« EN MOI, TOUT EST TOUJOURS HUMAIN, TROP HUMAIN ET MA FOLIE CROIT AVEC MA SAGESSE »

 

NIETZSCHE

 

 

Quelques extraits d’un entretien avec Anne Dufourmentelle, philosophe psychanalyste qui publie ces jours-ci «  Blind date, sexe et philosophie », un essai sur le sexe et la pensée chez Calmann-Lévy…

 

 

La philosophie précisément n’aime pas le sexe ! Alors que l’amour, lui, est dans la racine même du mot philosopher ( philosophia = amour de la sagesse ). La philosophie ne veut rien avoir à faire avec cette sagesse qui nous vient du corps. Or, le sexe c’est l’amour plus le corps et puis c’est le désir. La philosophie a du mal aussi à répondre à la question du désir : elle nous parle soit du désir de dieu, soit du désir de l’absolu, mais du désir entant que pulsion, non. (…)

Faire croire que le sexe n’implique rien d’autre que nos organes est non seulement un mensonge mais aussi un anesthésiant, car cela revient à nous empêcher d’être « entiers ». Le sexe est tout sauf une pure mécanique des peaux et des organes. Il est même tout le contraire. Faire l’amour est le dernier des mystères absolus qui implique l’être tout entier. C’est là où un être de raison peut se trouver en situation d’éprouver contre sa volonté la plus grande jouissance ou le plus grand dégoût. On y fait l’expérience d’un dessaisissement total, d’un choc à la raison dont on peut avoir du mal à se remettre. S’y trouvent mêlés le plus grand abandon, le plus grand événement. (…)

 

C’est le manque et l’obsession créée par ce manque qui peut nous faire oublier de penser, mais entant qu’acte le sexe est un moteur incroyable de la pensée. Eprouver une relation sexuelle forte, ça ouvre à la vie. Pourquoi ? Parce qu’on est dans une émotion qui nous bouleverse, qui nous met hors de nous. Ce « hors de nous » est un accroissement de notre être, un nouveau rendez-vous avec soi-même…  (…) Vivre son désir, c’est devenir un individu libre et vivant. Or il y a beaucoup d’individus qui se promènent dans l’existence en étant moitié vivants et moitié morts. Quand on n’éprouve pas grand chose, on est plastifié. ( … )

La vie passe et je n’y suis pas vraiment. C’est ce à quoi nous conduit aussi une société fondée essentiellement sur les valeurs de consommation. Acheter, consommer, en lieu et place d’être vivant.

Le vivant vrai, lui, brûle… Etre aimé et aimer nous rend vulnérables. (…)

Le sexe, dans tout ce temps qu’il prend pour aimer, désirer, caresser, pénétrer… veut le vrai. Dans la rencontre sexuelle, dans le plaisir des sens, il y a cette quête de vérité : savoir si la rencontre avec l’autre se fait ou ne se fait pas…Autrement dit si «  ça ne ment pas »<. Tu ne me mens pas, tu es vraiment là avec moi. On a tous une très grande nostalgie fulgurante donnée par l’état amoureux naissant. Ces moments de vérité totale que l’on a éprouvés alors entre amants sont inoubliables, ils sont de l’ordre de la révélation. Quand c’est là , c’est inquestionnable et on le sait. ( … )

 

A lire sur le même thème de Francesco Alberoni : « L’état amoureux » et «  L’érotisme »…