Image on Gina's Snags Collector

M COMME MIETTES ( 3 : ACCOMPLISSEMENT ) ...

 

Or donc et pour continuer sur ma veine de « miettes » personnelles, j’ai depuis quelque temps ardemment souhaité parler ici de soumission, de soumission telle que je la voyais, telle que je la ressentais désormais.

Je voulais, pour en traiter, trouver un terme consensuel, qui nous réunisse toutes, quelle que soit notre manière de vivre cette soumission.

Je pense que j’ai mis des mois pour le trouver. C’est le mot « accomplissement ».

En effet, que nous soyons soumise hard, soumise soft, soumise cérébrale, soumise physique et cérébrale, je pense que c’est à la racine étymologique d’ « accomplissement » que nous pouvons toutes nous retrouver.

 

Attention ! Il n’est aucunement question d’affirmer ici que la soumission est la seule voie de l’accomplissement pour une personne. Toutes les autres qui vivent une sexualité plus classique seront tout aussi accomplies que nous. Je me sens moi-même accomplie par ailleurs, par exemple en tant que mère.

 

C’est d’un autre sens du mot « accomplissement » que j’entends donc ici faire état. Celui qui suppose un parcours. Pour que ce parcours ait à se faire, il faut qu’au départ, il y ait quelque chose d’inabouti en la personne qui va se mettre en marche. D’autre part, et c’est là sa singularité, ce parcours se fait seul(e) tout en étant à deux. Ces deux conditions sont indispensables. Là encore, un bémol. Il ne s’agit pas du tout d’un parcours de forme psychanalytique, ce serait un contresens de le croire.

 

C’est simplement une forme de paradoxe : je sais à peu près ce que je suis et où je veux aller. A peu près seulement et en tout cas, je ne sais comment y aller.

Je confie donc à quelqu’un d’autre le soin de baliser ce voyage.

Le plus difficile étant de trouver le Guide de cette balade introspective, celui qui vous sentira, vous mènera par l’intuition…On y arrive cependant. Mais mieux vaut ne pas se tromper dans son choix.

 

Ensuite, reste à chercher à expliquer pourquoi ce parcours est un parcours à la fois cérébral et physique, pourquoi il n’a rien de mystique mais qu’il passe en revanche par l’érotique.

Cela n’est pas évident, je ne peux écrire que sur moi.

Peut-être y a-t-il des gens qui ne sont capables de prendre qu’en donnant et qu’ils trouvent face à eux des gens qui ne peuvent recevoir qu’en donnant eux-mêmes. Ce serait bien pour moi la définition de l’aspect cérébral de la relation D/s.

Quant à l’aspect physique, pourquoi la douleur peut-elle parfaire ? Tout simplement sans doute parce qu’elle fait aborder à des rivages inexplorés, ceux de la transgression, ceux que l’on nous a de tout temps indiqués comme interdits. Et comprendre que là encore, c’était de contresens qu’il s’agissait.

Vouloir se détruire par la douleur, demander la violence pour la violence serait le pire des blasphèmes que l’on puisse faire contre l’humain.

C’est du contraire qu’il s’agit ici où le mot « violence » n’a que faire.

 

On s’accomplit érotiquement dans nos contrées par ce que l’on accepte qu’il nous soit révélé de notre réalité intrinsèque .

Certain(e)s auront besoin de beaucoup de jalons sur leur route du « Connais-toi toi-même », d’autres de beaucoup moins mais le résultat sera le même en définitive.

 

Il est bien évident que je ne parle pas ici de ces innombrables « Maître L’uni-queue » (Ah! Queu! Coucou!) ou « Master TheBest » (Remix), pas plus que des « soumise j’myvois » ( mais tu m'verras pas!) ou « sub snobistic » ( habillée Diorichic) qui traversent nos lieux.

Il est deux grands maux dans le BDSM.

Ceux qui en prenant les choses et les rôles trop à la lettre, trop au sérieux, nous desservent prodigieusement parce que nous confinant dans notre image de « pervers » aux yeux du monde alentour.

Mais aussi les sous-produits qui lassent tout le monde et qui nous font perdre toute once de crédibilité. Comment parler de chemin intérieur lorsque l’on a « chez soi » de lubriques profiteurs de situation, de malheureuses fashion victims ?

 

Pour moi, puisque c’est bien de mes « miettes » personnelles dont je veux faire état ici, ce chemin n’a pas été évident à entamer non parce que je le considérais comme difficile mais parce que j’ai mis très longtemps à trouver le partenaire de voyage idéal.

Il n’y a en revanche jamais eu de conflit en moi entre mon « moi érotique » et mon « moi extérieur ».

Arrivée à l’âge adulte à la fin des luttes féministes, j’ai toujours considéré qu’ une femme était totalement libre de sa sexualité, c’est à dire que pour moi, le fait de me sentir « soumise » ne m’a jamais paru contradictoire avec les combats que je menais par ailleurs.

Ce qui m’a paru bien au contraire étonnant, c’est combien dans les luttes politiques, cette hiérarchie homme/femme se retrouve souvent. Et combien la drague « classique » des "camarades" est lourde parfois, bien plus lourde que les chaînes et les « liens qui libèrent »…

 

Contrairement à la plupart des études sociologiques que j’ai pu lire, je n’ai jamais pensé que le SM renvoyait à l’image traditionnelle du pouvoir machiste et écrivait au masculin le mot « dominant » et au féminin le mot « dominée ». D’une part, parce que c’est faire peu de cas de la situation inverse ( la maîtresse et son soumis), d’autre part parce que même si je ne vais pas, comme certains, jusqu’à dire qu’en fait c’est la soumise qui mène le jeu, je suis persuadée que, par l’échange constant absolument nécessaire qu’elle demande ( si une relation a besoin d’être basée sur la confiance, c’est bien celle-ci), la relation SM est  une relation totalement égalitaire.

Le pouvoir sur soi momentanément abandonné à l’autre se retrouve dès qu’on le redemande et on le redemande fatalement parce qu’il est des instants où l’on en a  concrètement besoin. Pour se défendre aussi par soi-même des menaces extérieures. La vie sociale pollue bien plus et est bien plus violente qu' une zébrure de fouet. Les loups ne sont pas toujours où on les croit.

 

Si ce pouvoir reste néanmoins symboliquement aux mains de l’autre « tout le temps » sous son aspect cérébral dans notre vie choisie de soumise afin que l’on puisse parvenir à cet accomplissement que j’évoquais tantôt, encore une fois, non, le BDSM " live" 24/24 n’existe pas.

 

Cet espace, ce blog est ainsi fait pour en faire la preuve. J’essaie d’y faire régner le léger et la dérision, et même la mise en boîte comme dans certaines images de ces jours-ci pour montrer que la vie existe ailleurs pour moi, pour nous, au-delà de notre sexualité.

D’autres le font aussi ailleurs, bien mieux que moi parfois. Et c’est peu dire que j’en suis fort heureuse.

De miettes en miettes…

 

 

Quant à mon accomplissement « idéal », il est encore loin d’être totalement réalisé. Le sera-t-il jamais ? Le but ultime est-il d’ailleurs qu’il le soit ?

L’arrivée d’un parcours est toujours aussi l’image de la fin.

Et j’aime, on le sait, comme Kant, la « finalité sans fin »…