l’une des choses qui m’avaient le plus choquée dans le livre, on y lisait page 242 :

« Par ailleurs, je dispose toujours des tests sanguins de mes amis, afin d’envisager ce genre de supplice consenti ».

Un test sanguin, c’est bien mais tout le monde en connaît les limites (il est comme une photo prise à une heure H et ne préjuge en rien du lendemain de ce jour) et l’escadron de « godes sur pattes » de Patrick Le Sage n’étant pas, comme on s’en doute, formé d’anges…

 

On s’approche de la fin. Cauet lui présente une série de photos de « people ».

Soumise ou pas ?

Un « Non », beaucoup de « Peut-être » avec une « mise en bouche » sur l’impeccable blonde qui co-présente l’émission avec Cauet qui en prend des mines effarouchées et qui roule des yeux.

Un « Oui » net : la photo de Madonna.  

Cauet s’étonne « Vous en êtes sûr ? » Et Patrick Le Sage de répondre un « Sûr ! » d’un air entendu.

Il veut nous dire quoi ? Qu’il l’a eue dans sa cave ?

Parce que si ce n’est pas ça, tu parles d’un scoop ou d’un sixième sens ! Elle en avait jadis parlé elle-même, de ses expériences SM. Enfin, non, de ses expériences de jeux gentillets qui font pas bobo.

 

J’ai gardé pour la bonne bouche la Marie-soumise qui est venue accompagner le Maître, enfin le Dominateur, soumise en profil perdu derrière un paravent et qui minaude tant qu’elle peut, la voix masquée.

 

C’est Cauet qui la « torture » ce soir, il veut connaître le fantasme qui lui reste à réaliser : elle finit par dire (c’était dans le bouquin) que son mari jaloux ne lui a pas encore autorisé le gang bang et que donc…

 

Voilà le moment venu de poser la question qui tue « Et un Dominateur, ça tombe amoureux ? ».

Patrick Le Sage répond que « Oui » et les deux, invité et animateur de s’accorder, complices, pour dire que c’est là que peuvent commencer les problèmes.

Cauet cite la phrase anglaise « Ne pas mélanger amour et travail ». L’autre opine du chef.

Est-il fatigué ? Il n’a pas relevé le mot « travail ».

 

On appelle un membre de l’équipe. Cauet s’essaye à la domination, sa blonde aussi. Quelques gifles pour le cobaye. Patrick Le Sage fait mine d’approuver.

 

Puis, on se serre la pince, l’invité se lève et va vers la sortie.

Cauet dit à Marie-soumise de venir tout de même faire une bise en privé avant de partir.

 

Il est temps de conclure pour moi aussi.

J’ai dit « Grotesque » et je veux m’en expliquer.

Quand on se dit la Référence SM, on assume le SM, son SM.

On ne vient pas faire une pantalonnade à 23h 30 sur TF1., histoire de vendre au mieux cent livres de plus.

Parce que les auditeurs de Cauet, à mon avis, comme acheteurs potentiels du « Journal d’un Maître » même publié chez Flammarion, maison sérieuse, ça le fait pas trop.

Et à avoir voulu se montrer chattemite, en plus, Patrick Le Sage a tué le mythe de « Maître Patrick ».

Je dis « le mythe » non par conviction personnelle (on s’en doute) mais parce que « Le lien » et « Soumise »  s’étaient bien vendus et qu’en y apparaissant comme le croquemitaine nec plus ultra des ces dames écrivaines,  cela faisait bien vingt ans qu’il nourrissait (hélas !) les fantasmes de certains/es d’entre nous dans leurs campagnes.

 

Pour tout dire, je m’en fiche et même cela me fait sourire qu’il se soit ridiculisé ainsi dans la lucarne.

Il retombera sur ses pattes. Flammarion va tout faire pour.

Je vais continuer à guetter Ardisson.

Non que j'en espère mieux.

Il y a déjà longtemps que Thierry fait dans la télé-trash.

Mais sans doute que là, justement parce le sexo-hard fait partie de son fond de commerce, Ardisson parviendrait peut-être à nous montrer un peu de Maître Patrick, l'autre face de Patrick Le Sage (je dis un peu seulement, parce qu'à la télé publique comme dans un livre de chez Flamm', on n'évoquera jamais certaines pratiques du Patrick telles qu'elles sont décrites dans le livre de Salomé), un peu de la face donc que cachait bien hier soir le bon père tranquille rondouillard chez Cauet.

 

Aller chez Cauet, quelle idée!

Flammarion l'a bien mal conseillé pour son début de promo.

 

Le problème étant qu’une fois de plus, les noctambules vanille qui auront vu ça nous auront pensés, nous les autres, comme des dingues de cul pervers.

Puisque ce n’était pas du sadomasochisme mais surtout des histoires de gang bangs qui ont été relevées, nous n’aurons même pas eu la caution - somme toute noble - de Donatien, le Divin Marquis.

Et nous surtout, soumises, nous aurons été ressenties comme des nymphos graves.

Quant aux prédateurs de « chez nous » qui avaient déjà ça en tête, cela ne les aura que confortés dans leur idée.

 

C’est cela, le BDSM à la télé.

Dès qu’une occasion se présente, on invite un « représentant emblématique » de chez nous.

On avait eu Maîtresse Kika chez Delarue l’an passé.

On a Patrick Le Sage cette année.

Mais lorsqu’ils font les guignols, c’est nous qui passons pour des clowns.

 

 

PS (réédit) : Toutes ces billevesées de littérature nulle ne doivent pas, parce que je tiens ce blog BDSM, faire oublier que la vraie nouvelle dans le monde des Lettres depuis hier, c'est le Nobel à Harold Pinter...

Et là, oui, il y a de quoi lire et lire avec plaisir...