Nous avons eu quatre journées parisiennes. Il faisait beau, on pourrait sans mal parler d’été indien si une chanson n’avait, il y a quelques années, tellement connoté cette expression…

Beauté de la capitale dans ses moindres recoins, charme si fort pour nous autres, provinciaux qui traînons et nous émerveillons de tout, d’un rayon de soleil à l’angle d’une rue, d’une petite gargotte bretonne où l’on mange si bien…

La course pour trouver le livre commandé par Petitou : pourquoi les enfants veulent-ils toujours des livres introuvables ???

La foule interminable de l’expo « Pharaons » à l’Institut du Monde Arabe.

Le Quai de la Tournelle et ses bouquinistes, passer des heures à voir et revoir volumes et journaux dont beaucoup sont ceux de notre adolescence…

Mon petit pincement au cœur qui te fait rire à passer tout près de la Rue de Bièvre ( Ben, non, moi, je ne l’ai pas oublié… Il m’a fait rêver un an quand j’étais toute jeune et même si, peut-être, le réveil fut plus dur encore, il reste pour moi un homme au sens beau du terme et un homme de lettres de surcroît, un amoureux des livres, nul ne le remplacera en mon cœur « politique »…)

 

Trois soirs, nous sortons, allant vers « nos » lieux. On pourrait s’étonner de cette volonté d’aller se « montrer » là, que je reconnais avoir encore plus que Toi. Mon côté exhib à moi, sans doute.

D’abord, précisons que ce sont seulement deux soirées qui étaient prévues mais la seconde ayant fait « chou blanc », il y a eu une session de remplacement .

Ces endroits, pour ceux qui comme nous n’ont pas de « donjon », c’est l’occasion que seule la capitale offre en toutes saisons de s’octroyer pour quelques heures, un petit décor aménagé…

Une forme de rêve à peu de frais.

Et puis, au fil du temps, puisque nous « montons » à Paris deux-trois fois l’an, on finit par connaître quelques personnes que l’on retrouve là, immuablement, et lorsque ce sont des gens que l’on apprécie, c’est bien agréable… Je n’indique aucun nom de lieu : ils n’ont pas besoin de ma publicité.

 

Le premier soir, nous nous rendons dans « le Sanctuaire », le Haut Lieu sans lequel…

Bah ! Depuis la dernière fois, il y a eu quelques changements de décor peu heureux, dont la splendide cage-volière inutilisable, là où on l’a placée, et à demi-repeinte en noir, ce qui choque d’autant plus que l’ouvrage n’est pas terminé et que les lumières des salles ayant été revues très à la baisse, le noir lui fait perdre tout son cachet…Souhaitons que…

 

Il n’y a que des habitués, tout est très feutré, d’une parfaite discrétion. Il n’y a à redire que sur la musique : si Tu supportes « I Muvrini », moi pas ! Et en plus, dans ces circonstances, c'est vraiment très, très décalé...

Le patron est chaleureux lorsqu’il sent que l’on va apprécier sa jovialité. Il nous apprend incidemment en discutant qu’il propose son club à des particuliers qui y organisent des soirées ouvertes au public sur un thème variant, la « Roue de l’Infortune » pour le dimanche à venir…

Son associé d’une charmante délicatesse, reste toujours en retrait mais ne perd rien de l’œil…

 

Bref, il fait bon être là… Il y a toujours, évidemment, les inévitables « tout pour le dress-code » : pantalon de cuir et martinet à la ceinture qui errent de salle en salle mais bon, c’est le folklore !

On s’éloigne pour « jouer » en toute tranquillité, on revient, le temps s’écoule lentement, le rouge éteint des tentures est tout à fait symbolique de l’ambiance…

 

Le lendemain, je suis en fête : nous avons « musardé » l’après-midi entre les rayons de la si plaisante librairie La Musardine et ce soir, nous nous rendons dans le club dont j’aime tant le décor rococo !

Bien sûr, nous savons depuis quelques semaines que leur meilleur « associé » vient de les quitter mais nous ne nous sommes pas (encore) posé de questions…

L’accueil est décevant sans lui. La gérante et son alter ego mâle ignorent ce qu’est un sourire.

La salle est quasiment vide au départ. Seulement un couple au bar dont la femme discute avec une autre, laquelle a le verbe haut placé et délibérément vulgaire.

Nous allons vers la superbe pièce du fond, croisant en tout et pour tout deux hommes seuls sur des fauteuils avec des poses de dandys alanguis.

Sur un canapé un couple se tient très droit et tout coit. Pas de bonjour. Ambiance froide. Glaciale ?

 

Tu descends les escaliers et reviens vite me dire que rien de nouveau n’a été aménagé en bas depuis l’an dernier : seconde déception.

 

Mais voici que la harpie déjà entrevue au bar arrive, suivie d’une cohorte et menant grand bruit, faisant même du grabuge en disant que ses ouailles ont besoin d’être rassemblées et que non, ça ne va pas se passer comme ça !! Jusqu’à ce que le couple lui abandonne le canapé qu’elle guignait…Avec forces gestes et apostrophes, dans un italien grammaticalement faux, elle commande des boissons pour sa troupe.

Sa troupe, parlons-en . Si le dress-code nous insupporte, il y a tout de même pire : les endimanchés de service et l’homme qui est venu là avec son sweat « 103 University of Ohio » … Encore plus kitsch que "I Muvrini"...

 

Nous avons pris la tangente pour apprendre dehors que cette dame tiendrait un site web et qu’elle aurait établi son QG là pour y faire des soirées « découverte » pour ses membres…

Pour une découverte, c'en sera une sûrement!

Bonne soirée à eux! Nous, on la passera entre nous ….

Si on y arrive ! C’était un samedi soir : une heure et demie pour avoir un taxi et encore, nous avons eu de la chance !

 

Bref, le dimanche soir, le plus tard possible, afin d’être certains d’avoir raté « La roue de l’Infortune » ( pure question de goût, pas trop notre truc, l’attraction formatée … ), nous retournons à la case « Club départ »…

Le patron a laissé la main à un jeune couple d’organisateurs et cela se sent tout de suite : le public est moins âgé et… la musique est meilleure ( Addio, I Muvrini!!)...

Mais là encore, la légendaire discrétion est de mise et après les avoir accueillis avec le sourire, on laisse les convives profiter des lieux à leur guise…Et c’est bien ce que nous avons fait !

Une dernière soirée parisienne fort agréable donc.

 

 

J’en ai encore mes secrètes traces, elles ont viré de la ligne droite à la forme ovale, oblongue et sont passées en cinq ou six jours du rose au rouge, puis au mauve, puis au bleu…

D’aucuns pourraient trouver ça laid. Elles sont pourtant le souvenir de douleurs-cadeau, de douleurs-bonheur…

Et moi, ces marques, je les vois comme de la chair amoureuse en mouvement, vivante… Comme des hiéroglyphes que seuls quelques initiés pourraient déchiffrer et dont Tu es le scribe savant… et aimant.