illustration  Arthur de Pins AURORAWEBLOG

 

Notre ami-lecteur « Lesmarquesduplaisir » ayant laissé un commentaire ironique ces jours-ci sur l’une de mes notes suite à sa découverte de cette petite collection « Osez… » aux Editions La Musardine, je voudrais expliquer pourquoi je « chronique » ce livre.

Le but de ces petits opuscules à bas prix est d’évidence de mettre à la portée du plus large public des informations sur des pratiques sexuelles dites « marginales ».

J’ai déjà parlé  ici  du « Osez tout savoir sur le SM » de Gala Fur, qui était délicieux d’irrévérence puis    du « Osez la fessée » d’Italo Baccardi, nettement moins passionnant.

Il y a d’autres titres : « Osez l’ échangisme », « Osez vivre nu », « Osez le sexe selon les astres » etc. que j’ai laissés de côté car ils ne me concernaient pas et donc je ne les ai pas lus.

Que l’on ne s’y trompe pas. Oui, c’est de l’édition donc oui, il y a opération commerciale et oui encore dans la forme, il y a ce qu’on appelle « vulgarisation », mot qui dans l’arbre des créations par racine étymologique n’a rien à prendre du sens que l’on donne aujourd’hui à « vulgaire » mais tout de celui qu’on donne à « foule ».

Le débat serait long pour savoir si c’est une bonne ou une mauvaise chose.

« Information » revient-elle à « banalisation »?Regret de la « banalisation » est-il la trace d’une forme d’élitisme, de désir que les choses restent secrètes ?Alors, les ghettos demeureraient avec l’impression d’une coupure définitive entre « déviance » et « normalité ».

Je retiens pour ma part deux arguments : je doute fort que le commun des mortels achète ces ouvrages : il faut selon moi être au moins un peu intéressé par l’une de ces questions pour accomplir la démarche d’achat de ces livres. Dans ce cas les « conseils » qui y sont donnés, s’ils ne sont pas toujours à prendre à la lettre ni même nécessaires pour qui connaît, peuvent être intéressants pour qui « connaît peu ».

D’autre part condamner cette petite série serait condamner ma propre démarche sur ce blog .

Mis à part le fait que je n’en retire aucun profit ou revenu, j’ai moi aussi mis ici « mon BDSM » à la portée du plus grand nombre.

Mais si j’en crois mon outil de statistique, les requêtes qui amènent à me visiter révèlent que pour 80% de mes passant(e)s, là encore, ils/elles n’arrivent pas ici par hasard…

 

 

Bondagée ( ou bondée comme disent d’autres ) par plaisir pur et accro à cette pratique, je ne pouvais que me précipiter pour acheter ce « Osez le bondage » de Axterdam qui vient de sortir aux Editions « La Musardine ».

 

L’avertissement préalable qui ouvre le livre, déclinant toute responsabilité quant aux accidents qui pourraient survenir à mettre en pratique certaines des situations proposées dans l’opuscule en fera sourire plus d’un(e). Les grandes langues piquantes du BDSM.

Personnellement, pour avoir connu des « saucissonneurs » hasardeux et dangereux, je ne le trouve pas de trop.

 

Après une brève Histoire du « shibari » japonais et du « bondage » occidental, après les élémentaires conseils de sécurité, le livre en arrive à sa partie technique : choix des cordes, explication par schémas des principaux nœuds et des figures les plus célèbres.

Et ici, aucun doute, Axterdam sait de quoi il parle et peut vraiment être d’un grand intérêt pour le néophyte.

 

Mais l’auteur ne s’en tient pas seulement à cela : il resitue le bondage à sa place dans ce qui est pour lui la relation dominant/dominé.

Si on peut le féliciter d’avoir eu l’œcuménisme de varier les sexes ( le dominé peut être un homme et le dominant une femme dans ses textes et dessins ), je trouve pour ma part sa vision du rapport D/s des plus classiques si ce n’est dans la toute la dernière partie du livre (« Scénarios ») qui comporte à chaque page un petit dessin et un texte.

Là, l’humour et la fantaisie sont nettement plus au rendez-vous.

Et c’est heureux puisque La Musardine nous présente Axterdam comme un écrivain ( il a publié chez eux « Les carnets d’un obsédé » (que je n’ai point lu) en 2003 ).

 

Pour le reste, on trouve dans ce manuel des extraits de romans, des témoignages, des analyses de sensations qui valent ce qu’ils valent et sont donc très subjectifs. 

 

En bref, un livre qui n’apportera que peu à ceux qui savent déjà maîtriser l’art de « créer des liens » mais beaucoup à ceux qui pourraient être désarçonnés, voire nuisibles, un morceau de corde à la main.

En ce sens et pour conclure, je relèverai la très bonne idée d’avoir totalement démystifié les conditions de prise des photos acrobatiques des sites de shibari japonais (suspensions notamment) afin d’ éviter que quelque « profane » ne se croie investi du pouvoir de réaliser ce qui a nécessité plusieurs assistants, de nombreuses heures de studio, tout un matériel de professionnel - et ne finisse par commettre un désastre...

 

J’ai choisi un extrait révélateur de la passion réelle qu’à l’auteur du sujet qu’il traite :

 

« Une corde mérite le respect.

De la part de la soumise, du Maître, et du propriétaire ! C’est l’intermédiaire le plus intime entre les deux acteurs : je dois l’entretenir, la garder belle et propre. C’est elle qui va écrire mes envies sur la chair blanche de mon amie… »

 

Axterdam – Osez…le bondage – Editions La Musardine – 2005.

 

 

 

 

 

 

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