E COMME EXHIBITIONNISME ...

Je n’ai jamais eu, je crois bien, le sens de la pudeur.

Je suis née dans le Sud-Est à cette époque où il y faisait beau et réellement chaud huit mois par an.

Enfant, je n’ai pas le souvenir de mes manteaux mais plutôt celui de ces petites robes d’été qu’on ne me changeait pas forcément à chaque saison puisque la mode n’avait pas d’importance en ce temps-là et que l’on disait « Bah ! elle est encore bonne pour cette année »…

Même si elle avait nettement raccourci.

 

Plus tard, j’ai vécu les années bruyantes du féminisme. Féministe j’étais et le suis restée et je consacrerai l’un de mes textes à ce thème bientôt. Pour l’instant et pour caricaturer, je dirai que je n’eus pas même en ces années-là à brûler mon soutien-gorge puisque étant presque dépourvue de poitrine, je n’en avais pas. 

Aujourd’hui encore, je n’achète que le bas de mes maillots

Cela-dit sur les plages, je n’avais (je n’ai ) jamais le sentiment d’exhiber quoi que ce soit…

 

Et pourtant, je crois que j’étais exhibitionniste et que le BDSM n’a fait que me le révéler.

M’exhiber parfois a pour moi une très forte connotation érogène…

Je veux dire par là qu’il m’arrive d’avoir le désir de montrer en public « ce que je suis ». Qui est une autre manière de montrer « qui je suis » comme les mots le sont ici.

 

Qu’y a-t-il de si excitant en cela ?

Plusieurs choses. Tout d’abord cette certitude de « montrer » réellement quelque chose en des lieux où les gens ne viennent bien souvent que pour se faire voir. Je marque un net distinguo entre « montrer » et « se faire voir ».

Je n’exhibe jamais mes tenues, mon maquillage, ma coupe de cheveux ou une quelconque mise en scène arrangée d’avance. C’est le cas de bien des présent(e)s dans les clubs pourtant …

 

Se montrer comme je le fais en sachant que je « donnerai à voir » quelque chose est encore une manière de faire un pied de nez à ce milieu SM qui me déprime tant, parce qu’il n’est que faux-semblant et comédie qui n’a rien de divine. C’est une sorte de provocation envers ces faux maîtres, ces fausses soumises dont la seule relation d’échange de pouvoir est  fondée sur le pouvoir de l’apparence et sur le pouvoir de l’argent (encore un sujet à venir bientôt : sa majesté le Fric dans le BDSM …)

Excitant toujours, vous savez, de défier ainsi les pontes de la sphère SM.

 

Mais le plus important n’est pas là.

J’ai employé plus haut le mot « érogène ».

C’est pour moi l’une des situations les plus « torrides » qui soient d’être en public la soumise de M.

Pardon d’avance à celles et ceux que mes propos choqueront !

 

Je donne à M. mon corps en toutes circonstances dans ce qui est notre intimité. Même les jours où nous ne sommes pas ensemble, mon corps lui appartient.

 

Les « jeux » BDSM font que le corps de l’une appartient à l’autre vraiment. Mais la réciproque est aussi vraie : le « Maître » est dans un état de concentration extrême lorsqu’il s’occupe de sa soumise : son front est marqué et transpire le plus souvent… C’est la marque à laquelle on reconnaît dans le feu de l’action les vrais Dominants ; c’est ainsi que s’allient chez eux le cérébral et le physique.

J’aime que M. soit ainsi vu par d’autres que moi :satisfaction narcissique d’être reconnue comme une femme aimée dans sa soumission.

 

Et inversement, j’aime offrir ma douleur à M. devant ce même public, mon visage qui se transforme,  mes lèvres qui se mordent, les cris que je ne laisse pas filtrer …

Parce que je sais qu’il sera fier de moi. Pour diverses raisons et non pas celle qui pourrait se lire ici en filigrane et qui serait mon « endurance »…

Non, il sera fier de tous mes tabous dépassés, de ce corps que je présente et qui n’a plus la fraîcheur des vingt ans… Que j’ose ainsi le mettre à nu pour Lui face au regard des autres est ma première preuve d’amour ; montrer ma soumission, témoigner de combien il me possède ne vient qu’en seconde place.

 

Moi qui ose enfin depuis peu me définir comme masochiste, je veux aussi témoigner par nous deux que le BDSM n’est pas la partie esthétique et le SM la partie « hard » de nos pratiques. Je pense être une soumise, une masochiste assez esthétique à voir dans nos « jeux »…Parce que je ne rajoute jamais quelque once de théâtre que ce soit.

 

Fier de moi : Lui.

Fière de Lui : moi.

Fière de moi : moi.

Je crois que M.  en revanche n’a pas besoin de cette fierté de lui sur Lui-même. D’ailleurs, si je me trompe, il viendra sans doute commenter ce post… Sourire : on va bien voir !

 

Je pense que la satisfaction narcissique est très profonde dans ces occasions pour moi, au point de m’entraîner presque inexorablement au plaisir moi aussi des deux manières : la cérébrale et la physique.

 

J’ai parlé de narcissisme parce que je me suis aperçue que depuis quelques temps, alors qu’autrefois je ne m’ « exhibais » qu’avec un bandeau sur les yeux, je préfère désormais le faire sans et que je recherche les endroits où il y a des miroirs.

Je veux être libre de fermer les yeux et puis de les ouvrir n’importe quand pour nous voir « jouer » : je nous trouve beaux…

Je referme alors les yeux et me laisse emporter très, très, très haut par ces images…

 

Vous aurez noté que dans cet « exhibitionnisme » qui est le mien, si la présence et donc le regard d’autrui sont nécessaires pour qu’exhib il y ait, ils comptent cependant en définitive extrêmement peu pour moi.

Ils sont à la fois la condition indispensable et la chose la moins importante d’une de ces soirées dites « spéciales »…dont le seul intérêt pour moi tourne encore et seulement (ô paradoxe !) autour de nous deux.