Photo Luciano Mello

 

Pour moi, et cela doit être devenu pour tous une évidence depuis bien longtemps (mais on ne sait jamais, si des nouveaux venaient à passer) le masochisme sexuel, amoureux n’est pas une perversion.

 

Il existe néanmoins un masochisme moral qui en est d’autant plus une – bien légère certes – qu’elle est partagée par la quasi-totalité de l’humanité.

C’est l’instinct qui nous pousse à passer notre langue sur la dent qui nous fait mal ou celui qui nous amène à ruminer durant des heures « j’aurais dû lui répondre… ».

 

Alors, voici quelques exemples conjugués sur le mode concret et sur le mode virtuel de mon masochisme moral à moi, catalogue d’actes répétés ( Troubles Obsessionnels Compulsifs ?) qui ne cesse d’ébahir M.

 

 

Concrètement :

 

-Acheter chaque jour Libé, le lire pour constater qu’il n’est plus à gauche, ou qu’alors c’est moi qui n’y suis plus. Ne pas le manquer le lendemain néanmoins, au cas où...

 

-Me précipiter sur la moindre déclaration d’un membre du Parti Socialiste, pour constater qu’il n’est plus socialiste ou qu’alors c’est moi qui ne le suis plus. Ne pas rater la successive cependant. Des fois que...

 

-Me ruiner dans la dernière crème anti-rides hors de prix. L’appliquer le soir même après avoir lu  et consciencieusement suivi le mode d’emploi, revenir devant le miroir dans l’heure qui suit et constater, méthode Coué aidant, que je parais vraiment dix ans de moins. Le matin suivant, m’apercevoir qu’en fait j’ai la même tête que la veille à l’aube, plus un jour.

 

-Version catastrophique de la précédente : Me ruiner etc. etc. et me réveiller dans la nuit, en proie à des démangeaisons que je ne souhaiterais pas à mon pire ennemi et la face doublée par une réaction allergique.

 

** Dans ces deux cas, remiser la crème au placard mais craquer pour la suivante. La science, on le sait, fait de tels progrès...

 

-M’acheter tout en noir, même les chaussettes, parce que c’est la couleur BDSM. Au fil du temps, finir par m’apercevoir que j’ai une garde-robe de veuve sicilienne (et un compte en banque en rouge).

 

-Réagir au point sus-cité en faisant des folies de tricots fuchsia pailletés importables qui restent dans le sac plastique où la vendeuse les a mis après que j’ai dégainé ma carte bleue ( qui met mon compte en banque au rouge).

 

-Aller voir mes parents chaque jour de l’année ( sauf quand eux ou moi sommes en vacances d’où l’expression « ça te fera des vacances ! ») en connaissant par cœur le déroulement du scénario : je vais tellement me faire rhabiller que je n’aurai plus besoin de frusques noires ou fuchsia…

 

Virtuellement :

 

-Lire « Libé » en ligne les rares jours fériés où mon marchand de journaux est fermé et que le journal paraît tout de même.

 

-Essayer via mon blog d’argumenter avec des weblogs de la même "famille" que le mien sur lesquels la fonction « commentaires » me serait inéluctablement interdite tout en n’ignorant pas que c’est parfaitement inutile, la mauvaise foi n’ayant aucune borne quelquefois.

 

-Avoir dans mes favoris le blog de LLM dont chaque vieil U-blogueur aura constaté qu’il n’apparaît plus dans les mises à jour Typepad de la « home » de U-blog ( Là, l’explication du « masochisme moral » s’impose : sur son blog, LLM cause blogs, blogs et re-blogs, mais surtout SixApart, Typepad, Movable Type, en tout cas JAMAIS U-blog).

 

-Cliquer sur le calendrier « Playboy » proposé à la une de ma page d’accueil et sombrer dans une déprime que ni Zolac ni Prozoft ne peuvent enrayer. Seul le fait de vider une boîte de chocolats fourrés apporte un remède momentané qui se révèle "empoisonné"  dans le miroir dès les 48 heures qui suivent et ne me laisse donc comme seule issue que de remettre ça…etc.

 

-Continuer à garder un œil à demi-ouvert, mais un demi-œil tout de même, sur les productions bloguées d’un prétendu bouddhiste rencontré virtuellement il y a des lustres -ou d’un bouddhiste virtuel prétendument rencontré il y a des lustres (vous pouvez mettre les mots dans l’ordre qu'il  vous plaira)-qui m’a, nonobstant les préceptes de base de sa foi, maudite pour toutes mes réincarnations. Je ne suis jamais déçue : il écrit peu mais environ une fois sur trois, mon karma en prend un sacré coup : je vois le nirvana s’éloigner un peu plus pour moi et j’en reprends pour deux-trois vies de misère en rab…

 

-Toujours commencer mon tour quotidien On Da Web par les nouvelles de ma page d’accueil en direct de l’AFP et ainsi profiter de « musts » qui me font grincer les dents, le dernier en date ayant été le discours d’intronisation de Giscard à l’Académie Française, que j’ai lu in extenso…

 

Voilà… A quelques jours des bonnes résolutions à prendre pour 2005, il faudrait que j’arrive à en supprimer quelques-uns, de mes T.O.C. masos.

Oui, mais lesquels ?