Photo Alimet

 

La première est dans le bougeoir. Tu l’allumes. L’air se remplit quelques secondes de cette odeur si particulière.

Les deux autres sont posées à côté.

Moi, je suis allongée à plat ventre sur le lit. Je regarde bouger les ombres sur le mur : la flamme qui vacille, Tes mouvements rendus muets par la moquette.

Tu vas, Tu viens. Je ne sais trop ce que tu fais. Je me sens bien. Confortable.

Il y a déjà un moment que nous ne parlons plus.

Tu me caresses en passant. Très doucement, très brièvement. Tu as enserré mon mollet, Tu as laissé Ta main remonter sur ma cuisse sans T’y attarder.

Encore quelques pas. Tu reviens. Tu effleures mes épaules et mon cou.

J’aime bien, je m’amuse à ouvrir et à fermer les yeux. Je connais tour à tour le noir et la pénombre.

Dans le noir, il y a la chaleur. Le bougeoir est tout près de moi, je sens la flamme diffuser son onde qui réchauffe.

Dans la pénombre, il y a les couleurs transformées, les ombres distendues projetées. C’est un peu comme quand, enfant, je faisais de même avec la lumière du couloir en clignant des yeux avant de m’endormir.

 

Soudain Tu places Tes mains, la paume largement à plat, l’une sur le haut de mon dos, l’autre sur mes fesses.

Je me tends un peu, je fige la pose. Pause d’avant.

 

Tu allumes les deux autres. Une rouge, une noire.

Je serre fort mes paupières. Maintenant, je ne veux plus rien voir. Juste sentir, n’être plus que sensations. Pénétrer dans ce petit monde, cet enclos, cette bulle… Monde enchanteur, enclos privé, bulle nacrée. Il n’y a que nous deux qui en ayons les clés. C’est moi qui me suis enfermée dans ce noir mais Tu y es présent .

Quand les gouttes commencent à tomber une à une, quand je perds un peu pied, quand ma douleur me fait vaciller, tressauter, c’est nous deux qui valsons. Bal intime, Tu es mon seul cavalier. Tu as rempli toutes les pages, réservé toutes les danses dans mon carnet pour cette nuit.

Comme un feu d’artifice aussi. J’ai beau ne pas voir, je Te sais qui joues avec les couleurs. Je saurais les nommer sans me tromper juste à l’air que Tes gestes déplacent.

La belle rouge ! La jolie noire !

Eclaboussures. Jet d’encre. Peinture acrylique. J’ai renoncé à mon regard mais je me vois. Tableau. Art moderne.

De temps en temps, Tu viens chercher de Tes doigts mes non-dits là où mon feu secret palpite. T’assurer des paroles que traduisent le chant de mes gémissements.

 

Ne t’inquiète pas, je brûle bien. Heureuse. Je suis chair ardente.

Et mon chant ne s’aiguise, ne se fond dans les aigus que dans de courts instants, lorsqu’une goutte vient en recouvrir une autre, ravivant la brûlure. Nous en sommes alors au refrain de la fin, celui qui se répète .

Ou à l’ad libitum. Le moment attendu.

 

Plus tard, quand apaisée, je redeviendrai Ta fauve souple de ses étirements, je sentirai Tes perles noires et rouges commencer à éclater par salves sur mon dos, sur mes fesses.

S’en aller vagabondes, comme des confettis et parsemer nos draps.

C’est là, qu’ultime défi, Tu T’en viendras faire battre mon cœur un peu plus fort en les ôtant à toute vitesse, l’une après l’autre, avec la lame affûtée, si fine, d’un couteau.

 

Ce sera comme si ma peau s’écaillait.

Je pousserai alors un chant final de douces plaintes puisque Tu m’auras faite, ô dernière métamorphose, flûte taillée dans un roseau…