F COMME FANTASME ...

Au Commencement était le Fantasme…

J’en parle au sens « sexuel », comme ils disent… Pas du fantasme qui nous pousserait volontiers à mettre une peau de banane dans l’escalier à l’heure où la concierge le descend en maugréant dans ses pantoufles ! Ou  de celui qui me verrait avec un plaisir sans nom  envoyer une « pochette surprise » à mon employeur…

 

Passèrent des lustres où il fut bon de le taire, ce fantasme, ( ce qui d’ailleurs ne présume en rien de sa non-réalisation) puis la révolution pré et post soixante-huitarde nous appela à le vivre. Souvenez-vous du fameux « Jouir sans entrave » !

Enfin, de nos jours, nous sommes en plein paradoxe : d’une part la pub fonctionne à plein pot sur le fantasme (quel qu’il soit) et s’en sert pour nous vendre n’importe quoi, du parfum à la voiture ou au jambon, en passant par le domaine de la mode plus que tout autre ; d’autre part toute une nouvelle école psy (la plus commerciale d’ailleurs) nous exhorte à laisser nos fantasmes sous le boisseau : leur réalisation pourrait appauvrir notre imaginaire, elle serait consommation de pâté d’alouette, qui pourrait se révéler indigeste…

Je ne sais trop que penser de tout cela. Vous connaissez mon sentiment sur les phénomènes de mode, quel que soit le visage qu’ils prennent.

 

Il y a quelques idées plus anciennes qui m’intéressent davantage.

Par exemple, la théorie selon laquelle ce serait le désir frustré et donc la non-mise en œuvre du fantasme qui porterait par la sublimation à l’œuvre d’art…

Cela pourrait en effet parfois, je dis bien parfois, être le cas. Il paraît évident par exemple que toute l’oeuvre d’un Mauriac fonctionne sur ce principe. Mais s’il y a des dizaines de créateurs qui semblent trouver là leurs « fondations », il y en a tout autant qui vécurent sur le mode contraire. Songeons à la peinture du Caravage, qui ne lésina pas pour vivre sa vie…L’art par la frustration n’est donc pas une vérité uniforme.

 

Et puis, je pense aussi (moi, Aurora, ce qui n’engage donc que moi) que l’harmonie sexuelle entre soi et soi ( et par là-même entre soi et l’autre) est une chose précieuse… Combien de frustrations malsaines existent dans notre société, combien de tabous encore n’ont pas été levés…

Chaque individu possède un potentiel d’énergie sexuelle que je vais justement qualifier de créatrice (je parle ici en général et non pour ma toute petite « chapelle » SM) et cette énergie est malheureusement bien souvent étouffée par tous les relents d’une encore omniprésente morale judéo-chrétienne qui mit siècle après siècle le sexe à l’index en tant que plaisir pour n’en envisager que l’aspect de procréation.

 

Cette notion « volée » de plaisir fait cruellement défaut à certains dans leur vie… Plus dur encore pour ceux-là de prendre en compte la dimension de leur univers fantasmatique…

Et pourtant, que de bonheur on se prive ainsi, que de partage raté avec des êtres aimés qui nous eussent peut-être rejoints si seulement nous avions eu la force ou le courage de …

De plus, je ne suis pas loin d’affirmer ( mais ce sera toujours uniquement en mon nom seul) que cette énergie « perdue » pourrait même aller jusqu’à suivre des chemins détournés et, pourquoi pas, finir par se retourner contre nous-mêmes ou les autres…

Que de gens aigris nous voyons quotidiennement, conduisant des vies mornes qui justifient leur rancœur et leur méchanceté… Ils auraient pu avoir une autre existence s’ils avaient ouvert les barrières de leur VRAI désir…

Aucune allusion ici à l’argument classique de la « mal-baisée » :

-1 : Je suis féministe.

-2 : C’est chez les hommes que j’ai le plus souvent observé ce comportement (voir mon employeur, sourire!), la femme tendant, elle, souvent à parvenir à se sublimer dans son rôle de mère qui devient alors l’écran de fumée échappatoire de ce désir anéanti ( ce qui n’est pas toujours non plus un bien d’ailleurs, j’en conviens, cf : la mère abusive…)

 

 

Le BDSM est-il un fantasme ? Sans doute si l’on s’en tient à la définition que les dictionnaires donnent du mot « fantasme », tant que l’on ne l’a pas approché …

Il fut en tout cas très longtemps le mien…

Je ne pense pas qu’à l’avoir réalisé, j’aie raté une possibilité de concevoir un chef d’œuvre de notre début de millénaire…

Je ne pense pas m’être appauvrie intellectuellement du point de vue de ma capacité à imaginer…

J’imaginais avant, j’imagine pendant…

 

En quelque sorte, pour moi, et c’est bien difficile à expliquer, si la définition de fantasme est bien celle-ci « produit de l’inconscient, de l’imagination », alors le fait d’être « entrée dans l’image » n’a rien changé du tout ou plutôt a changé les choses en mieux…

 

Mon BDSM fantasme premier ( « Je me pense soumise, je voudrais donc devenir celle d’un Maître ».) n’est pas, aujourd’hui qu’il est devenu mon vécu, quelque chose de figé et de passé mais bien au contraire il m’apparaît comme un maillon d’un tout, une première étape.

Il a éclaté en une infinité de fantasmes multiformes. C’est à dire qu’en passant à l’acte pour chacun d’entre eux petit à petit, ils ne s’éteignent pas mais, comme des feux d’artifices, ils se multiplient en d’autres étincelles.

 

La cage est l’un de mes fantasmes : le vivre, devenir « moi-dans-la-cage » ne signifie pas passer ensuite à autre chose mais rechercher d’ autres ressentis, d’autres émotions de ce "moi-dans-la-cage" , continuer à explorer mon « continent intime » si vaste, infini, qui se transforme "derrière les barreaux" et qui n’en finit pas ( là, comme en d’autres lieux ou d’autres situations ) d’évoluer…

 

Loin d’être plus pauvre, je me sens bien au contraire plus riche, plus réalisée chaque jour…

Sans doute suis-je à même d’écrire ainsi parce que je ne fais pas mon « voyage » seule mais que l’homme que j’aime le partage à cent pour cent avec moi…

Donc, comme toujours, ce texte tout comme ceux qui le précèdent, ne peut être, ne veut être que MA vérité…