Image  sur "Jumafred"

 

Hier, je n’ai pas blogué.

Il y a parfois des choses nettement plus importantes.

J’assistais en spectatrice au Noël de Petitou, un Noël d’autant plus précieux que je savais qu’il était, de toute évidence, le dernier à être empreint de magie.

 

Petitou croit encore au Père Noël.

Entendons-nous bien, il croit à la partie païenne de cette fête, c’est à dire au Bon Vieillard et à ses rennes qui, dans le froid d’une nuit bien précise, amènent à tous leur moisson de cadeaux.

Il ignore le rapport qui peut exister entre cela et la date présumée de naissance de l’Enfant Jésus : athée, je n’ai jamais fait accorder les deux violons.

D’ailleurs, pour l’instant, Petitou n’a pas d’interrogations existentielles sur ce Dieu-là : il ne connaît que ceux de l’Ancienne Egypte, croisés dans la BD « Papyrus » et dans les encyclopédies qui le passionnent.

Et ces Dieux, il les pense disparus, tout comme les dinosaures…

 

Pour le Père Noël, il y a eu un signal d’alerte cette année et une ébauche de questionnement.

On n’évoquait pas encore le possible rôle des parents dans cette affaire mais simplement « l’existence du Père Noël »

J’ai répondu « As-tu envie d’y croire, toi ? ».

Il avait encore "envie d’y croire" et je dois reconnaître que, bien que peu « fan » des grosses machineries made in USA, l’arrivée dans les salles de cinéma du « Pôle Express », trois semaines après, m’a sacrément aidée…

 

Alors donc, cette année le vieux bonhomme en rouge est encore passé chez nous.

J’ai pu aux petites heures peler des mandarines, casser des noix et répandre leurs vestiges au milieu de paquets enrubannés ( c’est fou ce que ces rennes ne savent pas manger proprement ! ) et vider au nom du brave homme de toutes les générosités un Coca gentiment offert et bien mérité.

 

A l’aube, j’ai eu, comme chaque année, l’émerveillement sans prix qui passe dans les yeux d’un enfant découvrant ses cadeaux.

 

Je ne me fais aucune illusion : je sais que cette rentrée scolaire de janvier risque d’être fatale ou, au mieux, que l’année prochaine le « truc » ne fonctionnera plus. C’est dommage.

Mais enfin, je suis assez contente en nos années sur-informées d’avoir fait persister cette magie jusque-là…Pour finir, Petitou aura cru au Père Noël un an de plus que moi !

 

C’était bien différent à mon époque : le frère cadet ( c’est le comble !) d’un camarade de classe avait éventé la nouvelle, j’avais posé la question à mes parents qui, très pragmatiques et peu enclins au rêve,  m’avaient dit la vérité.

Je me souviens de ma déception mais aussi de ma capacité à me recréer une magie personnelle pour les années suivantes et ce jusqu’à bien tard même…

 

Il faut dire que de mon temps ( sic !) ne fleurissaient ni les supermarchés, ni les catalogues de jouets à prix concurrencés. J’habitais un village et Noël, Père Noël ou parents, c’était toujours la féérie de voir ces pauvres rues soudain s’illuminer pour une dite période…

La commande de jouets était aléatoire : faute de papier glacé imprimé, elle demeurait une commande de rêves que les parents (en guise de Père Noël donc), allaient exaucer ou pas, au hasard de leurs recherches ou de leurs  trouvailles.

Bref, Noël demeura longtemps une attente, un plaisir, tout pour moi sauf standardisé.

Et lorsque s’en vint plus tard le temps des enveloppes et du billet tout neuf en francs « pour t’acheter ce que tu voudras », j’étais déjà entrée dans mon ère personnelle de nouvelles magies bien différentes.

 

Si j’ai tant tenu à faire vivre la magie de la Barbe Blanche et de ses rennes à Petitou, c’est parce que lui vit dans le monde des hypermarchés, de la télé, des catalogues, des faux Pères Noël qui se vendent pour une photo et que je tenais à gagner ce pari longtemps, longtemps, le plus longtemps possible.

Pour pouvoir dire que d’un côté il y avait l’exploitation commerciale et  de l’autre côté le rêve.

Et que le « vrai » n’était pas forcément du côté le plus évident…

Le « vrai », le plus évident, ne sont-ils  pas toujours ce qui vient du cœur ?

N'est-ce pas beau de croire dans un monde où les jouets s'étalent en gondoles fournies dans les hypermarchés avec prix indiqués, promotions engageantes que, tout cela, quelqu'un peut nous l'amener et l'amener à tous les enfants du monde par pur acte gratuit?

 

Et que les clones, visibles tout le mois de décembre sur nos places et dans nos rues hélas trop boutiquières, de celui qui réalise cet acte gratuit sont donc des faux mais qu' il y a un « vrai »  Père Noël  qui vient chaque année, par magie, opposer le don à l'achat…

 

J’espère que Petitou saura maintenant appliquer cette magie «  volontariste » dans sa vie à beaucoup d’autres choses.

 

Le Père Noël va donc s’en aller. Cela me rend triste et nostalgique  mais tant pis. Ainsi va la vie.

Le beau, c’est que Petitou y ait cru et qu’il y ait cru aussi longtemps.

 

 

 

PS : Ce texte est là, pour ceux qui s’interrogeraient, parce que je l’y considère bien à sa place.

En ouvrant ce blog, nous y avons remis en exergue les mots de son « aîné » inaccessible et notamment: Vérité, Amour de la Vérité.

Autrefois, ces mots étaient posés là pour indiquer que nulle vérité n’était définitive et que la nôtre en valait bien d’autres…

Mais qu’est-ce que la Vérité ?

Je veux en cela rester pirandellienne « forever » et penser qu’ « A chacun sa vérité ».

Il n’y pas « UNE » vérité tangible  et gravée dans la pierre qui demeurerait à jamais étrangère à l’Homme inscrit, lui, dans son mouvement perpétuel et donc fatalement dans son éternel mensonge. Affirmer cela pour ceux (ou celles) qui seraient tenté(e)s de le faire serait s'avancer  bien loin, au mépris de toutes les pierres sur lesquelles la philosophie s'est bâtie.

Quant à cet exemple du Père Noël, il montre bien comment et combien il est important d’avoir cette très humaine Vérité en nous, sans ignorer cependant qu’elle nous est propre et qu’elle n’engage que chacun d’entre nous.