« Qui sommes-nous ? Où allons-nous ? » (le « nous » se référant ici aux adeptes du SM) serait à mon sens la meilleure façon de résumer la démarche de l’auteur de ce livre.

 

Il s’agit en fait d’une étude socio-culturelle du sado-masochisme au travers de sa représentation.

Qui dit représentation dit « donner à voir » quelle qu’en soit la manière….On ne s’étonnera donc pas que cet excellent essai se base sur « la scène SM » , scène au sens de lieu de reg-Arts  (le SM est analysé ici à travers le prisme de la littérature, de la photo, du dessin, des autres arts plastiques, du cinéma, de la publicité, des média etc..) mais scène aussi en tant que lieu d’en-jeux ( de rôles ou de pouvoir ?) ou d’en-je (une approche du SM comme « parcours individuel ») mais aussi de jeux, quelquefois interdits, d’où un chapitre sur la loi.

 

Texte ambitieux, d’un abord difficile qui demande de solides références culturelles, il n’empêche que ce livre tranche avec toute autre approche connue du SM en ne se plaçant ni du côté de la psychanalyse ni du côté de la sociologie pure.

 

Comprendre pourquoi nous sommes quelque part héritiers de Sade - mais passés à la moulinette Bataille puis Foucault - explique bien des évolutions qui demeurent obscures à ceux qui veulent conserver une image d’Epinal en noir et blanc de la « tendance SM ».

 

S’il n’aborde nullement le thème de la relation amoureuse dans le SM - on pourrait le regretter mais tel n’était visiblement pas son but – le livre de Mona Sammoun paru au printemps 2004 chez La Musardine est en tout cas à cette heure la somme la plus complète de tout ce qui fonde une culture BDSM en constant mouvement.

 

J’en citerai les deux dernières phrases :

 

« Avant d’imaginer l’avenir, faisons le deuil d’un passé encore récent, celui des représentations sadomasochistes telles que nous les avons vécues ces dernières années. Arriver à écrire cette histoire, n’est-ce pas réussir d’une certaine manière à en tourner la page ? »

 

«  Tendance SM – Essai sur la représentation sadomasochiste » – Mona Sammoun – La Musardine – 2004.