Photo Giuseppe Sarcinella

 

Les fesses endolories juste comme il faut par nos agapes d’hier, je suis assise face à Toi dans le bus de ville.

Je Te provoque gentiment en t’appelant « Maître », histoire de voir Ta réponse, Toi qui détestes ça…Tu pinces très fort et très longuement un bout de ma paume entre Tes ongles et, bien sûr, je ne dois pas crier. 

 

Je Te regarde. Je Te trouve beau et je Te le dis. Toi, ça Te fait sourire. C’est drôle comme nous sommes habitués à l’inverse, l’hommage rendu verbalement à la beauté de la femme.

Quand on dit ça à un homme, il est quasiment gêné.

 

Je Te trouve beau. Les mains. Les yeux surtout. Ta peau de bébé Cadum aussi mais là, dans le bus, c’est un peu hors-sujet.

 

Tes yeux donc. Tu as un regard incroyablement bon. Chaque fois, cela m’époustoufle. Tu as le regard le plus humain qu’il m’ait été donné de connaître. Un regard chaud, tendre, malicieux, d’une douceur et d’une indulgence extrême.

Pas du tout celui que l’on imagine pour Maître Fouettard. Je peux le jurer.

 

Toi, Tu es du genre à discuter avec tout le monde et partout, dans les magasins, au restau. Du genre à céder Ta place en moins d’un quart de seconde à la mamie qui monte ou à Te saisir de la poussette encombrante qui ne passe pas le tourniquet du métro.

 

Et toujours avec ces yeux-là…

 

Toi, Tu es du genre en ce mois où nous sommes complètement fauchés, comme ça ne nous était encore jamais arrivé, à trouver tout de même le moyen d’accrocher une broche papillon à mon béret.

 

Avec ces yeux-là.

 

Ce sont les mêmes yeux qui me regardent dans l’or des nuits, quand de temps à autre, j’entrouvre les miens.

Ils sont juste un peu plus flous, un peu plus lointains ou bien est-ce moi qui voit tout comme dans de la ouate, tout au ralenti…

 

Même Ton regard d’amant, Ton regard de Dom est bon…

 

Tu sais une chose ? Si le hasard avait fait que nous soyons tous les deux « vanille », c’est de Toi aussi que je serais tombée amoureuse.

 

Je précise juste ça parce que je crois qu’il vaut mieux d’emblée être tous les deux sexuellement du même côté de la barrière, n’importe laquelle, mais la même pour les deux. Je pense que sinon ça doit être un tout petit peu difficile et je ne connais pas d’exemple de gens où l’un(e) a entraîné l’autre dans son île privée avec un réel succès. Cela existe peut-être mais je n’ai rencontré que des cas où l’un(e) s’efforçait de suivre l’autre avec la meilleure volonté du monde mais inconsciemment tellement à son corps défendant que ça a mal fini.

Parce que quand le corps est défendant, il finit toujours par gagner la bataille en fuyant.

 

Et comme je Te trouve beau, cela aurait été terrible que Tu me fuies ou que je Te fuie.

 

Eh ! Surtout n'allez pas conclure que je ne L’aime que pour Son physique !!! Vous ne savez pas toutes les autres choses que nous partageons.

 

Remarquez, ce soir, les perspicaces auront découvert que je ne L'aime pas pour Son compte bancaire.

C’est déjà ça…