M COMME MENSONGE ( LA BALANCOIRE - NOUVELLE 1 ) ...

 

Comme souvent chez moi, ce texte trouve sa source dans l’image qui l’illustre (elles sont deux ici, une par épisode, dont j’ignore l’auteur). Je n’ai fait qu’écouter l’histoire qu’elles me racontaient et la transcrire.

« La balançoire » est donc une nouvelle, un texte de pure fiction. Je n’en suis pas la narratrice, M. n’en est pas, bien sûr, le personnage masculin. De la même façon, toute ressemblance avec des personnes vivantes ou décédées serait purement fortuite.

 

 

LA BALANCOIRE. ( NOUVELLE ) 1.

 

La balançoire était le point culminant de l’absence, ma manière à moi de gérer le vertige de ce vide absolu qui montait en moi, à chaque fois qu’il n’était pas là, pour une raison ou une autre, ses voyages d’affaire, sa vie de famille…

Il est hélas vrai souvent que les femmes ou les filles comme moi ne rencontrent les hommes qui leur paraissent destinés de toute éternité que chez ceux qui  - comment est-ce possible ?- ont déjà construit leur vie autrement et ailleurs.

Mari trois cent soixante cinq jours par an au grand jour et Maître tout autant de jours mais seulement entre deux portes pour celle qui s’est donnée…

 

Il y avait, c’est vrai, le téléphone et les ordres donnés d’une voix tendre, rauque ou ferme selon les jours et ces mails m’indiquant tout ce que je devais faire : mes tenues, mes poses et mille et un petits défis en quoi consistaient mes devoirs quotidiens. Je devais aussi rendre compte de mes journées au moyen d’un petit carnet où j’annotais tout ce que j’avais fait  en bien ou en mal. Lorsqu’il venait, il lisait et décidait de la punition. Et je l’acceptais, puisque tel était bien le contrat passé.

Ce carnet, mes notes, la punition étaient, selon ses dires, un moyen de ne jamais oublier ma condition de soumise et de la vivre vingt quatre heures sur vingt quatre en dehors de sa présence, présence figurée par les quelques objets qui restaient entreposés chez moi. Ces chaînes par exemple, que je nomme ma balançoire, et qu’il avait installées au plafond de la chambre d’amis de mon petit appartement. Il est bien évident que tout se passait chez moi, je ne suis jamais allée à son domicile.

Et la chambre d’amis n’avait plus pour moi que ce nom familier mais vide de sens : depuis que j’avais commencé ma relation avec lui, je n’avais plus d’amis. Tous ou plutôt toutes m’avaient fuie, me demandant si je savais bien où j’allais et me reprochant d’avoir changé, de devenir obsessive avec mes jarretelles, mon collier,  mes corsets, mes jupes noires et mon absence de maquillage, ou mon maquillage outrancier selon les jours et les ordres donnés, cette façon que j’affectais de ne plus m’asseoir que les jambes entrouvertes, le fait de ne plus porter de sous-vêtements que je respectais à la lettre, les rites que j’exécutais à certaines heures…

L’une d’entre elles, ma meilleure amie d’autrefois, avait bien compris mon désir de soumission, si profondément ancré en moi depuis des années puisqu’elle et moi nous connaissions depuis tout autant, mais elle n’avait pas admis que j’entre dans ce qu’elle appelait une relation virtuelle qui, disait-elle, me coupait, moi, du monde et ne lui coûtait pas grand chose à lui…

Quand aux autres, je pense qu’ils me croyaient devenue presque aussi folle que les gens qui entrent dans une secte.

 

Alors, il avait placé les chaînes dans cette chambre qui ne servait plus et elles nous permettaient d’avoir notre décor pour quand il venait.

Quand il venait…

 

 

( A suivre…)