L COMME LITTERATURE : "DOLOROSA SOROR " - FLORENCE DUGAS -

 

J’ai lu « Dolorosa soror » de Florence Dugas, tout juste avant de concrétiser les pulsions qui m’animaient depuis si longtemps.

J’avais donc passé la trentaine.

 

On ne sait rien de Florence Dugas, elle n’ a participé à aucune émission littéraire, n’a pas donné d’interviews. Je serai cependant amenée à vous reparler d’elle rapidement…

 

« Dolorosa soror » paru en 1996 est sous-titré « récit ». Cependant son deuxième volet, « L’évangile d’Eros », en 1998, qui reprend le même personnage féminin central, est nommé « roman ».

Je partirai donc de cette optique pour parler de « Dolorosa soror » aussi.

 

Dans la miteuse production ambiante, ce texte  a le mérite d’être écrit, construit (parfois même un peu trop et « Dolorosa soror » apparaît alors comme un exercice de style ).

Mais c’est un roman, assurément.

La première page s’ouvre sur le deuil non fait de la défunte amante, la dernière nous laissera en compagnie de la narratrice après le passage de la police le soir « fatal ».

 

Tissé sur le mode du « flash back », « Dolorosa soror » est un roman initiatique.

N’évoquant absolument pas le milieu SM ni ses règles ( ici pas de « Oui, Maître… »), ni ses poncifs ( on échappe à la « chiennitude »), il s’apparenterait plutôt à une parabole de l’éternelle ambivalence entre l’amour et la mort , entre Eros et Thanatos.

« Dolorosa soror » peut se lire avec ces clés. Son jumeau et miroir « L’évangile d’Eros » propose en plus l’essai d’une structure narrative plus « sadienne ».

Pour faire court, « Dolorosa soror » est peut-être prisé (en fait, je n’en sais rien) chez les amateurs de BDSM mais c’est un roman qui leur échappe car il évoque le (sado)masochisme sans rites, justifié par la seule ascèse amoureuse. Ce qui est à mes yeux la plus « juste des justifications »….

 

La narratrice vit une expérience sentimentale avec un homme plus âgé qui lui fait découvrir son penchant pour la douleur. Puis elle rencontre une jeune femme avec laquelle les rôles vont s’inverser. D’abord triangulaire, la relation va devenir celle des deux jeunes femmes dont l’homme ne sera plus que le témoin et se nouer puis se dénouer sur un étrange ballet de passion extrême et d’amour à mort.

 

J’aime ce livre parce qu’il fuit les contours d’ « Histoire d’O », le moule tout chaud du « Lien », qu’il y a un certain pathos ( l’histoire est violente et désespérée) et que l’on s’identifie facilement, selon l’angle où l’on désire se placer, à l’un ou l’autre des personnages qui disent « Je » ( le personnage masculin commente l’histoire par des notes en bas de page).

 

C’est d’ailleurs l’une de ces notes au masculin que je choisis pour « illustrer » ce roman ici.

Pourquoi  ce passage? Parce que c’est mon préféré !!!

Il évoque ce thème qui m’est si cher, celui du libre-arbitre, du choix et du consentement.

 

«  Je sais qu’elle retrouve, en écrivant ces lignes, ses sensations d’alors, lorsqu’elle allait par les rues, qu’elle prenait l’ascenseur qui montait chez moi, sachant que dans les minutes qui suivaient elle serait une pure source de cris, et qu’elle repartirait avec les fesses à vif. Jusqu’à ma porte et au-delà même, elle avait toujours la possibilité de s’en retourner inentamée, mais elle sonnait, elle entrait comme en consultation. Elle y passait même parfois en coup de vent, implorant en silence sa ration de douleur. »

   

 « Dolorosa soror » - Florence Dugas – Editions Blanche 1996 –