M COMME MENSONGE ( LA BALANCOIRE - NOUVELLE 2 ) ...

 

LA BALANCOIRE. ( NOUVELLE ) 2.

 

Quand il apparaissait, c’était la fête, la fête secrète, la fête des sens. Mais il ne venait que très peu souvent.

Le reste du temps, le soir, dans l’attente d’un hypothétique coup de fil, mais ils étaient plus que rares en soirée bien que néanmoins je les attende toujours, j’entrais dans la chambre, je reliais et nouais solidement les chaînes entre elles, je m’y asseyais et me balançais en rêvant, en imaginant, parfois jusqu’à l’extase. Qui était un motif de punition. Mais qui rendait les choses encore meilleures.

 

Je l’avais rencontré par hasard à un mariage. Il était déjà fort tard. On parlait d’éclairer le jardin.

Plus loin, sous une tente, un petit groupe de jazz s’évertuait à jouer sans que personne ne s’en approche ni ne daigne lui prêter attention.

Moi seule me tenais à leur proximité, il faut dire que je ne connaissais pas grand monde : des vagues relations de travail et que je ne m’étais rendue à cette fête que pour tromper l’ennui qui m’assaillait si souvent.

Il vint me rejoindre soudain.

Il m’avait repérée, je ne sais ni pourquoi ni comment ; je crois que ce soir-là , il était gentiment éméché, ce qui lui avait enlevé toute inhibition et il m’avait dit au bout de cinq ou six phrases « J’aimerais bien vous passer une laisse et un collier, ça doit sacrément bien vous aller ». Comment avait-il su, senti ? Je ne saurais le dire. Il doit y avoir de ces intuitions fatales chez certains. Sa femme était pourtant là, parlant avec des gens et ses enfants aussi, jouant sur la pelouse où la nuit descendait de plus en plus vite.

 

Ainsi sommes-nous entrés en relation, ainsi suis-je devenue sa soumise. Je l’appelais « Maître », je le vouvoyais… Il me tutoyait et m’avait donné un nom rien qu’à lui. Mon nom de soumise. Je le portais avec fierté, orgueil même et je prenais soin de lui donner toujours et entièrement toute satisfaction, ne me plaignant jamais de ses absences, ne regimbant pas non plus devant toute nouvelle expérience qu’il exigeait, même si parfois, j’aurais voulu que tout cela soit accompagné d un tout petit peu plus de tendresse et de communication entre nous.

 

Nous avons traversé de la sorte huit saisons. Avec tous les rites qu’il imposait et que j’accomplissais, bienheureuse. J’imaginais la vie entière taillée sur cette mesure.

 

Il me quitta au moment où je ne m’y attendais pas, il s’était lassé disait-il, il avait besoin de nouveauté, il venait de découvrir quelqu’un d’autre . Il insistait sur le mot « découvrir » en m’expliquant que pour lui, tout le plaisir tenait dans ces découvertes, dans le bout de route à faire ensemble, dans le « dressage ». Après, cela devenait aussi routinier et ennuyeux qu’une relation ordinaire. Il crut même faire preuve d’humour en me disant « Tu ne voudrais tout de même pas que j’ai des relations qui durent ? Je ne veux pas être bigame. C’est interdit par la loi ! »

 

 

Depuis, j’ai perdu le goût à tout, je n’accomplis des gestes que machinalement… Me lever, me laver , m’habiller, aller au travail… Parler le moins possible.

Rentrer enfin chez moi.

 

M’enfermer dans la chambre d’amis, m’asseoir sur la balançoire, rêver que je vais m’envoler…

Ne pas trop rêver tout de même, rester à l’affût, garder toujours une oreille tendue.

S’il appelait….S’il appelait…