Je n’ai jamais eu à avorter, j’ai beaucoup de chance.

J’ai eu un enfant tard. Il est arrivé dès mon premier mois de « tentative ». Là aussi, j’ai conscience d’avoir beaucoup de chance.

Mon seul regret est de n’avoir pu, raisonnablement de part mon âge, lui donner un frère ou une sœur lorsque M. et moi nous sommes rencontrés.

 

La loi Veil a donc trente ans.

Samedi dernier, France 3 diffusait un documentaire de Philippe Baron « Avortements clandestins », composé de témoignages de neuf femmes, présentées par leur prénom, ayant avorté clandestinement de 1930 à 1973.

L’une d’entre elles, Annie, n’était autre que l’auteur Annie Ernaux qui avait dédié à cette épreuve deux livres, son premier roman « Les armoires vides » en 1974 et le récit « L’événement » en 2000 ( tous deux chez Gallimard en Folio).

 

Epreuve, oui, humiliation pour toutes. Et quelle émotion poignante à les entendre , à les voir évoquer ces souvenirs dont aucune n’est sortie indemne.

Souvenirs de ce temps où l’on ne pouvait compter que sur un calendrier et où lorsque les comptes étaient faux, on se retrouvait chez la faiseuse d’anges, sur une toile cirée, à vivre « ça » entre l’eau de javel et l’aiguille à tricoter.

Et de plus, « ça » étant un délit. Pouvant conduire à la prison ou pire encore. La dernière femme guillotinée sous Vichy était une « avorteuse ».

 

Le préservatif a bonne presse aujourd’hui : il fut un temps où il était méconnu et peu performant. C’est le même parcours de la combattante qui attendait la femme alors, avec tous les risques d’infection et un accueil final à l’hôpital du coin où elle venait payer durement sa manœuvre décelée : curetages à vif, propos odieux du personnel médical et hospitalier.

 

Sur les neuf témoignages, il est symptomatique que sept émanent de femmes alors mariées et pour certaines déjà mères.

" Le manifeste des 343 " en 1971 , " Un enfant si je veux, quand je veux ", le slogan des luttes féministes allaient encore avoir de beaux jours devant eux avant que Giscard ne vienne.

Ne lui devrions-nous qu’une chose, c’est bien celle-là et non son entrée à l’Académie Française en ce jour : avoir confié ce dossier à Simone Veil.

Dussé-je admirer une personnalité politique de droite, c’est bien elle.

 

Arte parachevait cette évocation historique mardi par une Théma « Avortement : une bataille inachevée » qui avait pour point culminant un reportage « état des lieux » aujourd’hui en Europe.

Effrayant de voir la Pologne socialiste d’aujourd’hui qui fut à l’époque du régime communiste un des premiers pays à autoriser l’avortement sans restriction être devenue par le biais d’un compromis politique avec l’Eglise Catholique  autour du référendum européen la nation où les femmes sont les plus déshéritées de leur droit de libre choix.

 

Hallucinant de voir le prix d’un avortement, pourtant libre, en Espagne ainsi qu’aux Pays-Bas où il est payant pour les étrangères. La Hollande étant pourtant le pays où se réfugient aujourd’hui encore les Françaises, qui faute de place selon les délais légaux dans les structures françaises, vont encore chaque année par dizaines avorter.

 

Parlons encore un instant de la France : le dernier document d’Arte était consacré à l’information sur la contraception. Sur les pays évoqués, le nôtre est le seul à ne pas dispenser d’information sexuelle à l’école ( il y a deux cours de prévus dans le programme de SVT de quatrième ou de troisième mais les programmes sont toujours trop lourds, on le sait, et c’est souvent cette question  que l’on laisse de côté, imaginant qu’elle est suffisamment relayée par ailleurs dans les médias).

 

Alors, oui, la bataille – contrairement à ce qu’on pourrait croire – est loin d’être terminée.

Et l’épée de Damoclès continue, en ce début de troisième millénaire, d’ être suspendue au dessus de la tête des femmes….