C COMME CEREBRALITE...

Le BDSM, c’est la cérébralité. Tout au moins, c’est le mot que l’on y associe le plus souvent.

Les pratiquants de base, les Grands Pratiquants (ceux qui donnent de la voix sur les listes et dans les forums) et les sociologues qui se penchent sur le « phénomène »…tous s’accordent pour évoquer cette cérébralité…

Casse-cou d’essayer d’écrire là-dessus car je crois qu’il y aurait autant de définitions que de personnes à s’exprimer…

 

Vu de l’extérieur, que pourrait être cette cérébralité ? Une notion qui s’opposerait à la génitalité peut-être puisqu’il est vrai que pour certains d’entre nous, la relation D/s est une fin en soi à travers la « séance » que j’évoquerai plus bas et qu’elle ne nécessite pas qu’un rapport sexuel « concret » s’y ajoute.

C’est pour cela que l’on associe selon moi trop souvent le BDSM à la vogue du « safe sex » des années post-sida, idée bien dangereuse puisque pour des pratiques qui nécessitent des instruments, le risque de contamination n’est pas nul chez nous non plus pour ceux qui ont de multiples partenaires.

 

 

Vu de l’intérieur et pour un grand nombre d’adeptes, la cérébralité va se lire comme un synonyme d’imagination, de mise en scène, de rituel.

Ceux-là mènent généralement leur vie BDSM en dehors de leur couple traditionnel et se retrouvent de temps en temps soit avec une personne, soit allant d’une personne à une autre pour réaliser cette fameuse « séance », lieu de toutes les projections tant du dominateur que de la soumise.

Cette séance, c’est le moment du jeu, de la théâtralisation. Il a une fin et dans le temps et dans l’espace. Chacun l’organise comme il veut, bien ou mal (je parle ici de la personne dominante), chacune le vit comme elle veut (je parle ici de la personne soumise).

Et parce qu’elle est théâtre et bien souvent jeu de rôle dans ce cas ( souvenez-vous de notre post du texte de Coelho dans notre ancien blog AURORAOULEWEBLOGVOLE), oui, on peut parler là de cérébralité car c’est bien à l’esprit de l’un, au ressenti de l’autre qu’il est fait appel même pour un bref instant.

Rites de poses, rites verbaux :

« -Oui qui ?

-Oui, Maître… »,

la séance a ses codes classiques qui peuvent varier si l’on a un peu d’imagination mais bien souvent rien d’autre qu’un rituel de séance ne ressemble autant à un autre rituel de séance chez les pratiquants « occasionnels » : ils ont « avalé » le catalogue basique et s’y tiennent.

 

Je préciserai que quant à moi je n’emploie jamais ce mot de « séance », je le réfute pour une simple question de vocabulaire : pour moi, dans mon champ lexical personnel, la « séance » est « la séance de cinéma », définitivement, et le BDSM pour moi est de la vie et non pas du cinéma…C’était donc dans mon cas, chacun donnant sa touche particulière aux mots, le terme le plus inadapté que je pouvais trouver pour évoquer ces instants-là…Sans l’aimer outre mesure, je lui préfère encore le mot « jeu » dans sa dimension ludique et enfantine, dans sa dimension de partage…Peu d’enfants aiment jouer seuls, n’est-ce pas ? Vous m’aurez comprise…

Ceci-dit, mes « jeux », que je veux penser plus variés que ceux de quelques autres, font aussi appel à l’imagination, à l’imaginé, au ressenti… Cérébralité donc.

 

 

Pour ceux qui vivent une relation BDSM qui s’inscrit dans la durée, faire appel constamment à la cérébralité est d’autant plus nécessaire que c’est une nouvelle composante de la personnalité qui se crée et qui doit s’intégrer aux autres.

Je suis comme tout le monde plurielle : fille de, mère de, amie de, Madame X dans mon travail, compagne de M. mais aussi soumise de M.

Je ne le suis pas que lorsque nous « jouons », je le suis à chaque instant, mais comme je ne me promène pas 24 heures sur 24 revêtue des signes rituels de mon appartenance, celle-ci ne peut exister que dans mon ressenti, celui qui passe par ma petite cervelle de moineau, d’où la cérébralité de ce « don de moi »…

Et je pense que la réciproque est vraie, même si je n’ai jamais déchiffré les subtils arcanes de la compréhension des ressentis d’un dominant, je pense que pour M. il y a, en face de ce « don de moi » une « réception de moi » qui est elle aussi du domaine du cérébral.

C’est ce fameux « Je t’appartiens » ou « Tu m’appartiens » qui vient s’inscrire dans la chair mais aussi dans l’esprit, au plus profond, que j’avais évoqué dans A comme Appartenance.

 

Pour moi, la cérébralité, c’est tout ce qui est une « valeur ajoutée » dans ma vie, et qui me relie à lui par des fils invisibles, une ligne mélodique commune qui nous fait être en harmonie à chaque instant, conscients de notre relation charnelle et amoureuse, mais de type BDSM.

 

Parce que cela relève quelque part de la suggestion, du conditionnement (qui peuvent être aussi auto suggestion, auto conditionnement) ma « qualité » de soumise est vécue comme une condition, un état. Cet état, je ne peux le faire exister que par cette fameuse cérébralité.

 

Cette « Encyclopédie BDSM »  étant la mienne et n’engageant que moi, voici donc la définition que je donne à ce mot, consciente que pour quelqu’un d’autre, elle pourrait être tout à fait différente…

 

PS : L’illustration est, bien sûr, un clin d’œil à Papa Freud...